Pour aller plus loin

Nous allons vous raconter ici nos différents ressentis, impressions, questionnements sur les lieux que nous sommes allés voir. Il s’agit d’un récit quasi journalier retraçant nos découvertes, rencontres, activités dans chaque lieu.

Cet écrit est à « 3 voi(x)es » : Audrey, Maeva et Odeline

Longo Mai (3 au 22 Septembre) à limans

03 septembre 2017

Nous devons trouver la cuisine où Paul1 notre « référent accueil» nous attend mais ce n’est pas facile, nous nous rendons vite compte que le site est très grand (on nous explique plus tard qu’il fait plus de 300 hectares)

Nous nous trompons plusieurs fois avant de trouver Paul en train de casser un nombre incommensurable d’œufs afin de confectionner un gratin de légumes pour une centaine de personnes. Ici la cuisine semble être une affaire sérieuse ! Il nous indique la maison pour les personnes de « passage » : « Fatsa » et nous fait un topo sur les principes de base du lieu : ici pas de violences ni de comportements racistes.

Fatsa est une large maison en bois, baptisée ainsi en mémoire d’une communauté autogérée Kurde ayant subit une importante répression de la part de l’Etat turque.

Des jeunes filles sur la terrasse jouent de la guitare et chantent en partageant une bière. Je me dis que je suis heureuse d’être là, que la liberté aide à la créativité.

Tous les dimanche soir a lieu la réunion générale à 21h30. Un animateur déroule l’ordre du jour : présentation des nouveaux venus, point sur les besoins spécifiques pour les chantiers en cours et les équipes de travail puis sur les réunions de la semaine et les annonces. Il n’y a pas vraiment d’organisation de réunion, cela peut paraître « bordélique » au début mais chacun prend la parole à son tour, avec un certain respect de celle de l’autre, et ça fonctionne.

Le calendrier hebdomadaire des différentes tâches (cuisine, vaisselles, ménage) circule durant la réunion 23h fin des débats.

Léa , une jeune femme avec un bel accent espagnol, nous propose de faire la cuisine avec elle le lendemain matin. Nous sommes ravies de pouvoir si rapidement participer à la vie du lieu.

04 septembre

Lundi 9h, nous rejoignons Léa qui a déjà commencé la cuisine, elle nous dit avec un grand sourire être un peu stressée car l’école a repris et le repas doit être prêt pour le retour des enfants à midi. Il faut compter au moins 3h de préparation pour nourrir les 120 « longos » (habitants de longo mai), ouf sacré challenge !

La cuisine est très bien équipée, on se sent presque comme dans un restaurant !

Nous préparons des légumes au four, des haricots rouges/poivrons, une mayonnaise maison avec du « tomatillo » (fruit que nous découvrons) du riz et du fromage blanc qui provient directement de la fromagerie ! Certains produits que nous cuisinons proviennent des jardins ainsi que des autres coopératives Longo Mai (ex : conserverie de St Martin de Crau), il y a aussi des achats extérieurs mais en bio, tout de même.

Nous finissons dans les temps et les gens arrivent de tous les cotés pour servir de grands plats à poser sur les tables en terrasse ou chacun vient prendre place. Tres vite les remerciements fusent. Nous aussi on se pose autour d’une assiette et on est plutôt fières de nous, qu’est ce que c’est bon ! Puis on finit de laver les grands bacs, les casseroles, les tables, le sol…

Tout cela nous donne quand même une certaine énergie car nous continuons le ménage dans notre nouvelle demeure. Fatsa  est autogérée par toutes les personnes de passage. Nous arrivons dans une période de creux après toute l’agitation de l’été. Beaucoup de monde est passé par là et ca se voit !! Alors on s’y met, et c’est pas du luxe !

Rebelote pour les toilettes sèches. On « déchante ». Séparées en deux parties (cf notre futur article sur un le comparatif des toilettes sèches rencontrées) par un « filet », qui manque clairement de nettoyage. On change le tonneau mais il y a toujours une mauvaise odeur… On nous explique par la suite qu’elles sont régulièrement entretenues mais qu’elles manquent de ventilation.

Cela nous donne envie de découvrir la fabrication de toilettes sèches…

Heureusement, les premières discutions chaleureuses avec Léa, ainsi qu’avec Nina sur les actions menées à la Vallée de la Roya, et Laura, une Allemande avec qui nous avons une discussion très profonde sur la connaissance du corps et plaisir féminin, nous ravigotent.

05 septembre

Nous « visitons » les installations à Longo : yourte, maison en bois/en paille/en pierres sèches, maison collective en construction…

Nous tombons sur le quartier du « Pigeonnier », on nous explique que c’est ici que l’histoire de Longo commence : en 1973 quand une trentaine d’activistes Autrichiens rencontrent un Français nommé Remy, ce dernier leur propose de s’installer dans cette colline des Hautes Alpes pour mettre en pratique les théories du groupe « Spartacus » (en référence au soulèvement d’esclaves grecs et au mouvement de gauche Allemand des années 60).

