Lieu d’insertion

MAISON RELAIS Le village

 

Le village est un lieu de vie en pension de famille sans durée d’accueil déterminée. Les personnes ont un titre d’occupation , un bail reconductible tous les ans. Les plus anciens sont là depuis 12 ans.

La pension de famille c’est :

  • 29 personnes accueillis par 15 travailleurs sociaux et une consultation addictologie hebdo pour orienter vers des prises en soin extérieures. .
  • un financement par la Direction départementale de la cohesion sociale (DDCS) à hauteur de 16e/j/pers (pour info : CHRS= 110e/j/pers)
  • favoriser le partage d’expérience plutot qu l’interrogatoire, pas de veilleur de nuit, pas de permanents, un numero d’astreinte, une autorégulation par le collectif.

 

 

Historique

Au départ l’asso fait de l’accompagnement à l’emploi. Rapidement les encadrants se rendent compte que lorsque les gens terminent leur journée de travail sur des chantiers d’insertion, ils rentrent … nulle part ! Ce non sens devient intolérable. Un mas, à l’époque en campagne, avant d’être cerné par une usine de cimenterie Laf.. pour ne pas la citer, est squattée. Nous sommes en 1993. J’ai 9 ans.

Progressivement, une négociation s’ouvre avec la Mairie afin que les habitants du squat puissent être reconnus « occupant à titre gratuit ». La reconnaissance administrative sera gagnée avec le temps et la reconnaissance de l’utilité publique de cet accueil, d’abord de la fondation Abbé Pierre qui s’intéresse aux personnes dites « en errance », en imaginant des lieux mêlant vie collective et activités professionnelles, puis de l’Etat. Ce dernier accepte de financer le lieu en « expérimentation pilote » pendant 5 ans. Le décret de 2003 s’inspire de ces initiatives pour fonder les maisons-relais.

 

 

UN  LIEU ATYPIQUE

Il y a aujourd’hui de nombreuses maisons relais en France, mais celle du Village se démarque des autres par :

– la mixité des personnes accueillies : homme seul, femme seule, famille. Seuls les jeunes adultes et les mineurs non accompagnés ne sont pas admis. D’autres structures répondants mieux, aux yeux de l’association, à leurs besoins spécifiques.

 le collectif : les repas du midi et soir sont pris ensemble. (Sauf du jeudi au dimanche où il n’y a pas d’obligation, le soir).

– l’activité : Les résidents doivent fournir 20h de travail hebdomadaire à l’association : « tout le monde fait quelques chose » sauf aménagement particulier du en majeur partie au grand âge et/ou faiblesses de certains.

 

Il existe plusieurs chantiers d’insertion pour 40 contrats aidés (contrat à durée déterminée d’insertion)

  • L’atelier vie quotidienne : cuisine, ménage, linge.
  • Le maraichage bio : culture bio sur 1 hectare, vente de paniers
  • L’éco construction : productions de briques en terres, de charpentes bois, d’enduits extérieurs et intérieurs.
  • Le bâtiment: chantiers extérieurs, chez des particuliers ou des collectivités engagées et intérieurs pour la rénovation et l’aménagement du site.

 

LES AUTRES PROJETS

D’autres projets ont aussi vu le jour en réponse aux besoins importants du département  (désertification du tissu social):

  • une « maison commune », crée il y a 3 ans avec les restos du cœur et le secours populaire. Accueil de jour (douche, collation, lessive, colis alimentaires) pour toute personne qui le souhaite. Les accueillis pouvant devenir accueillants.
  • L’accueil immédiat de 4 à 5 personnes dans un appartement sur Cavaillon, jusqu’à 6 mois
  • La médiation de rue sur l’Isle sur la Sorgues et Cavaillon
  • la « maison du bassin » : accueil de jour sur l’Isle sur la Sorgues
  • Art et culture: orchestre « pile poil » avec la méthode « soundpainting » qui permet d’apprivoiser la musique collectivement sans notions de solfèges préalables.
  • L’accueil d’artiste en résidence, cabaret solidaire
  • La « cueillette solidaire » : récupération de production agricole et transformation sur place
  • « la maison des jours meilleurs »: un habitat groupé de 35 logements en partenariat avec un bailleur social (en locatif social, accession sociale et intégrant des espaces associatifs et professionnels), la maison permet à des personnes avec peu de ressources d’accéder à la propriété dans un lieu économique et durable (dans la même vision que Jean Prouvé  http://www.maisonapart.com/edito/autour-de-l-habitat/architecture-patrimoine/une-maison-de-jean-prouve-pour-l-abbe-pierre-7104.php) Participation aux travaux par l’usager. 80m2/ 80 000 euros, autonome en NRJ, batiments collectifs communs, les habitants sont maitres d’œuvre des lieux.

 

 

 

 

 

Multiplier les projets afin de ne pas se faire avoir par l’inertie de l’accueil au long court, par la perte d’énergie, de motivation à s’impliquer dans le collectif quand la vie dans la rue a bousillé ton enthousiasme, pour continuer de s’ouvrir au monde même s’il t’a souvent ignoré.

 

NOTRE SEMAINE ENSEMBLE

L’ambiance est joviale, ça discute, ça rigole, ça se taquine, ça s’encourage, ça se conseille

Les salariés en insertion, les résidents et les moniteurs travaillent ensemble. Il est difficile de savoir qui et qui. Nous ressentons la richesse qu’apporte la mixité. Les ateliers fonctionnent en autogestion. Les moniteurs essaient au maximum d’aider l’équipe de travail à réfléchir ensemble. Ils expliquent ce qu’il y a à faire, montrent s’il y a besoin, puis le groupe travaille en autonomie.

Le cadre de l’atelier est souple, peu de règles sont posées, ce qui permet une liberté de chacun et des prises d’initiatives. Stéphanie nous raconte son arrivée : « au départ, je trouvais que c’était le bordel ici, j’avais l’impression qu’il n’y avait pas de règles, mais en fait maintenant je comprends pourquoi. Cela permet à chacun de se sentir libre de prendre des initiatives ». Chacun semble savoir ce qu’il a à faire : réparer la serre, installer le paillage, ramasser les haricots, repiquer les choux… On nous montre comment faire les bons gestes. Les personnes sont fières d’avoir cette position de celui qui enseigne.

Même dans les exercices très répétitifs et physiques, nous observons du plaisir à faire ensemble.

Lors des repas partagés, les familles avec enfants se mélangent avec les autres résidents. Ces derniers ont en moyenne plus de 50 ans. La présence des enfants amène de la joie et du dynamisme. Ici l’intergénérationnel est bien présent

On sent que notre arrivée attise curiosité et bienveillance. Les habitants ont l’habitude de voir du monde passer (stagiaires, artistes …) et se montrent très accueillants. Faire ensemble, partager des moments communs nous permet de tisser des relations de grande qualité avec ces personnes, plus humaines, plus égalitaires. De même nous observons entre les résidents et les salariés de l’association des relations profondes où complicité et intimité sont partagées. En effet certains résidents habitent le lieu depuis plus de douze ans, et beaucoup des professionnels y travaillent depuis autant de temps.

Depuis quelques années, les résidents sont en autogestion après 21h environ (il n’y a pas de veilleur) et cela se passe bien. Ce n’était pas comme cela au début, car les problématiques d’addiction étaient plus importantes. On sent qu’on arrive à un moment où le collectif est plus serein

Une place importante est faite pour les prises de décisions collectives, principalement en Conseil d’Administration où tout le monde est convié à participer. Un représentant des résidents est tiré au sort pour représenter la résidence sociale.

Pour les personnes en chantier d’insertion, il y a une journée d’accueil avec la mise en place d’un « tuteur » : un salarié volontaire déjà en parcours qui va permettre de transmettre les tâches à connaître et faciliter l’intégration du nouveau salarié.

Ces choix nous montrent la richesse du lieu : un beau mélange de personnes de tous horizons qui s’entraident, prennent plaisir à partager, apprendre, réfléchir ensemble …

 

« ICI LES GENS C’EST COMME LES ÉTOILES : LA NUIT ELLES T’ÉMERVEILLENT ET LE JOUR TU SAIS QU’ELLES SONT LÀ. »

Voilà comment Jeanine la soixantaine resplendissante, comme ça, au repas dans le réfectoire, entre deux bouchées, décrit, les larmes aux yeux, l’atmosphère de ce lieu où elle et les autres ont trouvé refuge. Ce lieu qui pour elle a marqué la fin de la galère, la fin de la survie et le début de la vie. Ici elle est enfin heureuse, épanouie … et poétesse.

« Son regard il te porte vers la joie » là c’est du regard effectivement intense de Vincent dont il est question. Vincent Delahaye le directeur du Village qui malgré des engagements quotidiens denses n’hésitent pas à se dégager quelques heures pour prendre le temps de nous faire part de son expérience, au combien précieuse.

 

La dynamique initiée par Vincent au sein du Village consiste entre autre à faire vivre les principes fondamentaux de fonctionnement suivants :

  • s’inscrire dans une démarche citoyenne marquée par un attachement au territoire (réseaux associatifs, culturels, artisanal). Favoriser l’implication de bénévoles et préserver une grande liberté dans la mise en place d’action (vis à vis des financeurs) permettant une qualité d’inventivité qui garantisse la vitalité du lieu et de ses habitants.
  • Être dans la vie, pas seulement dans la survie
  • Augmenter le bonheur sociétal par la mixité des publics et des financements.
  • Privilégier un modèle de prise de décision type Agora : le centre politique décisionnaire est le Conseil d’Administration qui fait ses réunions ouvertes a tous dans la salle à manger.
  • Conserver un peu de flou dans les consignes, laisser un peu de bordel, ça permet des poches de respirations, de création, des prises d’initiatives.
  • Permettre une atmosphère d’amour et de douceur.