Il n’y avait alors que cette maison au Pigeonnier qui tombait en ruine et servait de bergerie. Longo Mai a commencé là, et 44 ans après on se croirait dans un petit village pittoresque avec de très jolies maisons entourées d’un poulailler, d’une fromagerie et d’une petite boucherie (les cochons et poulets sont tués sur place).

Sans aucune connaissance préalable, la trentaine de personnes présentes au départ « seulement » aidée par les paysans du coin a appris à travailler la terre et rénover l’habitat. Dans le livre « Longo Mai révolte et utopie après 68 » on comprend la difficulté pour les militants du début à tout reconstruire, il y avait un travail énorme. Nous voyons que, pour le groupe des fondateurs, la lutte contre le système qu’ils contestent consiste en premier lieu à mettre en pratique leur « conception d’une société idéale ».

Des slogans comme « défricher plutôt que parler » et « un millimètre de pratique vaut mieux qu’un km de théorie » sont adoptés comme leitmotiv.

Nous discutons avec une jeune « Longo » qui est née ici et a fait le choix, après être partit plusieurs années, d’y revenir.

Quand on est enfant à Longo on a le libre choix de participer aux activités du lieu, rien n’est imposé. Par contre quand on est adulte on fait réellement le choix de vivre à Longo et de s’inscrire dans le projet collectif.

Nous discutons du « bouillonnement » de vie ici: les 120 habitants ont toujours quelque chose à se dire, à partager et il n’y a pas toujours la place d’accueillir de nouvelles personnes (nous apprendrons plus tard qu’il y a plus de 1000 personnes qui passent à Longo par an!) Il est donc difficile d’être suffisamment présent pour les nouveaux arrivants. Mais nous nous rendons vite compte que c’est par l’activité que nous allons créer des liens, et ici il y a de quoi faire ! Voici une liste (non exhaustive) des activités du lieu : mécanique, construction de logements, fromagerie, poulailler, pain, maraîchage, village de vacances, semences, culture des champs, travail forestier, publications, radio, et de nombreuses réunions (commissions, réunions générales, internes, inter coopératives … )

Nous arrivons la semaine où se déroule la réunion interne, qui a lieu une fois par an, et dure trois jours. Seul les habitants de Longo y participent. Cette année le thème de cette rencontre est « Comment bien vivre à 120 personnes ? ». Vaste sujet! Il nous semble que les Longo sont en perpétuel questionnement sur leur fonctionnement, leurs valeurs communes, leur manière d’être en relation, de prendre des décisions… Nous trouvons cela passionnant.

06 Septembre

Chacune son activité aujourd’hui.

L’une aide pour le chantier construction de la maison collective (qui est en chantier depuis 2013 et permettra de loger une vingtaine de personnes).

Odeline apprends à faire du « béton allégé » (mélange de sables et ciment), à manier la bétonnière et la brouette.

Heureusement on m’explique avec bienveillance les bons gestes, c’est très physique mais ça me plait !

Audrey apprend à faire des semences de tomates.

L’après midi Maeva et Odeline apprennent à récolter les semences d’haricot, bien séchés par le soleil. Nous discutons de la lutte pour les semences libres et le combat très important qui a été mené. Nous entendons les haricots qui s’entrechoquent dans notre sac et font de la musique. Sur le même rythme, nous récoltons ensemble, sous le beau soleil de fin de journée.

Nous découvrons ensuite où sont stockés les différentes plantes/légumes avant de pouvoir récupérer les graines. Magnifiques toutes ces couleurs! Nous découvrons les machines pour ventiler, trier et conditionner les graines. Quel travail !

07 septembre

C’est nous qui sommes les « cuistots » aujourd’hui car tout le monde est en réunion. On a un peu le tract ! Heureusement Renaud vient nous aider, premier enfant à être né à Longo. Dans une ambiance chaleureuse, il nous raconte les débuts de Grange Neuve. Ses parents, activistes autrichiens, rencontrent un français pour le moins charismatique, nommé Rémy (on en parle plus haut) avant de venir s’installer à Grange Neuve pour le prix d’un archer de violon mais je ne me rappel plus bien l’histoire. Croyez moi sur parole !

Nouhou, réfugié soudanais vient nous rejoindre pour faire une salade typique avec de la pâte d’arachide ! Et c’est trop bon !

Nous mangeons bien ici alors nous voulons partager aussi nos bonnes recettes : dalh de lentilles et pleurotes (directement du Doubs, petit clin d’œil pour Baptiste) avec carottes caramélisées… Oup’s un saladier de sucre c’est peut être un peu trop, même pour une marmite pour plus de 100 personnes… Bon, les doses ce n’est peut être encore pas complètement ça … mais on nous remercie quand même donc ça va !