 

Petit conseil pour nous au passage : un usage trouve une place dans le droit avec le temps : créer de l’usage avant de réfléchir aux modalités administratives. Je comprends cela comme  faites d’abord ; Lancez vous sur un projet atypique qui vous ressemble et qui ai sa spécificité (on retrouvera de nouveau ce conseil plus tard chez Nunu au Roucous), devenez indispensable au territoire et ce seront les administrations qui viendront vous chercher.

Notre échange avec Vincent me rassure et nourrit mon enthousiasme à l’idée de créer un lieu hybride. De cet homme émane une belle présence et une qualité d’attention portée à l’autre qui peut même surprendre au début. « Les gens, ils ont besoin d’amour et de douceur ». De l’amour et de la douceur voilà pour lui les clefs de l’harmonie qui règne ici. Qu’est ce que ça me fait du bien d’entendre ces mots de la bouche d’un directeur d’une structure d’accueil, tout de même institutionnelle. Moi qui commençais à douter sérieusement que l’amour et la douceur puissent être légitimes dans des rapports humains institutionnels voire professionnels tout court.

Alors quelle joie quand j’entends un homme d’une telle envergure avec un parcours politique et social si riche, décrire l’avenir des lieux d’accueil et de soin presque « mot pour mot » comme nous le construisons pas à pas entre nous trois.

Lors d’une discussion avec Claude et Sylvie, tous deux résidents au Village, Claude nous demande pourquoi on a choisit de rester en France ? Pourquoi ne pas mener ce projet à l’étranger ? Je m’interroge. Je ne pense pas avoir choisi de ne pas partir. Qu’est ce qu’on choisi finalement ? Çà ne s’est pas présenté, c’est tout. C’est autre chose qui s’est présenté et que je participe à manifester. Mais rien n’est à exclure, pas même l’exil si nécessaire.

« Est ce que vous faites de la politique ? » renchérit il. Oui, je crois. Non pas de la politique politicienne, pas de la politique spectacle. Ce sont les options de vie que l’on prend qui constituent en elles mêmes et de fait des orientations politiques, au sens étymologique de vie de la cité. Décidément il a le chic pour poser les questions clefs ce monsieur avec son regard d’artiste qui sait voir la beauté dans le quotidien.

Parce que la beauté faut l’avoir dans les yeux pour la voir au Village. Faut dire que caler entre une cimenterie qui fait des trous immenses dans la terre à longueur de journée, avec des machines infernales, des amoncellements de gravats arrosés comme des plantes pour éviter les nuages de poussière, l’antenne relais à l’entrée du quartier et comme si ça ne suffisait pas quand tout s’arrête à la tombée de la nuit (avant de reprendre à 4h du mat !), on se rend compte que le TGV s’invite dans le jardin et que la nationale frôle les murs. J ‘avoue avoir passé quelques jours à houspiller contre ces conditions d’accueil intolérables. J’en ai fais part en réunion d’équipe, avec la fougue de la débutante en « politicianité ». J’étais prête à pondre un bel article bien sanglant pour dénoncer (à ma petite échelle de ce modeste blog) une politique d’accueil de la honte. Parquer ces gens dans ces conditions m’est apparu intolérable. Et puis, j’apprends. J’apprends la sagesse « des anciens », « des vieux de la veille » qui gentiment m’expliquent qu’en fait eux ils sont bien contents d’être là. Que le deal avec l’usine, c’est ce qu’il leur a permis de continuer à exister après la reconnaissance du squat initial. Que sans ça, l’association n’existerait sûrement plus et qu’ils sont bien contents d’avoir pu négocier la construction de nouveaux locaux sur un terrain municipal attenant. Alors ma grande gueule, je l’ai rangé et j’ai compris ce que peut amener un engagement à long terme.

Et puis les jours passant, je me rend compte que vraiment, tout le monde s’en fou ici du bruit, de la poussière, des machines, du TGV… Les gens sont heureux d’être là, bénéficiaires autant que professionnels. Ils ont créé une communauté, la réunion de gens différents qui œuvrent ensemble à faire vivre quelque chose de plus grand que leurs individualités respectives : 1+1=3

Je laisse la conclusion à « Catherine milles vies » fraîchement résidente et entre autre œnologue, baroudeuse des îles : « ici, vous pouvez vous éclater à être vous même ». Voilà vers quoi nous tendons aussi !

 

Lieu de Vie et d’Accueil

Ici vous trouverez nos textes sur les LVA Vaunieres, les Ateliers de Bentenac, et le Roucous. Bonne lecture!

village des jeunes vaunieres

Le Village des jeunes porte bien son nom: de nombreux chantiers de jeunes se sont succédé afin de créer un vrai lieu de vie qui accueil: des adultes en insertion, des jeunes en chantiers internationaux, des volontaires( Service Civique, Service Volontaire International, Service Volontaire Européen), des bénévoles, des jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance et séjour de rupture, des groupes scolaires ou d’institutions médico sociales à la journée ou sur plusieurs jours …

Lorsque nous étions sur place, il y avait une classe de jeunes Allemands qui a financé seule le séjour scolaire, des jeunes de l’ASE, des adultes en insertion, des bénévoles, des volontaires, des permanents… (j’indique ici les différents « acteurs » mais en réalité je ne sais pas su dire qui était qui) Quelle belle mixité !

Ici les 5 permanents s’alternent sur le lieu (de jour comme de nuit), on nous explique que pour eux ce n’est pas vraiment un travail, mais plutôt un choix de vie, un plaisir de vivre autrement.

En effet, l’esprit bon enfant, les beaux paysages, l’éthique du lieu, la mixité, la bonne nourriture nous séduisent aussi… L’ambiance bienveillante transpire des murs de ce hameau haut perché des Alpes.

Le lendemain, nous rencontrons Latifa, responsable de la « maison Tremplin » qui accueil des jeunes de l’ASE. Mais avant nous participons à la rencontre collective pour faire le point sur la journée : infos (en français, anglais et allemand) et organisation des équipes (chaque permanent et adultes en insertion et/ou bénévole propose une activité, cela va de la cuisine au jardin à l’aide pour la confection d’un abri pour le compost…)

Cela nous montre une fois de plus qu’allier travail manuel et insertion marche, autant pour les jeunes que les plus grands et cela non dans un souci de rentabilité mais bien de transmission de savoir faire, de plaisir de travailler ensemble quelque soit les origines sociales. Nous voyons le bienfait que cela procure pour les adultes en « insertion » de se retrouver à animer un atelier pour apprendre aux enfants des savoirs faires. Les jeunes de l’ASE se retrouvent ainsi avec des personnes très différentes, et non dans le même bateau comme habituellement dans nos institutions où ils sont tous « parqués » dans le même lieu.

Atelier de bentenac

Les valeurs de l’Association ETAP (initiales expliqués dans « Sur la route ») sont issues de différents courants humanistes, pédagogiques et conceptuels : La psychothérapie institutionnelle, l’anti-psychiatrie, la théorie de l’attachement, la psychanalyse…

Les principes d’action qui en découlent sont multiples. Les valeurs de solidarité et de vivre ensemble sont fondatrices de la dynamique du site. Les notions de travail, d’artisanat, de transformation de la matière, et de créativité sont au cœur des actions de chaque professionnel. Ainsi chacun a à la fois la liberté et la responsabilité de s’approprier une place singulière au sein du dispositif. L’hypothèse sous-tendue est que c’est à ces conditions qu’un dispositif institutionnel est vivant et peut avoir une fonction soignante et étaye un processus d’humanisation pour des jeunes en difficulté.

Les objectifs éducatifs d’une telle pratique sont :

-d’ éviter les effets amplificateurs en accueillant une population aux caractéristiques trop identiques.

-favoriser une éducation citoyenne de la tolérance à partir d’une pratique relationnelle intégrant la différence.

Autre constante du lieu, des artisans travaillent dans des ateliers ouverts aux jeunes. Ces ateliers ont une double mission : Une mission de production et une mission d’accompagnement pédagogique. Ces pôles d’activité développent une activité économique de production dans une configuration identique à celle de tout maraîcher ou de tout artisan. Ce couplage d’une activité économique de production, agricole et artisanale, avec une activité éducative produit un certain nombre de conséquences qui caractérisent la prise en charge effectuée dans les Ateliers de Bentenac.

Le socle de ce lieu est la conviction « que nous, adultes, n’accompagnerons valablement des jeunes en difficultés qu’en revenant sans cesse à ce qui construit notre commune humanité. Dans cette optique, tout ce qui met les jeunes en relation avec la réalité ou les personnes devient essentiel, qu’il s’agisse de la façon de se restaurer, de cuisiner, de jardiner, de produire ou de s’exprimer. Les jeunes sont ainsi invités à participer à leur propre construction dans un art de vivre et de travailler ensemble ».

Vidéo du lieu: https://www.youtube.com/watch?v=_T7ExBg1KXg

Si vous voulez en savoir en plus : http://www.bentenac.fr

LVA Le Roucous

Arrivées au Roucous après une longue route sinueuse dans la forêt humide. Cet endroit a des airs de confins du monde. Nous sommes accueillies par Barbara, permanente du lieu. Alors commençons avec le vocabulaire : bienvenu dans le pays merveilleux des Lieux de Vie et d’Accueil. Ici il n’y a pas d’organisation hiérarchique de l’équipe encadrante, il y a des permanents. C’est à dire ? Les permanents sont les adultes encadrant le groupe d’enfants qui vit ici. Ils sont permanents parce qu’ils ont leurs habitations un peu plus loin sur la propriété (pour la modique sommes de 60 euros par mois retenu sur salaire au environ de 1500 net). Un permanent peut être éducateur mais ce n’est pas nécessaire. Ici c’est un peu à la tronche du client mais dans le bon sens. Peu importe tes diplômes, c’est ton expérience de vie, ton authenticité, ta capacité à faire équipe et à investir la relation avec les gosses qui comptent. Nunu, le fondateur du lieu, aujourd’hui à la retraite mais qui vit toujours dans sa belle maison en bois sur le site, n’y va pas par quatre chemins. On le sait, choisir de vivre dans un LVA c’est justement un choix de vie, pas un taf.

Mais revenons à un ordre chronologique. Barabara, donc, nous accueille dans la salle commune du Roucous. C’est la pièce principale d’une maison chaleureuse, comprenant cuisine américaine, grande table en bois et de chaque coté deux mezzanines servant de salle de cinéma et de bureau des permanents.

On se sent tout de suite bien ici, avec l’impression d’être un peu comme à la maison. On commence à papoter autour d’une boisson chaude comme on sait si bien le faire entre nanas. Barbara nous dresse le tableau. Nous sommes donc ici au Roucous, LVA crée il y a 25 ans par Nunu (personnage haut en couleur sur lequel nous nous ferons un plaisir de revenir ultérieurement). Ici vivent 3 permanents qui accompagnent 4 enfants dont c’est le lieu d’habitation principal. 4 ou 5 autres, plus ou moins jeunes, sont régulièrement de passage quelques jours en fonction des besoins et des envies. L’équipe vient de se renouveler. Barbara est là depuis environ un an et demi et vient d’être rejoint par Audrey (Non,non pas moi, pas encore !) et Arnaud il y a seulement quelques semaines. Ils en sont aux prémisses de leur organisation mais ils semblent avoir réussi à se mettre d’accord sur un fonctionnement qui roule et convient à chacun : Semaine 1 à trois avec les jours de réunions, d’analyse des pratiques etc, et les semaines suivantes à deux. Ainsi ils on chacun une semaine off dans le mois. Vient aussi sur le site, une maîtresse de maison. Celle ci, en venant faire une soirée par semaine, permet à chaque permanent d’avoir un jour de congé de 17 h à 17h le lendemain.

Je me rend compte en écrivant à quel point j’ai retenu d’éléments organisationnels cette fois ci. Ce n’est sûrement pas anodin. J’ entrevois ici pour la première fois un modèle d’organisation de notre futur lieu qui me conviendrait bien.

C’est que cet endroit et les gens qui le font vivre ont tout pour séduire. Un grand parc arboré (beaucoup de châtaigniers, dont les feuilles à cette époque de l’année forment un matelas moelleux jaune orangé), des espaces dégagés, des espaces aménagés avec de vieux camions, des caravanes et des bus pour accueillir l’été les gens de passage. Et du passage l’été au Roucous, il y en a. Le lieu accueille un cirque en résidence et en collaboration avec le village voisin, les journées annuelles d’ Alternatives Libertaires, des groupes type colonie de vacances…

Le lien « dedans-dehors » est au centre des préoccupation, pas question de rester entre soi trop longtemps. Il va de soi ici, que les permanents ramènent un ou deux gamins chez des potes pour dire bonjour et passer un petit bout de temps ensemble. L’inverse est aussi monnaie courante : les amis qui passent sont nombreux pour un goûter, une soirée ou quelques jours. La vie se vit tranquillement. Les aménagements de l’espace et du temps prennent en compte à la fois le besoin du groupe de se nourrir de l’extérieur par le passage régulier « d’autres » et la spécificité des besoins des enfants accueillis, pour la plupart un peu ou beaucoup « chtarbés » comme les qualifie affectueusement Nunu, qui ont besoin de contenance, de rituels et d’espace de liberté.

Ici, le maître a penser principal c’est Deligny. Je découvre cet éducateur hors norme qui a su expérimenter une approche ajustée à ces êtres tellement singuliers que l’on nomme autistes ou psychotiques.

Lors de notre entretien avec Nunu, je commence à voir s’articuler les liens entre le GERPLA, les LVA, Deligny et la pensée de l’anti-psychiatrie. Work in progress…

Il y a des après midi qui laissent des traces. Celui passé en compagnie de Nunu compte parmi ceux la. Comment décrire le personnage ? Nunu , faut s’imaginer un mélange entre les chanteurs de ZZ Top grisonnants, l’abbé Pierre, Proudhon et un Nounou d’enfer. Ça vous parle ? Nunu a fondé le Roucous il y a 25 ans. Son premier agrément, comme beaucoup de LVA, fut celui d’assistante maternelle. Quand on voit le bonhomme c’est à mourir de rire et puis on l’écoute, le bonhomme.

C’est une sorte de détermination à la liberté, un hymne discret à l ‘émancipation qu’il me laisse dans les oreilles. En vrac quelques conseils bien avisés:

  • « tout est fonction d’opportunisme* et d’opportunité, le projet se construit par le territoire » c’est en s’intégrant sur un territoire donné que nous serons amenées à imaginer l’étendu des possibilités de créer du lien avec celui ci et avec les institutions.
  • «  attention à ne pas dépendre d’une seule administration ; le projet prime sur la demande administrative ». Le bon vieux « ne mets pas tous tes œufs dans le même panier » qui participe aussi de notre ambition de mobiliser différents secteurs de l’économie sociale et solidaire mais aussi médico-sociale, des arts du spectacles, de l’accueil jeunesse et sport et du tourisme classique…Histoire de garder la liberté de d’abord incarner Notre projet et de ne pas se transformer en prestataires de service du conseil général.
  • « Démarrez. Faites de l’accueil, la reconnaissance administrative viendra après : créez de l’usage » que j’entends comme « c’est en forgeant qu’on devient forgeron ». Nous en savons assez pour commencer, le reste viendra en temps voulu.
  • « Travaillez votre posture vis a vis des institutions ». C’est eux qui ont besoin de nous, ne jamais perdre de vue la posture politique de notre engagement et la nécessaire distance à entretenir avec LE politique.
  • « ici on fait rien, on vit », ne pas hésiter à défendre cette posture qui privilégie l’humain sur la tarification à l’acte. Sorte de garde fou contre l’injonction administrative toujours plus oppressante à planifier des projets d’accompagnement avec des objectifs quantitatifs objectivables, à privilégier le FAIRE au dépend de l’ETRE et de l’ETRE AVEC. Le terme légal de l’accompagnement en LVA place le permanent en posture de pseudo-familial. Du coup, c’est quoi la famille, c’est quoi la Vie ? C’est là tout le travail qui doit être au cœur de nos préoccupations, être au plus proche des conditions de la vie.
  • Se garder beaucoup d’espace d’échange, de parole entre nous pour côtoyer la folie sereinement.

Manou, la compagne de Nunu c’est aussi tout un roman… des heures tu pourrais l’écouter raconter son histoire avec autant de pudeur que de générosité. C’est elle qui pose des mots sur le phénomène singulier, qui m’est de plus en plus familier, de l’alignement, de la mise en cohérence des expériences précédentes qui ici, à présent, s’agencent dans une évidence, flagrante et inédite. Il y a un moment où les divers épisodes de ta vie s’organisent pour former un puzzle original et dont le sens s’impose directement à l’esprit. « Faites avec ce que vous êtes » voilà le leit motiv de tous les lieux de vie que nous rencontrons. Il ne s’agit pas de réinventer l’eau chaude mais de partager ce qui nous anime, ce qui nous nourrit dans la vie. Manou c’est la Nature, la protection de l’environnement, les balades sauvages, les grandes étendues. Pour Joseph que l’on retrouvera plus tard en Bretagne c’est les voyages humanitaires, les déserts et l’âme de l’Afrique. Chaque LVA fait vivre ses valeurs par ses projets.

Manou a travaillé pendant des années dans un lieu de vie comprenant un pole éducation à l’environnement. Elle et son équipe y accueillaient fin 80’ début 90’« des cassos, des fin de peine, des sidaïques, des sans pap, des parents sans droits d’hébergement » dans une ferme en production. Elle nous partage son « émerveillement en constatant la capacité de ces gens à vivre ensemble ».

C’est le cœur plein d’entrain et avec un vent léger de rébellion dans l’air que nous quittons ces deux là et l’équipe du Roucous, toutes heureuses d’avoir découvert ce statut survivant d’une époque révolue où les conditions du bien vivre primaient sur les évaluations et les tarifications, conscientes aussi de cet héritage de combats politiques, sociaux et philosophiques qu’il nous appartient maintenant de perpétuer…

Squat

Durant notre voyage, nous avons rencontré plusieurs squats autogérés, nous détaillons ici certaines de ces rencontres… Squat de Gap, ZAD notre dame des landes…

Squat de Gap

Nous rencontrons Michelle à la « Maison Cezanne », un squat depuis plus d’un an à Gap. Elle nous évoque l’histoire de deux gamins de 15 ans, qui coursés dans le col de l’Echelle par les flics sont tombés dans une fosse de 40 mètres. L’un d’eux est toujours hospitalisé et dans la foulée il a été « déminorisé » à son arrivée inconscient à l’hôpital. C’est le dernier terme inventé par les autorités. Il qualifie l’acte de retirer son titre de mineur à un réfugié et par là annuler le devoir de l’état de prendre en charge les mineurs isolés par l’Aide Sociale à l’Enfance.