Un coup de main à la plonge suffit à ouvrir un visage a priori peu enclin à accueillir une énième curieuse de passage.

Le soir nous partons à la réunion hebdomadaire du collectif migrant 04. A l’ordre du jour : l’organisation d’une rencontre de coordination des collectifs de soutien aux migrants du Sud Est. My godness ! Que d’énergie gaspillée dans des discussions à bâton rompus. Je ressens d’autant plus l’urgence à creuser les processus de l’Université du Nous. Pour moi c’est clair, le faire ensemble ça passe par là, entre autre.

Mais encore faut-il les proposer à des personnes susceptibles d’accepter un minimum de formalisation. Le manque d’organisation de la réunion n’empêche cependant pas le collectif de mener des actions importantes. Ils ont notamment obtenu la réquisition d’hébergements par la mairie pour accueillir des mineurs isolés.

Loin des grandes villes où la question migratoire est tout de suite vue comme un problème à régler, on voit ici que les petits villages sont bien plus accueillants et tous les habitants s’y mettent !

08 Septembre

Aujourd’hui c’est babysitting. Léa qui participe aux réunions internes nous a demandé de garder sa fille de 2 ans. Ici, les enfants sont souvent gardés par différents habitants, nous constatons d’ailleurs rapidement que cette petite s’adapte très rapidement à nous : nous l’emmenons au poulailler, à Fatsa et au quartier d’Hyppolite (mince nous n’avons pas été formé à l’utilisation du porte bébé, et on a peut être trop prévu de marche!! Mais nous rentrons sain et sauf !)

A 16h30 le rendez vous est pris au jardin du haut. Au programme, désherbage de plantation de radis et de carotte, avec apéro prévu au bout de la ligne. Ici les travaux collectifs parfois un peu pénibles sont souvent accompagnés de moments conviviaux agréables. Conséquence, nous sommes plus d’une dizaine à être venu aider.

Pendant que certains prennent l’apéro, Odeline (infatigable !) aide dans la récupération de bois de chauffage. L’hiver approche alors on doit être efficace… Mais l’activité est moins motivante, nous sommes que 3 et en plus nous nous faisons attaquer par des fourmis rouges! On n’est pas du tout parés à l’attaque, c’est un carnage !

Notre bucheron nous éclaire sur les techniques d’innovation en matière forestière et l’application sur les terrains de Longo, je découvre ainsi le Réseau pour les Alternatives Forestières qui existe partout en France : www.alternativesforestieres.org

09 Septembre

Nous participons à une action de soutien auprès de jeunes soudanais dans le cadre du collectif migrant 04.

Le soir, nous sommes invitées aux Magnans, le village de vacances de Longo Mai, a quelques kilomètres de Limans. Le charme de ce hameau entièrement retapé par la communauté nourrit immédiatement notre sens esthétique. Les gites sont loués a des particuliers ou a l’occasion de stages divers et variés.

Retrouver un peu plus de confort nous fait du bien!

10 Septembre

L’après midi, nous retrouvons François pour travailler sur un outil de gouvernance partagé, le mandala holistique. Première prise en main de l’outil ensemble. On y reviendra.

11 septembre

Nous sommes embarquées dans une mission d’une haute importance : le nettoyage du fumier des chèvres ! Malgré le travail laborieux, l’ambiance est joviale, il y a une belle énergie collective et la musique entraînante aide beaucoup! Nous finissons le chantier avec un repas partagé et des bières 

Puis l’après midi, atelier désherbage et semis d’oignons sur fond de radio zinzine (la radio locale)

Les ateliers jardin et chèvrerie sont souvent en demande de soutien extérieur, l’aide des personnes « de passage » est donc souvent très utile.

Ici le refus du salariat implique que chacun puisse choisir son activité/ ses activités. Les notions de plaisir, de responsabilité et de sens dans le travail sont donc centrales. Car, si chacun est libre de choisir quelle activité il veut faire, il prend quand même progressivement des responsabilités dans le groupe. Or, les activités comme le jardin et la chèvrerie demandent beaucoup de présence et d’investissement, le collectif n’est pas toujours en mesure de répondre aux besoins. Peut être on touche ici une des limites du collectif tel qu’il est définit à Longo.

12 Septembre

Au programme aujourd’hui :

Ballade des chèvres en haut de la colline avec Mina

Visionnage du film « Une jeunesse Allemande » sur la période des années 60 en Allemagne : la révolte étudiante qui se durcit suite à la visite du Tchad d’Iran, la répression, la constitution de la bande à Bader. Discussion suite au film sur la légitimité de la contestation et les limites du recours à la violence.

Ici, (même si j’imagine qu’il ya pu y avoir des discussions houleuses), le positionnement est clair : pas de recours aux armes mais des choix de vie politiques forts comme l’autonomisation et l’auto-organisation.

13 Septembre

Journée semences !!!

La haut de la colline est atteint en calèche, s’il vous plait ! Accompagnée d’une petite famille avec un nourrisson, c’est une sacré escapade surtout quand nous rencontrons la galère de la montée ! Heureusement, nous sommes plus très loin : 3 hectares nous attendent pour 20 kg de semences.

Nous apprenons à faire le bon geste pour la jetée, c’est comme un feu d’artifice de graines, nous apprécions les voir s’envoler dans le ciel bleu et se reposer sur la terre.

Pique nique : fromage de chèvre, pain et confiture tout maison, simple et efficace !

14 Septembre

Discussion avec Sylvie, militante dans le collectif migrant 04, et préparation de l’émission de radio Zinzinne « Passeur d’info », où nous allons intervenir.

Cette émission a lieu tous les jeudi à 17h, et permet d’expliquer l’actualité des différentes luttes par rapport au droit d’asile, à la libre circulation des personnes et à la solidarité qui s’exerce lorsque des personnes fuient leur pays en guerre et trouvent refuge dans d’autres. http://www.zinzine.domainepublic.net/#

Nous découvrons à cette occasion les collectifs de la Maison Cezanne à Gap, du squat de Veynes ainsi que le collectif de Briançon, aussi très actifs.

Nous prenons la décision d’aller les rencontrer la semaine prochaine.

15 Septembre

Préparation de la cuisine pour 120 personnes de nouveau !

Menu : salade tomate feta, pommes de terres et courgettes au four, aubergines

Apres-midi : réflexion sur notre blog et notre parcours la semaine prochaine

Soirée spectacle en soutien au Réseau Education Sans Frontière de Manosque

16 septembre

Suite à un échange avec Carole, spécialiste dans la confection des huiles essentielles, nous décidons d’acheter un petit stock des bons produits locaux : confitures, sauce tomates, caviar d’aubergine, baumes et huiles essentielles pour les différents maux du quotidien, pull et poncho fabriqués à la filature de Longo à Briançon.

Après-midi désherbage : les mains dans la terre, on médite, calme et sérénité…

On discute avec Julie qui réalise sa maison seule de A à Z avec un ami. Ok on file un coup de main la semaine prochaine. On échange sur des outils collaboratifs pour faire ensemble.

On rejoint ensuite notre ami Kurde qui nous invite dans sa caravane, première fois qu’il fait une fête chez lui, c’est très sympa, nous découvrons les apéros kurdes (d’après lui) : vodka sec chicha et datte

17 septembre

Journée pain ! Francois nous invite à confectionner 80 kg de pain (stock suffisant pour la moitié de la semaine)

Un échantillon du bonheur : on pétrit, on tchatche, on cuit le pain et les pizza maison et nous dorons au soleil ! La conversation tourne autour des relations, de la notion de couple, de poly Amour, de célibat,, de famille. Du sens que nous donnons à ce que nous faisons surtout. On creuse le pourquoi on part, qu’est ce qui nous a fait quitter CDD, CDI, appart, compagnon …

Je sens qu’au fur et à mesure des jours, les différents savoirs faires que nous apprenons ainsi que les différents échanges enrichissants, me permettent de définir plus précisément mes aspirations profondes.

Je m’écoute davantage et je sors progressivement d’un certain « conditionnement », je me sens plus libre de faire des choix qui me conviennent et les assumer pleinement.

Les différents ateliers manuels m’amènent aussi à réaliser à quel point j’aime apprendre à faire des choses de mes mains, là où je n’avais aucune connaissance il y a quelques semaines, c’est ressourçant et cela redonne confiance. Je n’ai jamais eu autant l’envie d’apprendre.

Cette confiance qui s’instaure lorsqu’on apprend, le plaisir de faire ensemble, les moments de convivialité diminuent le stress et favorise l’estime de soi. Des petits « riens » qui permettent le lien et se font de plus en plus rares dans nos institutions car, trop pris par le temps, on n’apprend pas assez à se connaître et à partager…

 

18 septembre

Aujourd’hui c’est le départ pour 2 jours de découvertes vers d’autres horizons et déjà une pointe de nostalgie à l’idée que c’est bientôt la fin de Longo… Nous découvrons le squat de Gap, Veynes et le lieu de vie Vaunières (voir Sur la route & plus bas)

Le soir : concert de musique libre dans une ferme proche de Longo Mai qui organise des événements musicaux.

20 Septembre

On aide le matin Julie à la construction de sa maison, il s’agit des fondations : nous voyons à quel point il est fastidieux de faire tout tous seul! Il faut emboiter les différentes tiges en fer pour qu’elles consolident les fondations.