Tout devient plus dense, plus contrasté, plus inconfortable aussi. Je ne peux plus faire comme si je ne savais pas. L’étrange sentiment d’être à l’aube d’un tragique retour de l’histoire fait surface.

 

Nous échangeons sur les pratiques concernant l’ouverture de squat (ici c’est la CIMADE qui a beaucoup aidé à l’ouverture). Les difficultés concernant la présence sur le lieu des militants (clivage entre différentes organisations : ici aussi !:/) mais aussi les richesses : solidarité et entraide entre les habitants, lien avec les voisins, avec des asso pour des récup… Les différents collectifs de Veynes, de Briançon et de Die sont aussi très en lien.

Grâce à tout ce soutien, on sent que les habitants sont plutôt sereins concernant l’audience de demain, l’objectif étant de rester jusqu’à la fin de la trêve hivernale.

ZAD Notre dame des Landes

Lundi 27 Novembre

Nous arrivons à Notre Dame des Landes beaucoup plus tard que prévu… Nous nous demandons s’il est bien judicieux d’arriver en pleine nuit sur la « Zone A Défendre » sans savoir vraiment où aller. Heureusement, l’appel d’une amie à une amie nous sauve : à la ZAD il y a souvent des personnes qui arrivent à n’importe quelle heure et toujours au moins une personne pour accueillir. No soucie ! Cette amie nous oriente alors dans la nuit noire… Nous nous trompons bien sûr de chemin, c’est l’étape « obligée » à la ZAD … ! 2000 hectares de terres agricoles (10 km d’est en ouest), avec comme seule indication des panneaux de signalisation qui bougent et parfois se cachent dans une haie ou disparaissent….

« Bienvenue dans le monde merveilleux de la ZAD » nous dit notre amie,

« une autre dimension » …

Nous arrivons à Bellevue, la maison collective qui accueille le plus souvent les personnes de passage (l’organisation actuelle s’articule avec une semaine d’accueil par mois, ouf nous tombons sur la bonne semaine !). Nous nous installons sur le parking, juste à côté de flaques de boues (impossible de les éviter ici) …

1er lâcher prise : accepter que la couleur de notre camping-car se transforme progressivement au grès de nos allés retours dans la ZAD…

L’ambiance dans la maison Bellevue nous réchauffe : cinq/six personnes échangent autour d’un feu et d’une bonne soupe. Au fil des échanges, nous commençons à entrevoir la belle diversité des personnes présentes ici, ainsi que les difficultés inhérentes au vivre ensemble. Les principes d’autogestion, de liberté sont très forts ici, toute personne est accueillie sans qu’on lui demande quoi que ce soit.

Mardi 28 Novembre

Aujourd’hui, nous parcourons le long sentier bleu : le territoire de la ZAD est dense et nous comprenons pourquoi tant de personnes se battent pour le défendre. La nature est belle et pousse à la contemplation, la lumière du ciel reflète des belles couleurs vives sur les champs. Il y a des terres réservées au maraîchage et d’autres pour les vaches, les moutons, les cochons…

Au fin fond de la forêt, nous trouvons encore des traces de vies : des cabanes, des tentes, des abris qui s’entremêlent avec la nature.

Nous sentons un lien fort entre l’homme et la nature, une alliance charnelle. La défense du territoire ne se fait pas uniquement par l’occupation mais bien par l’expérimentation de nouvelles formes de vie.

La lutte face à la propriété privée, au productivisme, au grand projet inutile passe ici par le commun.

« La forêt reste notre dernier « commun » à tous, on peut s’y balader librement, s’y retrouver, cueillir des champignons, … Il s’agit ici d’expérimenter la valeur de ce commun pour ne pas le laisser disparaître ».

Nous avons pu apercevoir à quel point il est important pour toutes personnes à la zad de multiplier les initiatives communes, de recréer du lien malgré les tentatives de divisions du gouvernement. Il y a une volonté d’être le plus possible autonome, cela entraîne une entraide et un partage des connaissances.

Sur la soixantaine de lieux de vie présents, les informations circulent par le ZAD News, un journal distribué chaque semaine sur l’ensemble des lieux occupés. Il est essentiel pour connaître les rdv de la semaine, les mobilisations prochaines, les comptes rendus des réunions, …

Le non marché illustre aussi une partie importante de ce qui fait commun sur la zone dans la conception économique des échanges. Ici, on refuse le rapport marchand consommateur/ producteur. Toutes les semaines, les produits de la zone des chantiers collectifs et autres sont vendus à prix libre. Chacun.e met en fonction de ses possibilités, ainsi l’argent n’est pas une limite et tout.e.s peuvent se procurer de la nourriture.

Comme par exemple le réseau « cagette », qui s’est développé suite aux mobilisations contre la loi travail. L’idée est de nourrir les grévistes avec des systèmes de cagettes en regroupant des agriculteurs du coin (produits invendus, dons, …) afin de les soutenir dans la lutte. Les cagettes sont aussi distribuées aux migrant.e.s via les collectifs de soutien sur Nantes.

Les cagettes sont préparées à l’auberge des culs de plomb, lieu emblématique de la lutte, elle a été rénovée pendant des mois grâce à des chantiers collectifs. Elle est aujourd’hui une belle salle de banquet, les deux habitants historiques organisent régulièrement des repas communs pour plus d’une cinquantaine de personnes. Un slogan dans la salle indique : « notre arme c’est notre convivialité ! »

Nous pouvons aussi citer un des nombreux collectifs qui gravitent autour du soutien à la ZAD : COPAINS1 est un collectif de 6 structures agricoles composé d’agriculteurs et agricultrices. Le collectif se regroupe contre la destruction de terres maraichères, aide à l’installation de projets agricoles, il a occupé la ferme Bellevue lors de l’expropriation. Grâce à cette occupation, la ferme regroupe aujourd’hui une vingtaine de personnes sur des projets comme la tannerie, forgerie, couture, fromage, boulangerie, … Nous avons vu tout ce beau monde se mélanger et prendre beaucoup de plaisir à se réapproprier des savoirs.

Lors de notre balade à la ZAD nous avons aussi découvert l’Ambazada, un nouveau lieu destiné à accueillir les luttes du monde entier. Cette cabane de 5m sur 20, a été crée grâce à de nombreux chantiers collectifs l’été dernier. Elle est située au centre de la Zad, et pourra à terme servir de résidence pour les collectifs en lutte qui désireront s’y rencontrer autour de débats, d’ateliers, d’expos, de repas ou de fêtes. Des militant.e.s kurdes et de la communauté Chiapas s’y sont déjà retrouvé.e.s.

A la ZAD, il y a aussi une radio indépendante. Elle a pour le moins un programme étonnant, qui donne la voix à ceux qu’on n’a pas l’habitude d’entendre. Cela va d’une émission qui s’intitule « les livreurs de cocaïne et les dealers témoignent » à «  Vincent, entendeur de voix, parle des voix qu’il entend, et des groupes d’entendeur de voix ».

Des pratiques agricoles et artisanales se développent partout. Cela va de la fabrication de fromage de vache délicieux, au pain, au travail du cuir ou du bois. On fabrique de la lessive à base de cendre et des tisanes avec des plantes médicinales. Il y a des espaces de gratuité, des ateliers de couture.

Nous sommes touchées de voir ce que les humains peuvent créer ensemble quand ils sont libres de leur temps. Ici se crée ce dont on a besoin : se nourrir, se loger, se chauffer. Le reste du temps est consacré à des rencontres formels et informels pour construire un nouveau modèle de société.

Dans cette multitude de projets, nous commençons à entrevoir ce qu’il y a de magique ici, en dehors de la lutte contre l’aéroport, il y a une conscience d’appartenir à une expérimentation humaine créative et résistance, porteuse d’un espoir qui va bien au-delà des frontières de la Loire Atlantique.

En parlant de magie, revenons à notre récit journalier… Nous étions dans la forêt de Roanne, un Mardi matin, sur ce fameux sentier bleu…

Entre les pins et les épicéas nous rajoutons un peu de folie à cette forêt zadiste, nous imaginons les scènes des affrontements. Notre créativité nous amène même à penser que les arbres tombés au sol, ont été transformés en barricades par les zadistes (nb: on nous raconte par la suite qu’ils sont justes tombés à cause du vent…)

L’après-midi, nous assistons à la réunion des occupant.e.s. Elle dure plus de 4h. Comme une impression de déjà vu, nous assistons à un ordre du jour peu clair, chacun exprime son opinion à tour de rôle et parfois répète ce qui a déjà été dit, il n’y a pas réellement de décision prise, c’est flou… On en ressort confus et tendus.

Les sujets évoqués tournent autour des problèmes de violences dans la ZAD. Les divergences sont nombreuses sur la manière de gérer collectivement les comportements violents. On en ressort dubitatifs, nous avons comme l’impression qu’ils sont aux balbutiements de la construction d’un vivre ensemble.

Nous arrivons nous semble-t-il à une période charnière de la Zad. Jusqu’ici la raison d’être du collectif était la lutte contre le projet d’aéroport. Aujourd’hui des questionnements s’ouvrent sur « Comment bien vivre ensemble ? ».

Mercredi 29 Novembre

Aujourd’hui nous aidons au jardin collectif de « Rouge et Noir », désherbage (pour changer!) et récolte de panais. Nous discutons avec les jardiniers permanents, les visiteurs Nantais qui viennent découvrir la ZAD, et les copains espagnols qui sont à Bellevue avec nous en ce moment.