Notre mission est de les attacher entre elles avec des fils en fer qu’on noue avec un outil très bizarre mais efficace …

L’après midi est consacrée à la … cuisine !! Pour changer !!  Nous préparons avec Carole un chili sin carne (sans viande) : cuisson des haricots blancs préalablement trempés une nuit, 2h environ, préparation des oignons, poivrons, ail, carottes coupées en frites puis cuisson dans une sorte de friteuse géante mais très difficile à allumer!

Tout cela avec du riz bien sûr parfumé de sarriette et de girofle plantée dans du laurier et oignons pour le goût (ne pas oublier d’enlever à la fin)

Soirée débat sur l’avenir des chèvres à Longo

21 Septembre

Matinée avec Roberto à la fromagerie : on apprend la dernière étape pour fabriquer du fromage de chèvre : enlever le petit lait qui se forme après la transformation du mélange puis on remplit dans de petits récipients à trou, 2 jours après les fromages de chèvre frais sont prêt !

Après midi : arrivée d’Emma qui nous filme en train de préparer le mandala holistique. Puis première interview sur notre voyage et nos projets. Nous sommes un de ses fils rouge pour son reportage (on vous en reparlera tout bientôt)

Atelier intelligence collective: mandala holistique, la consigne proposée est une visualisation du lieu idéal que nous voulons créer. François endosse le rôle de facilitateur pour nous amener à co-créer notre lieu idéal. Il s’agit d’un outil de gouvernance partagée puisé dans le livre de Robina McCurdy, Faire ensemble aux éditions Passerelle éco. Cet outil aide à la construction participative d’une vision commune, sous forme de mandala. Il permet de construire et d’évaluer un projet commun, de définir un plan d’action et des priorités.

C’est l’occasion pour nous de prendre un temps tous les quatre sur le toit terrasse de la caverne de François (Caverne auto construite à coup de pioche dans la montagne, par le garçon lui même ! de retour de son voyage en Inde à pied aller-retour !! quand je vous dit qu’on rencontre des gens extraordinaires dans ce voyage et quelque chose me dit que ce n’est pas fini !!).

Bref, nous voilà donc installés sous les arbres dans le silence. François nous facilite avec brio. Apres avoir potassé le bouquin quelques heures la veille, il sait très bien doser son implication, formuler les indications qu’il nous donne. C’est très fluide ! et ça nous permet de clarifier nos intentions.

22 Septembre

Nous avons le droit à une visite de Longo Mai pour notre dernier jour.

Menuiserie, hangar à graines, quartier d’Hypollite sa boulangerie (que nous avons déjà bien pratiqué), la salle de fabrication des huiles essentielles, la bibliothèque, les travaux, la radio… nous nous rendons compte que nous connaissons presque déjà tout sur le bout des doigts 🙂

Rien de mieux que ce temps partagé avant notre grand départ.

Nous gardons contact avec plusieurs personnes qui souhaitent avoir des nouvelles de notre projet, et peut être contribuer à la suite de notre parcours…

La réputation de Longo (repères d’anarco syndicalistes révolutionnaires anti hippies) s’est parfois confirmé mais a vite été supplanté par des rencontres individuelles chaleureuses. De drôles de zèbres aussi intéressants que surprenants habitent les lieux. Des parcours de vie originaux où se mêlent engagement politique précoce, lucidité désenchantée et profonde humanité dévoilée par bribes et dans une certaine intimité.

Je me demande souvent comment, dans ce qui m’apparaît un brouhaha déstructuré, cette grande famille parvient à construire des maisons écologiques, produire des légumes et des fruits, élever des chèvres, faire du fromage, faire son pain, organiser des évènements solidaires, mener des combats politiques, accueillir des réfugiés, élever des enfants, faire vivre une radio locale, une filature, des gîtes, et tout un réseau de coopératives internationales.

Et ça marche, je ne comprends pas comment mais ça fait plus de 40 ans que ça dure.

Certes tout n’est pas parfait et je ne suis pas en train de vous vendre un ticket première classe pour l’utopie réalisée. De nombreuses questions sont au travail en interne pour prendre en compte les ajustements nécessaires à la dynamique de groupe. Longo n’est pas « hors monde » est en tant que microcosme ce qui agite le monde, se ressent aussi, peut être d’autant plus, à Longo.

Je pense notamment aux mutations des façons de faire ensemble inhérentes au changement global de paradigme que vit la société occidentale. A plusieurs reprises je constate que l ‘élaboration et la prise de décision collectives souffrent d’un manque de structuration. Les outils de l’Université du Nous en gouvernance partagée me semblent plus que nécessaires pour permettre au groupe un regain de vitalité. Mais je sens aussi une résistance au changement. L’ancrage historique de Longo ne permet pas pour le moment que soient investis des processus qui demandent une discipline individuelle et une guidance. On est encore loin du lâcher prise nécessaire au « faire confiance aux processus ». La question du projet de Longo affleure. Qu’est ce que l’on fait ici ? Pourquoi ensemble ? Quel est le projet politique, économique et humain de Longo ?