Nous continuons les débats commencés hier, et nous avons des débuts de réponse à nos interrogations…

La diversité des personnes présentes à la ZAD fait qu’il est parfois difficile de trouver des points de convergence, notamment lorsqu’ il s’agit de poser des limites claires contre la violence. Des actes importants sont posés, mettant à mal l’intégrité de certaine personne. Il arrive aussi que des personnes en situation de fragilité psychique « décompensent », avec présence de délire, hallucination ou idées suicidaires. La sécurité de base du collectif est parfois mise à mal. Tout le monde est d’accord pour dire que la violence est interdite, mais quand il s’agit de trouver la manière d’agir ça se complique. Certain.e ne souhaite pas qu’il y ait d’expulsion, d’autre le souhaite mais le dise à demi-mot par peur d’être jugé « d’autoritaire ».

Les occupants de la ZAD aimeraient que les solutions se trouvent à l’intérieur de la zone et non en faisant appel à un tiers extérieur. Ils pensent que c’est une manière de se déresponsabiliser, de sous-traiter les problèmes à des instances de l’état. (par exemple quand on appelle la police dès qu’il y a un souci sans chercher à savoir si on peut le régler collectivement ou qu’on hospitalise quelqu’un en hôpital psychiatrique). ((Nb : la police ne vient plus sur la zone depuis l’opération César en 2002.))

Beaucoup se posent des questions sur comment agir avec des personnes qui présentent des difficultés psychologiques ou souffrent d’addiction, et qui ont donc des besoins spécifiques ? Beaucoup témoignent du désir et en même temps de la difficulté d’aider ces personnes, par manque de disponibilité, par sentiment d’impuissance ou incompréhension. Seule la bonne volonté ne suffit pas. Plusieurs s’y essayent, créent des groupes d’écoute, des ateliers autour de la santé mentale, ou encore une commission « médiation » fait de douze personnes, changeantes, tirés au sort et volontaires. Cela s’appelle le « groupe des 12 », il est inspiré de la justice communautaire en vigueur au Chiapas (Mexique). Les personnes sont chargés de gérer les problèmes interpersonnels qui ne peuvent se résoudre naturellement.

Malheureusement ces groupes ne suffisent pas, certains nous font part de leur constat : les personnes en difficultés se retrouvent de nouveau « en marge », entres elles dans un coin de la ZAD.

Jeudi 30 Novembre

Nous n’avons pas passé un jour ici sans que les habitant.e.s souhaitent échanger avec nous autour de ce thème. Le désir d’un accueil inconditionnel de l’autre semble faire partie des valeurs fondamentales à la ZAD. « Quand on arrive ici, on ne demande rien, ni ce qu’on vient y faire, ni notre histoire, chacun vient avec ce qu’il est et reste le temps qu’il veut. » nous dit un habitant.

Mais le postulat selon lequel, dans la société on repousse trop souvent le problème « à l’extérieur » en donnant tout pouvoir aux spécialistes pour « gérer, prendre en charge, trouver des solution » aux problèmes rencontrés nous semble risqué dans le cadre de la santé mentale. Il nous semble que c’est nier la souffrance et les besoins spécifiques de ces personnes. Comme dirait Jean Oury, ils souffrent d’une double aliénation, sociale mais aussi psychopathologique. Effectivement nous devons disposer de lieux humains pour soigner la maladie mentale. La ZAD en fait partie, par son accueil inconditionnel et les multitudes expérimentations collectives possibles. Mais il faut aussi pouvoir proposer aux personnes fragiles un travail psychothérapeutique au cours duquel ils peuvent se saisir de moyens pour diminuer ou apaiser les effets des angoisses dont ils sont “victime”.

Vendredi 01 Décembre

Nous aidons au très petit jardin, jardin de plantes aromatiques et médicinales. Nous désherbons (pour changer!) et découvrons les plants de thym, mélisse, menthe, millepertuis, lamier blanc… et la construction de leur séchoir solaire.

Puis nous nous dépêchons d’aller aux discutions sur l’anti-psychiatrie, mais personne quand on arrive… Serais ce un sujet d’échanges peu réjouissant ici?

Week-end

Après quelques jours dans la boue et sans électricité, « Benj » (petit nom donné à notre camping-car) fait la moue et nous aussi… Nous partons à la recherche d’un autre coin où s’installer. Nous tentons aux Fosses noires et quelle surprise, nous y retrouvons Nino, enfant de Longo, rencontré au tout début de notre périple, à Longo Mai. Nous sommes accueillies chaleureusement. Ravies, nous apprenons aussi qu’ici on produit du pain et de la bière. On est bien tombées… !!

On travaille une journée à la super bibliothèque (et point d’accueil) de la ZAD et nous faisons une rencontre assez magique. Pour la petite histoire, juste avant notre départ en voyage nous avons dévoré le livre Les sentiers de l’utopie. Ce livre retrace le voyage de John et Isa pendant 1 an sur la route des squats/communautés autogérés en Europe. Nous étions très curieuse de savoir ce qu’ils étaient devenus après leur voyage, et de découvrir le lieu créé suite à leur périple : le collectif de la Ronce en Bretagne. On décide alors de leur envoyer un mail Samedi pour les rencontrer et quelques minutes après on tombe sur… John lui-même 🙂 Quelle synchronicité !

Après quelques années au collectif de la Ronce, il nous raconte avoir décidé avec Isa de partir pour s’installer sur la ZAD. Plusieurs heures de discutions plus tard, il nous invite à manger chez eux le lendemain.

Lors de ce repas, nous avons de grandes discutions sur la création d’un collectif de vie, et des conseils essentiels comme : ne pas avoir d’enfants les 3 premières années de la construction du projet, ne pas sous-estimer l’ampleur des travaux si le bâti acheté nécessite des rénovations, l’importance des outils à élaborer avec son collectif pour échanger sur l’équilibre entre individualité et collectif. Afin que le groupe soit un rehausseur de la personnalité singulière de chacun, comme un moyen de la révéler, de l’affermir, et non de la dissoudre.

Quelques bribes de discussion « ici on fait soi même, avec les autres. D’habitude face aux problèmes que l’on rencontre on se déresponsabilise, on demande aux instances de l’Etat de les prendre en charge ; ici on retrouve notre pouvoir d’agir. C’est un peu brouillant, pas parfait, mais on essaie… 10 ans c’est peu, on a besoin de plus de temps pour approfondir ces expérimentations, c’est pour ça que je continue à me battre pour la Zad »

Ce que nous retenons surtout de cette rencontre, c’est l’analyse de John et Isa sur la convergence progressive entre le désir de bien-être et le militantisme. Ils conjuguent une grande lucidité quant à l’évolution du monde avec une confiance en la propre force de chacun. L’énergie que l’on met à se battre « contre » doit toujours s’équilibrer avec le « pour ». Car « Résister c’est créer » et l’activisme passe par une confiance en ses propres potentialités, en la force du groupe. L’engagement dans une cause n’a pas à prendre la place sur l’attention portée à notre bien être et celui des autres.

Je laisse Starhawk (sorcière néopaïenne de San Francisco, écrivaine et militante écoféministe, merci John et Isa pour la découverte ! ) synthétiser ce propos : « l’idée de faire de la politique autrement restera en panne tant que l’on ne parviendra pas à produire des groupes aussi inventifs dans leur mode de fonctionnement et de décision que le type de société auquel ils en appellent. Si on échoue à faire qu’on ait de l’appétit à se rassembler, à travailler ensemble parce qu’on se sent devenir plus intelligent à cause des autres, on reste dans l’esprit de sacrifice, avec toute la violence et le silence que cela suppose ».

Lundi

Au programme : réunion sur les relations intergénérationnelles à la ZAD et AG du mouvement.Un groupe s’est créé depuis plusieurs mois autour du thème « comment bien vieillir à la zad ? »

La réunion parle de l’investissement d’un nouvel espace sur la zone, où plusieurs projets pourraient être réalisés (: Salon de thé, espace détente, yoga, coiffure, lieu intergénérationnel…). Ils prévoient d’y organiser des temps conviviaux, échanges de coups de mains, café, et possibilité de dormir sur place.

L’AG du mouvement nous amène une vision plus contrastée de la gestion des réunions. L’AG regroupe tous les collectifs contre l’aéroport NDL, il y a plus de 100 personnes présent.e.s ce soir-là. Nous observons plus de formalisation : au début de la réunion est expliqué l’ordre du jour, les thèmes déjà traités/ à traités. Après cette introduction, la parole est libre, une personne se propose pour faire circuler la parole. Mis à part cette personne, il n’y a personne d’autre de désignée. Il n’y a pas de temporalité sur la clôture des débats. On assiste alors au bout de deux heures à une fatigue générale qui s’exprime par des interventions qui se répètent ou qui ne sont pas adaptés au sujet, un manque d’écoute, et une augmentation des tensions.

A la fin de la réunion alors que la moitié des personnes présentes est partit, est finalement actée une action le 10 Février.

Ces observations lors des réunions à la ZAD nous donnent encore plus envie d’explorer et partager les outils d’intelligence collective. (Voir article sur Tera)

Nous terminerons sur une phrase d’un des habitants qui symbolise l’esprit de liberté défendu coûte que coûte « On peut faire ici ce qu’on souhaite vraiment, c’est un grand terrain de jeux, on réalise nos rêves de gosses, tout est possible ».

C’est ainsi qu’Isa, John et d’autres ont eu l’idée folle de construire un phare au plein milieu de la ZAD, eh oui pourquoi pas !

1Collectif des Paysans Contre l’Aéroport

Coopérative autogérée

Nous allons vous raconter ici nos différents ressentis, impressions, questionnements sur les lieux que nous sommes allés voir. Il s’agit d’un récit quasi journalier retraçant nos découvertes, rencontres, activités dans chaque lieu. Ici, Longo Mai, Alter Eco, Terra.

Cet écrit est à « 3 voi(x)es » : Audrey, Maeva et Odeline

Longo Mai (3 au 22 Septembre) à limans

03 septembre 2017

Nous devons trouver la cuisine où Paul1 notre « référent accueil» nous attend mais ce n’est pas facile, nous nous rendons vite compte que le site est très grand (on nous explique plus tard qu’il fait plus de 300 hectares).

On se trompe plusieurs fois avant de trouver Paul en train de casser un nombre incommensurable d’œufs afin de confectionner un gratin de légumes pour une centaine de personnes. Ici la cuisine semble être une affaire sérieuse ! Il nous indique la maison pour les personnes de « passage » : « Fatsa » et nous fait un topo sur les principes de base du lieu : ici pas de violences ni de comportements racistes.

Fatsa est une large maison en bois, baptisée ainsi en mémoire d’une communauté autogérée Kurde ayant subit une importante répression de la part de l’Etat turque.

Des jeunes filles sur la terrasse jouent de la guitare et chantent en partageant une bière. Je me dis que je suis heureuse d’être là, que la liberté aide à la créativité.

Tous les dimanche soir a lieu la réunion générale à 21h30. Un animateur déroule l’ordre du jour : présentation des nouveaux venus, point sur les besoins spécifiques pour les chantiers en cours et les équipes de travail puis sur les réunions de la semaine et les annonces. Il n’y a pas vraiment d’organisation de réunion, cela peut paraître « bordélique » au début mais chacun prend la parole à son tour, avec un certain respect de celle de l’autre, et ça fonctionne.

Le calendrier hebdomadaire des différentes tâches (cuisine, vaisselles, ménage) circule durant la réunion 23h fin des débats.

Léa , une jeune femme avec un bel accent espagnol, nous propose de faire la cuisine avec elle le lendemain matin. Nous sommes ravies de pouvoir si rapidement participer à la vie du lieu.

04 septembre

Lundi 9h, nous rejoignons Léa qui a déjà commencé la cuisine, elle nous dit avec un grand sourire être un peu stressée car l’école a repris et le repas doit être prêt pour le retour des enfants à midi. Il faut compter au moins 3h de préparation pour nourrir les 120 « longos » (habitants de longo mai), ouf sacré challenge !

La cuisine est très bien équipée, on se sent presque comme dans un restaurant !

Nous préparons des légumes au four, des haricots rouges/poivrons, une mayonnaise maison avec du « tomatillo » (fruit que nous découvrons) du riz et du fromage blanc qui provient directement de la fromagerie ! Certains produits que nous cuisinons proviennent des jardins ainsi que des autres coopératives Longo Mai (ex : conserverie de St Martin de Crau), il y a aussi des achats extérieurs mais en bio, tout de même.

Nous finissons dans les temps et les gens arrivent de tous les cotés pour servir de grands plats à poser sur les tables en terrasse ou chacun vient prendre place. Tres vite les remerciements fusent. Nous aussi on se pose autour d’une assiette et on est plutôt fières de nous, qu’est ce que c’est bon ! Puis on finit de laver les grands bacs, les casseroles, les tables, le sol…

Tout cela nous donne quand même une certaine énergie car nous continuons le ménage dans notre nouvelle demeure. Fatsa  est autogérée par toutes les personnes de passage. Nous arrivons dans une période de creux après toute l’agitation de l’été. Beaucoup de monde est passé par là et ca se voit !! Alors on s’y met, et c’est pas du luxe !

Rebelote pour les toilettes sèches. On « déchante ». Séparées en deux parties (cf notre futur article sur un le comparatif des toilettes sèches rencontrées) par un « filet », qui manque clairement de nettoyage. On change le tonneau mais il y a toujours une mauvaise odeur… On nous explique par la suite qu’elles sont régulièrement entretenues mais qu’elles manquent de ventilation.

Cela nous donne envie de découvrir la fabrication de toilettes sèches…

Heureusement, les premières discutions chaleureuses avec Léa, ainsi qu’avec Nina sur les actions menées à la Vallée de la Roya, et Laura, une Allemande avec qui nous avons une discussion très profonde sur la connaissance du corps et plaisir féminin, nous ravigotent.

05 septembre

Nous « visitons » les installations à Longo : yourte, maison en bois/en paille/en pierres sèches, maison collective en construction…

Nous tombons sur le quartier du « Pigeonnier », on nous explique que c’est ici que l’histoire de Longo commence : en 1973 quand une trentaine d’activistes Autrichiens rencontrent un Français nommé Remy, ce dernier leur propose de s’installer dans cette colline des Hautes Alpes pour mettre en pratique les théories du groupe « Spartacus » (en référence au soulèvement d’esclaves grecs et au mouvement de gauche Allemand des années 60).

Il n’y avait alors que cette maison au Pigeonnier qui tombait en ruine et servait de bergerie. Longo Mai a commencé là, et 44 ans après on se croirait dans un petit village pittoresque avec de très jolies maisons entourées d’un poulailler, d’une fromagerie et d’une petite boucherie (les cochons et poulets sont tués sur place).

Sans aucune connaissance préalable, la trentaine de personnes présentes au départ « seulement » aidée par les paysans du coin a appris à travailler la terre et rénover l’habitat. Dans le livre « Longo Mai révolte et utopie après 68 » on comprend la difficulté pour les militants du début à tout reconstruire, il y avait un travail énorme. Nous voyons que, pour le groupe des fondateurs, la lutte contre le système qu’ils contestent consiste en premier lieu à mettre en pratique leur « conception d’une société idéale ».

Des slogans comme « défricher plutôt que parler » et « un millimètre de pratique vaut mieux qu’un km de théorie » sont adoptés comme leitmotiv.

Nous discutons avec une jeune « Longo » qui est née ici et a fait le choix, après être partit plusieurs années, d’y revenir.

Quand on est enfant à Longo on a le libre choix de participer aux activités du lieu, rien n’est imposé. Par contre quand on est adulte on fait réellement le choix de vivre à Longo et de s’inscrire dans le projet collectif.

Nous discutons du « bouillonnement » de vie ici: les 120 habitants ont toujours quelque chose à se dire, à partager et il n’y a pas toujours la place d’accueillir de nouvelles personnes (nous apprendrons plus tard qu’il y a plus de 1000 personnes qui passent à Longo par an!) Il est donc difficile d’être suffisamment présent pour les nouveaux arrivants. Mais nous nous rendons vite compte que c’est par l’activité que nous allons créer des liens, et ici il y a de quoi faire ! Voici une liste (non exhaustive) des activités du lieu : mécanique, construction de logements, fromagerie, poulailler, pain, maraîchage, village de vacances, semences, culture des champs, travail forestier, publications, radio, et de nombreuses réunions (commissions, réunions générales, internes, inter coopératives … )

Nous arrivons la semaine où se déroule la réunion interne, qui a lieu une fois par an, et dure trois jours. Seul les habitants de Longo y participent. Cette année le thème de cette rencontre est « Comment bien vivre à 120 personnes ? ». Vaste sujet! Il nous semble que les Longo sont en perpétuel questionnement sur leur fonctionnement, leurs valeurs communes, leur manière d’être en relation, de prendre des décisions… Nous trouvons cela passionnant.

06 Septembre

Chacune son activité aujourd’hui.

L’une aide pour le chantier construction de la maison collective (qui est en chantier depuis 2013 et permettra de loger une vingtaine de personnes).

Odeline apprends à faire du « béton allégé » (mélange de sables et ciment), à manier la bétonnière et la brouette.

Heureusement on m’explique avec bienveillance les bons gestes, c’est très physique mais ça me plait !

Audrey apprend à faire des semences de tomates.

L’après midi Maeva et Odeline apprennent à récolter les semences d’haricot, bien séchés par le soleil. Nous discutons de la lutte pour les semences libres et le combat très important qui a été mené. Nous entendons les haricots qui s’entrechoquent dans notre sac et font de la musique. Sur le même rythme, nous récoltons ensemble, sous le beau soleil de fin de journée.

Nous découvrons ensuite où sont stockés les différentes plantes/légumes avant de pouvoir récupérer les graines. Magnifiques toutes ces couleurs! Nous découvrons les machines pour ventiler, trier et conditionner les graines. Quel travail !

07 septembre

C’est nous qui sommes les « cuistots » aujourd’hui car tout le monde est en réunion. On a un peu le tract ! Heureusement Renaud vient nous aider, premier enfant à être né à Longo. Dans une ambiance chaleureuse, il nous raconte les débuts de Grange Neuve. Ses parents, activistes autrichiens, rencontrent un français pour le moins charismatique, nommé Rémy (on en parle plus haut) avant de venir s’installer à Grange Neuve pour le prix d’un archer de violon mais je ne me rappel plus bien l’histoire. Croyez moi sur parole !

Nouhou, réfugié soudanais vient nous rejoindre pour faire une salade typique avec de la pâte d’arachide ! Et c’est trop bon !

Nous mangeons bien ici alors nous voulons partager aussi nos bonnes recettes : dalh de lentilles et pleurotes (directement du Doubs, petit clin d’œil pour Baptiste) avec carottes caramélisées… Oup’s un saladier de sucre c’est peut être un peu trop, même pour une marmite pour plus de 100 personnes… Bon, les doses ce n’est peut être encore pas complètement ça … mais on nous remercie quand même donc ça va !