Les semaines sont rythmées par des bonheurs simples : prendre une douche bien chaude (le bloc sanitaire de Fatsa, la maison d’accueil, qui fonctionne au solaire, après trois jours de pluie a du mal à nous offrir ce précieux service, alors on descend à Grange Neuve), utiliser des toilettes propres (l’autogestion a ses limites quand les usagers ne sont que de passages, l’entretient des toilettes sèches laisse à désirer), dormir dans une chambre silencieuse ( quand après l’arrivée de nouveaux visiteurs, on se retrouve à 6 sur la mezzanine !) Les repas par contre constituent un ravissement des papilles bi journalier. Qu’est ce qu’on mange bien à Longo !! J’ai du prendre 3 kilos en trois semaines. Mais il faut bien le dire, cette prise de graisse s’explique aussi en raison de ma sieste de deux heures tous les après midi. Force est de constater qu’il n’y a aucun problème d’obésité à Longo : entre l’activité physique liée aux travaux agricoles et de construction et le terrain constamment en pente, les réserves de graisses ne durent pas.

Personnellement c’est aussi ma première immersion dans le monde fabuleux de l’accueil de migrants. Je n’aime pas ce terme tellement générique, tellement impersonnel et bien loin de l’expérience humaine de rencontrer un être humain. **Ils se sont d’ailleurs rebaptiser les « complètement grands » (au lieu de MI grands).

« Des personnes, bordel ! » comme dirait Maeva avec son accent chantant.

On se construit un baragouinage plus ou moins franglais pour se dire nos réels. Et ça aussi, sans trop savoir comment, ça marche.

Je prends conscience de ce que ces hommes ont vécu. Je devine aussi des regards, bien trop pudiques qu’ils sont pour s’étaler sur leurs malheurs. Je regarde ma vie autrement.

De façon presque informelle des rendez vous sont pris au détour d’une discussion, au repas ou en cuisine.

Se rencontrer pour faire ensemble. Désherber au jardin du haut quand la chaleur du soleil de fin de journée vient caresser le visage avec douceur. Un coup de main pour le fumier de chèvres, ou aller dimanche faire le pain.

Se rencontrer pour être ensemble. Prendre le temps de se connaître et souvent très vite prendre soin de l’autre par un regard concerné ou une écoute attentive.

Se rencontrer pour découvrir la carte du monde de l’autre. Quoi du travail, de l’habitat, de la propriété ? Quoi de l ‘Amour, des relations ? ça infuse, ça fuse et ça diffuse !

1 Tous les prénoms ont été modifiés par soucis de discrétion

Squat de Gap, suite….

Je réalise dans un choc la gravité de la situation quand Michelle évoque l’histoire de deux gamins de 15 ans, qui coursés dans le col de l’Echelle par les flics sont tombés dans une fosse de 40 mètres. L’un d’eux est toujours hospitalisé et dans la foulée il a été « déminorisé » à son arrivée inconscient à l’hôpital. C’est le dernier terme inventé par les autorités, pour qualifier l’acte de retirer son titre de mineur à un réfugié et par là annuler le devoir de l’état de prendre en charge les mineurs isolés par l’Aide Sociale à l’Enfance.

J’ai la nausée.

Tout devient plus dense, plus contrasté, plus inconfortable aussi. Je ne peux plus faire comme si je ne savais pas. L’étrange sentiment d’être à l’aube d’un tragique retour de l’histoire fait surface.

Nous échangeons sur les pratiques concernant l’ouverture de squat (ici c’est la CIMADE qui a beaucoup aidé à l’ouverture), les difficultés concernant la présence sur le lieu des militants (clivage entre différentes organisations : ici aussi !:/) mais aussi les richesses : solidarité et entraide entre les habitants, lien avec les voisins, avec des asso pour des récup… Les différents collectifs de Veynes, de Briançon et de Die sont aussi très en lien.

Grâce à tout ce soutien, on sent que les habitants sont plutôt sereins concernant l’audience de demain, l’objectif étant de rester jusqu’à la fin de la trêve hivernale.

vaunieres suite

Plusieurs chantiers de jeunes se sont succédé et aujourd’hui c’est un vrai lieu de vie qui accueil des adultes en insertion, des jeunes en chantiers internationaux, des volontaires( Service Volontaire International, Service Volontaire Européen), des bénévoles, des jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance et séjour de rupture, des groupes scolaires ou d’institutions médico sociales à la journée…) Lorsque nous arrivons, il y a une classe de jeunes Allemands qui a financé seule le séjour scolaire, des jeunes de l’ASE, des adultes en insertion, des bénévoles, des volontaires, des permanents… (j’indique ici les différents « acteurs » mais en réalité je ne sais pas su dire qui était qui) Quelle belle mixité !