Un coup de main à la plonge suffit à ouvrir un visage a priori peu enclin à accueillir une énième curieuse de passage.

Le soir nous partons à la réunion hebdomadaire du collectif migrant 04. A l’ordre du jour : l’organisation d’une rencontre de coordination des collectifs de soutien aux migrants du Sud Est. My godness ! Que d’énergie gaspillée dans des discussions à bâton rompus. Je ressens d’autant plus l’urgence à creuser les processus de l’Université du Nous. Pour moi c’est clair, le faire ensemble ça passe par là, entre autre.

Mais encore faut-il les proposer à des personnes susceptibles d’accepter un minimum de formalisation. Le manque d’organisation de la réunion n’empêche cependant pas le collectif de mener des actions importantes. Ils ont notamment obtenu la réquisition d’hébergements par la mairie pour accueillir des mineurs isolés.

Loin des grandes villes où la question migratoire est tout de suite vue comme un problème à régler, on voit ici que les petits villages sont bien plus accueillants et tous les habitants s’y mettent !

08 Septembre

Aujourd’hui c’est babysitting. Léa qui participe aux réunions internes nous a demandé de garder sa fille de 2 ans. Ici, les enfants sont souvent gardés par différents habitants, nous constatons d’ailleurs rapidement que cette petite s’adapte très rapidement à nous : nous l’emmenons au poulailler, à Fatsa et au quartier d’Hyppolite (mince nous n’avons pas été formé à l’utilisation du porte bébé, et on a peut être trop prévu de marche!! Mais nous rentrons sain et sauf !)

A 16h30 le rendez vous est pris au jardin du haut. Au programme, désherbage de plantation de radis et de carotte, avec apéro prévu au bout de la ligne. Ici les travaux collectifs parfois un peu pénibles sont souvent accompagnés de moments conviviaux agréables. Conséquence, nous sommes plus d’une dizaine à être venu aider.

Pendant que certains prennent l’apéro, Odeline (infatigable !) aide dans la récupération de bois de chauffage. L’hiver approche alors on doit être efficace… Mais l’activité est moins motivante, nous sommes que 3 et en plus nous nous faisons attaquer par des fourmis rouges! On n’est pas du tout parés à l’attaque, c’est un carnage !

Notre bucheron nous éclaire sur les techniques d’innovation en matière forestière et l’application sur les terrains de Longo, je découvre ainsi le Réseau pour les Alternatives Forestières qui existe partout en France : www.alternativesforestieres.org

09 Septembre

Nous participons à une action de soutien auprès de jeunes soudanais dans le cadre du collectif migrant 04.

Le soir, nous sommes invitées aux Magnans, le village de vacances de Longo Mai, a quelques kilomètres de Limans. Le charme de ce hameau entièrement retapé par la communauté nourrit immédiatement notre sens esthétique. Les gites sont loués a des particuliers ou a l’occasion de stages divers et variés.

Retrouver un peu plus de confort nous fait du bien!

10 Septembre

L’après midi, nous retrouvons François pour travailler sur un outil de gouvernance partagé, le mandala holistique. Première prise en main de l’outil ensemble. On y reviendra.

11 septembre

Nous sommes embarquées dans une mission d’une haute importance : le nettoyage du fumier des chèvres ! Malgré le travail laborieux, l’ambiance est joviale, il y a une belle énergie collective et la musique entraînante aide beaucoup! Nous finissons le chantier avec un repas partagé et des bières 

Puis l’après midi, atelier désherbage et semis d’oignons sur fond de radio zinzine (la radio locale)

Les ateliers jardin et chèvrerie sont souvent en demande de soutien extérieur, l’aide des personnes « de passage » est donc souvent très utile.

Ici le refus du salariat implique que chacun puisse choisir son activité/ ses activités. Les notions de plaisir, de responsabilité et de sens dans le travail sont donc centrales. Car, si chacun est libre de choisir quelle activité il veut faire, il prend quand même progressivement des responsabilités dans le groupe. Or, les activités comme le jardin et la chèvrerie demandent beaucoup de présence et d’investissement, le collectif n’est pas toujours en mesure de répondre aux besoins. Peut être on touche ici une des limites du collectif tel qu’il est définit à Longo.

12 Septembre

Au programme aujourd’hui :

Ballade des chèvres en haut de la colline avec Mina

Visionnage du film « Une jeunesse Allemande » sur la période des années 60 en Allemagne : la révolte étudiante qui se durcit suite à la visite du Tchad d’Iran, la répression, la constitution de la bande à Bader. Discussion suite au film sur la légitimité de la contestation et les limites du recours à la violence.

Ici, (même si j’imagine qu’il ya pu y avoir des discussions houleuses), le positionnement est clair : pas de recours aux armes mais des choix de vie politiques forts comme l’autonomisation et l’auto-organisation.

13 Septembre

Journée semences !!!

La haut de la colline est atteint en calèche, s’il vous plait ! Accompagnée d’une petite famille avec un nourrisson, c’est une sacré escapade surtout quand nous rencontrons la galère de la montée ! Heureusement, nous sommes plus très loin : 3 hectares nous attendent pour 20 kg de semences.

Nous apprenons à faire le bon geste pour la jetée, c’est comme un feu d’artifice de graines, nous apprécions les voir s’envoler dans le ciel bleu et se reposer sur la terre.

Pique nique : fromage de chèvre, pain et confiture tout maison, simple et efficace !

14 Septembre

Discussion avec Sylvie, militante dans le collectif migrant 04, et préparation de l’émission de radio Zinzinne « Passeur d’info », où nous allons intervenir.

Cette émission a lieu tous les jeudi à 17h, et permet d’expliquer l’actualité des différentes luttes par rapport au droit d’asile, à la libre circulation des personnes et à la solidarité qui s’exerce lorsque des personnes fuient leur pays en guerre et trouvent refuge dans d’autres. http://www.zinzine.domainepublic.net/#

Nous découvrons à cette occasion les collectifs de la Maison Cezanne à Gap, du squat de Veynes ainsi que le collectif de Briançon, aussi très actifs.

Nous prenons la décision d’aller les rencontrer la semaine prochaine.

15 Septembre

Préparation de la cuisine pour 120 personnes de nouveau !

Menu : salade tomate feta, pommes de terres et courgettes au four, aubergines

Apres-midi : réflexion sur notre blog et notre parcours la semaine prochaine

Soirée spectacle en soutien au Réseau Education Sans Frontière de Manosque

16 septembre

Suite à un échange avec Carole, spécialiste dans la confection des huiles essentielles, nous décidons d’acheter un petit stock des bons produits locaux : confitures, sauce tomates, caviar d’aubergine, baumes et huiles essentielles pour les différents maux du quotidien, pull et poncho fabriqués à la filature de Longo à Briançon.

Après-midi désherbage : les mains dans la terre, on médite, calme et sérénité…

On discute avec Julie qui réalise sa maison seule de A à Z avec un ami. Ok on file un coup de main la semaine prochaine. On échange sur des outils collaboratifs pour faire ensemble.

On rejoint ensuite notre ami Kurde qui nous invite dans sa caravane, première fois qu’il fait une fête chez lui, c’est très sympa, nous découvrons les apéros kurdes (d’après lui) : vodka sec chicha et datte

17 septembre

Journée pain ! Francois nous invite à confectionner 80 kg de pain (stock suffisant pour la moitié de la semaine)

Un échantillon du bonheur : on pétrit, on tchatche, on cuit le pain et les pizza maison et nous dorons au soleil ! La conversation tourne autour des relations, de la notion de couple, de poly Amour, de célibat,, de famille. Du sens que nous donnons à ce que nous faisons surtout. On creuse le pourquoi on part, qu’est ce qui nous a fait quitter CDD, CDI, appart, compagnon …

Je sens qu’au fur et à mesure des jours, les différents savoirs faires que nous apprenons ainsi que les différents échanges enrichissants, me permettent de définir plus précisément mes aspirations profondes.

Je m’écoute davantage et je sors progressivement d’un certain « conditionnement », je me sens plus libre de faire des choix qui me conviennent et les assumer pleinement.

Les différents ateliers manuels m’amènent aussi à réaliser à quel point j’aime apprendre à faire des choses de mes mains, là où je n’avais aucune connaissance il y a quelques semaines, c’est ressourçant et cela redonne confiance. Je n’ai jamais eu autant l’envie d’apprendre.

Cette confiance qui s’instaure lorsqu’on apprend, le plaisir de faire ensemble, les moments de convivialité diminuent le stress et favorise l’estime de soi. Des petits « riens » qui permettent le lien et se font de plus en plus rares dans nos institutions car, trop pris par le temps, on n’apprend pas assez à se connaître et à partager…

18 septembre

Aujourd’hui c’est le départ pour 2 jours de découvertes vers d’autres horizons et déjà une pointe de nostalgie à l’idée que c’est bientôt la fin de Longo… Nous découvrons le squat de Gap, Veynes et le lieu de vie Vaunières (voir Sur la route & plus bas)

Le soir : concert de musique libre dans une ferme proche de Longo Mai qui organise des événements musicaux.

20 Septembre

On aide le matin Julie à la construction de sa maison, il s’agit des fondations : nous voyons à quel point il est fastidieux de faire tout tous seul! Il faut emboiter les différentes tiges en fer pour qu’elles consolident les fondations.