Ici les 5 permanents s’alternent sur le lieu (de jour comme de nuit), on nous explique que ce n’est pas vraiment un travail, mais plutôt un choix de vie, un plaisir de vivre autrement.

En effet, l’esprit bon enfant, les beaux paysages, l’éthique du lieu, la mixité, la bonne nourriture nous séduisent aussi… L’ambiance bienveillante transpire des murs de ce hameau haut perché des Alpes.

Le lendemain, nous rencontrons Latifa, responsable de la « maison Tremplin » qui accueil des jeunes de l’ASE. Mais avant nous participons à la rencontre collective pour faire le point sur la journée : infos (en français, anglais et allemand) et organisation des équipes (chaque permanent et adultes en insertion et/ou bénévole propose une activité, cela va de la cuisine au jardin à l’aide pour la confection d’un abri pour le compost…)

Cela nous montre une fois de plus qu’allier travail manuel et insertion marche, autant pour les jeunes que les plus grands et cela non dans un souci de rentabilité mais bien de transmission de savoir faire, de plaisir de travailler ensemble quelque soit les origines sociales. Nous voyons le bienfait que cela procure pour les adultes en « insertion » de se retrouver à animer un atelier pour apprendre aux enfants des savoirs faires. Les jeunes de l’ASE se retrouvent ainsi avec des personnes très différentes, et non dans le même bateau comme habituellement dans nos institutions où ils sont tous « parqués » dans le même lieu.

Le village

Pour la petite histoire: en 1993 des membres de l’association décident d’ouvrir un squat pour mettre à l’abris des personnes grandement désocialisées. Jusque là, l’association leur permettait seulement d’accéder à des activités d’insertion. Or, les personnes en insertion venaient aux activités le jour mais n’avait pas d’endroit où dormir la nuit. Progressivement, une négociation s’est faite avec la Mairie afin que les habitants du squat puissent être « occupant à titre gratuit ». Se créer alors une pension de famille grâce à l’aide de la Fondation Abbé Pierre, puis avec une reconnaissance progressive de l’Etat. Ce dernier accepte de financer le lieu en « expérimentation pilote » pendant 5 ans. Le décret de 2003 légitime par la loi ce qui sera alors appelé « Maison relais ».

Il y a aujourd’hui de nombreuses maisons relais en France, mais celle du Village se démarque des autres par :

– la mixité des personnes accueillies : il y a des personnes seules mais aussi des familles avec enfants

– le collectif : les repas du midi et soir sont prit ensemble (sauf du jeudi au dimanche où il n’y a pas d’obligation).

– l’activité : les résidents doivent faire 20h par semaine d’activité.

Il existe plusieurs ateliers:

– L’atelier vie quotidienne (cuisine, ménage, linge).

– Le maraichage.

– L’éco construction (productions de briques en terres, de charpentes bois, d’enduits extérieurs et intérieurs).

– Le bâtiment (chantier extérieur et intérieur).

D’autres projets ont aussi vu le jour au vu des besoins importants du département  (désertification du tissu social):

  • une « maison commune », crée il y a 3 ans avec les restos du cœur et le secours populaire. Accueil de jour (douche, collation, lessive, colis alimentaires) pour toute personne qui le souhaite.
  • accueil immédiat de 4 à 5 personnes dans un appartement sur Cavaillon
  • médiation de rue sur l’Isle sur la Sorgues et Cavaillon
  • la « maison du bassin » : accueil de jour sur l’Isle sur la Sorgues
  • projet culturel et artistique : orchestre « pile poil » avec la méthode « soundpainting » qui permet d’apprivoiser la musique collectivement, artiste en résidence, cabaret solidaire
  • projet de « ceuillette solidaire » : récupération de production agricole et transformation sur place
  • « la maison des jours meilleurs »: un habitat groupé de 35 logements en partenariat avec un bailleur social (en locatif social, accession social et intégrant des espaces associatifs et professionnels), la maison permet à des personnes avec peu de ressources d’accéder à la propriété dans un lieu économique et durable (dans la même vision que Jean Prouvé http://www.maisonapart.com/edito/autour-de-l-habitat/architecture-patrimoine/une-maison-de-jean-prouve-pour-l-abbe-pierre-7104.php)

Nous découvrons les différents ateliers.

L’ambiance est joviale, ça discute, ça rigole, ça se taquine, ça s’encourage, ça se conseille… Les salariés en insertion, les résidents et les moniteurs travaillent ensemble. Il est difficile de savoir qui et qui. Nous ressentons la richesse qu’apporte la mixité. Les ateliers fonctionnent en autogestion. Les moniteurs essaient au maximum d’aider l’équipe de travail à réfléchir ensemble. Ils expliquent ce qu’il y a à faire, montrent s’il y a besoin, puis le groupe travail en autonomie.

Le cadre de l’atelier est souple, peu de règles sont posées, ce qui permet une liberté de chacun et des prises d’initiatives. Stephanie nous raconte son arrivée : « au départ, je trouvais que c’était le bordel ici, j’avais l’impression qu’il n’y avait pas de régles, mais en fait maintenant je comprends pourquoi. Cela permet à chacun de se sentir libre de prendre des initiatives ». Chacun semble savoir ce qu’il a à faire, réparer la serre, installer le paillage, ramasser les haricots, repiquer les choux… On nous montre comment faire les bons gestes. Les personnes sont fières d’avoir cette position de celui qui enseigne.

Même dans les exercices très répétitifs et physiques, nous observons du plaisir à faire ensemble.

Lors des repas partagés, les familles avec enfants se mélangent avec les autres résidents. Ces derniers ont en moyenne plus de 50 ans. La présence des enfants amène de la joie et du dynamisme. Ici l’intergénérationnel est bien présent !

On sent que notre arrivée attise curiosité et bienveillance. Les habitants ont l’habitude de voir du monde passer (stagiaires, artistes …) et se montrent très accueillants. Faire ensemble, partager des moments communs nous permet de tisser des relations de grande qualité avec ces personnes, plus humaines, plus égalitaires. De même nous observons entre les résidents et les salariés de l’association des relations profondes où complicité et intimité sont partagées. En effet certains résidents habitent le lieu depuis plus de quinze ans, et beaucoup des professionnels y travaillent depuis la même période.

Depuis quelques années, les résidents sont en autogestion après 21h environ (il n’y a pas de veilleur) et cela se passe bien. Ce n’était pas comme cela au début, car les problématiques d’addiction étaient plus importantes. On sent qu’on arrive à un moment où le collectif est plus serein.

Une place importante est fait pour les prises de décisions collectives, principalement en Conseil d’Administration où tout le monde est convié à y participer. Un représentant des résidents est tiré au sort pour représenter la résidence sociale.

Pour les personnes en chantier d’insertion, il y a une journée d’accueil avec la mise en place d’un « tuteur » : un salarié volontaire déjà en parcours qui va permettre de transmettre les tâches à connaître et faciliter l’intégration du nouveau salarié.

Ces choix nous montrent la richesse du lieu : un beau mélange de personnes de tous horizons qui s’entraident, prennent plaisir à partager, apprendre, réfléchir ensemble …

Atelier de bentenac

Les valeurs de l’Association ETAP sont issues de différents courants humanistes, pédagogiques et conceptuels : La psychothérapie institutionnelle, l’anti-psychiatrie, la théorie de l’attachement, la psychanalyse…

Les principes d’action qui en découlent sont multiples. Les valeurs de solidarité et de vivre ensemble sont fondatrices de la dynamique du site. Les notions de travail, d’artisanat, de transformation de la matière, et de créativité sont au cœur des actions de chaque professionnel. Ainsi chacun a à la fois la liberté et la responsabilité de s’approprier une place singulière au sein du dispositif. L’hypothèse sous-tendue est que c’est à ces conditions qu’un dispositif institutionnel est vivant et peut avoir une fonction soignante et étaye un processus d’humanisation pour des jeunes en difficulté.

Les objectifs éducatifs d’une telle pratique sont :

-d’ éviter les effets amplificateurs en accueillant une population aux caractéristiques trop identiques.

-favoriser une éducation citoyenne de la tolérance à partir d’une pratique relationnelle intégrant la différence.

Autre constante du lieu, des artisans travaillent dans des ateliers ouverts aux jeunes. Ces ateliers ont une double mission : Une mission de production et une mission d’accompagnement pédagogique. Ces pôles d’activité développent une activité économique de production dans une configuration identique à celle de tout maraîcher ou de tout artisan. Ce couplage d’une activité économique de production, agricole et artisanale, avec une activité éducative produit un certain nombre de conséquences qui caractérisent la prise en charge effectuée dans les Ateliers de Bentenac.

Le socle de ce lieu est la conviction « que nous, adultes, n’accompagnerons valablement des jeunes en difficultés qu’en revenant sans cesse à ce qui construit notre commune humanité. Dans cette optique, tout ce qui met les jeunes en relation avec la réalité ou les personnes devient essentiel, qu’il s’agisse de la façon de se restaurer, de cuisiner, de jardiner, de produire ou de s’exprimer. Les jeunes sont ainsi invités à participer à leur propre construction dans un art de vivre et de travailler ensemble ».

Vidéo du lieu: https://www.youtube.com/watch?v=_T7ExBg1KXg

Si vous voulez en savoir en plus : http://www.bentenac.fr