Notre mission est de les attacher entre elles avec des fils en fer qu’on noue avec un outil très bizarre mais efficace …

L’après midi est consacrée à la … cuisine !! Pour changer !!  Nous préparons avec Carole un chili sin carne (sans viande) : cuisson des haricots blancs préalablement trempés une nuit, 2h environ, préparation des oignons, poivrons, ail, carottes coupées en frites puis cuisson dans une sorte de friteuse géante mais très difficile à allumer!

Tout cela avec du riz bien sûr parfumé de sarriette et de girofle plantée dans du laurier et oignons pour le goût (ne pas oublier d’enlever à la fin)

Soirée débat sur l’avenir des chèvres à Longo

21 Septembre

Matinée avec Roberto à la fromagerie : on apprend la dernière étape pour fabriquer du fromage de chèvre : enlever le petit lait qui se forme après la transformation du mélange puis on remplit dans de petits récipients à trou, 2 jours après les fromages de chèvre frais sont prêt !

Après midi : arrivée d’Emma qui nous filme en train de préparer le mandala holistique. Puis première interview sur notre voyage et nos projets. Nous sommes un de ses fils rouge pour son reportage (on vous en reparlera tout bientôt)

Atelier intelligence collective: mandala holistique, la consigne proposée est une visualisation du lieu idéal que nous voulons créer. François endosse le rôle de facilitateur pour nous amener à co-créer notre lieu idéal. Il s’agit d’un outil de gouvernance partagée puisé dans le livre de Robina McCurdy, Faire ensemble aux éditions Passerelle éco. Cet outil aide à la construction participative d’une vision commune, sous forme de mandala. Il permet de construire et d’évaluer un projet commun, de définir un plan d’action et des priorités.

C’est l’occasion pour nous de prendre un temps tous les quatre sur le toit terrasse de la caverne de François (Caverne auto construite à coup de pioche dans la montagne, par le garçon lui même ! de retour de son voyage en Inde à pied aller-retour !! quand je vous dit qu’on rencontre des gens extraordinaires dans ce voyage et quelque chose me dit que ce n’est pas fini !!).

Bref, nous voilà donc installés sous les arbres dans le silence. François nous facilite avec brio. Apres avoir potassé le bouquin quelques heures la veille, il sait très bien doser son implication, formuler les indications qu’il nous donne. C’est très fluide ! et ça nous permet de clarifier nos intentions.

22 Septembre

Nous avons le droit à une visite de Longo Mai pour notre dernier jour.

Menuiserie, hangar à graines, quartier d’Hypollite sa boulangerie (que nous avons déjà bien pratiqué), la salle de fabrication des huiles essentielles, la bibliothèque, les travaux, la radio… nous nous rendons compte que nous connaissons presque déjà tout sur le bout des doigts 🙂

Rien de mieux que ce temps partagé avant notre grand départ.

Nous gardons contact avec plusieurs personnes qui souhaitent avoir des nouvelles de notre projet, et peut être contribuer à la suite de notre parcours…

La réputation de Longo (repères d’anarco syndicalistes révolutionnaires anti hippies) s’est parfois confirmé mais a vite été supplanté par des rencontres individuelles chaleureuses. De drôles de zèbres aussi intéressants que surprenants habitent les lieux. Des parcours de vie originaux où se mêlent engagement politique précoce, lucidité désenchantée et profonde humanité dévoilée par bribes et dans une certaine intimité.

Je me demande souvent comment, dans ce qui m’apparaît un brouhaha déstructuré, cette grande famille parvient à construire des maisons écologiques, produire des légumes et des fruits, élever des chèvres, faire du fromage, faire son pain, organiser des évènements solidaires, mener des combats politiques, accueillir des réfugiés, élever des enfants, faire vivre une radio locale, une filature, des gîtes, et tout un réseau de coopératives internationales.

Et ça marche, je ne comprends pas comment mais ça fait plus de 40 ans que ça dure.

Certes tout n’est pas parfait et je ne suis pas en train de vous vendre un ticket première classe pour l’utopie réalisée. De nombreuses questions sont au travail en interne pour prendre en compte les ajustements nécessaires à la dynamique de groupe. Longo n’est pas « hors monde » est en tant que microcosme ce qui agite le monde, se ressent aussi, peut être d’autant plus, à Longo.

Je pense notamment aux mutations des façons de faire ensemble inhérentes au changement global de paradigme que vit la société occidentale. A plusieurs reprises je constate que l ‘élaboration et la prise de décision collectives souffrent d’un manque de structuration. Les outils de l’Université du Nous en gouvernance partagée me semblent plus que nécessaires pour permettre au groupe un regain de vitalité. Mais je sens aussi une résistance au changement. L’ancrage historique de Longo ne permet pas pour le moment que soient investis des processus qui demandent une discipline individuelle et une guidance. On est encore loin du lâcher prise nécessaire au « faire confiance aux processus ». La question du projet de Longo affleure. Qu’est ce que l’on fait ici ? Pourquoi ensemble ? Quel est le projet politique, économique et humain de Longo ?

Les semaines sont rythmées par des bonheurs simples : prendre une douche bien chaude (le bloc sanitaire de Fatsa, la maison d’accueil, qui fonctionne au solaire, après trois jours de pluie a du mal à nous offrir ce précieux service, alors on descend à Grange Neuve), utiliser des toilettes propres (l’autogestion a ses limites quand les usagers ne sont que de passages, l’entretient des toilettes sèches laisse à désirer), dormir dans une chambre silencieuse ( quand après l’arrivée de nouveaux visiteurs, on se retrouve à 6 sur la mezzanine !) Les repas par contre constituent un ravissement des papilles bi journalier. Qu’est ce qu’on mange bien à Longo !! J’ai du prendre 3 kilos en trois semaines. Mais il faut bien le dire, cette prise de graisse s’explique aussi en raison de ma sieste de deux heures tous les après midi. Force est de constater qu’il n’y a aucun problème d’obésité à Longo : entre l’activité physique liée aux travaux agricoles et de construction et le terrain constamment en pente, les réserves de graisses ne durent pas.

Personnellement c’est aussi ma première immersion dans le monde fabuleux de l’accueil de migrants. Je n’aime pas ce terme tellement générique, tellement impersonnel et bien loin de l’expérience humaine de rencontrer un être humain. **Ils se sont d’ailleurs rebaptiser les « complètement grands » (au lieu de MI grands).

« Des personnes, bordel ! » comme dirait Maeva avec son accent chantant.

On se construit un baragouinage plus ou moins franglais pour se dire nos réels. Et ça aussi, sans trop savoir comment, ça marche.

Je prends conscience de ce que ces hommes ont vécu. On devine aussi des regards, bien trop pudiques qu’ils sont pour s’étaler sur leurs malheurs. Je regarde ma vie autrement.

De façon presque informelle des rendez vous sont pris au détour d’une discussion, au repas ou en cuisine.

Se rencontrer pour faire ensemble. Désherber au jardin du haut quand la chaleur du soleil de fin de journée vient caresser le visage avec douceur. Un coup de main pour le fumier de chèvres, ou aller dimanche faire le pain.

Se rencontrer pour être ensemble. Prendre le temps de se connaître et souvent très vite prendre soin de l’autre par un regard concerné ou une écoute attentive.

Se rencontrer pour découvrir la carte du monde de l’autre. Quoi du travail, de l’habitat, de la propriété ? Quoi de l ‘Amour, des relations ? ça infuse, ça fuse et ça diffuse !

1 Tous les prénoms ont été modifiés par soucis de discrétion

 

Alter éco

Bruno, Anne et sa famille se sont installer ici pour vivre de manière quasi autonome en fonction de leurs besoins. Ils ont cultivé la terre afin de créer 1000 m² de jardins, ces derniers sont aujourd’hui collectifs et autogérés par une dizaine de personnes. Leur fonctionnement permet à chaque jardinier de recueillir un panier de légumes hebdomadaire pour un temps de jardinage d’environ deux heures par semaine et être ainsi en mesure d’assurer l’autonomie alimentaire en légumes d’une famille de 5 personnes (2 adultes et 3 enfants).

C’est à partir de ce jardin que nous avons commencé à découvrir les outils que Bruno (et d’autres à Alter Eco) ont élaboré. Par exemple, la feuille de calcul permettant d’établir un plan de culture annuel consiste à calculer le nombre de graines à semer chaque quinzaine pour chaque variété cultivée, selon le nombre de jardiniers. Cet outil est diffusé gratuitement sur leur site.

Sur leur site il y aussi de nombreux tuto très efficaces pour apprendre des techniques d’autonomie (diffusés aussi sur notre site « faire soi même ») : séchoire/ cuiseur solaire, cuiseur isotherme, four à pain, phyto-épuration,éolienne, toilettes séches… Nous avons découvert ces merveilleuses fabrications durant notre séjour : la cuisson de bons plats au cuiseur solaire presque tous les midis, la récolte de prunes dans le séchoire solaire, la joie du cuiseur isotherme pour finir la cuisson de nos plats, le remplissage de nos eaux usées dans la phyto, la descente de l’éolienne et sa réparation sur place, et bien sûr les supers toilettes sèches ! Ce modèle nous a réconcilié avec l’utilisation des toilettes sèches en vie collective. Le principe des toilettes sèches à compostage intégré est de mettre en place un réceptacle assez important (80 à 1000 litres de volume) separé en deux trappes. Un système d’écoulement permet l’évacuation des liquides en excès qui sont soit acheminés vers une phyto-épuration, soit stockés dans un bidon étanche. Ce principe permet de laisser la matière se composter au moins huit mois avant de la vider. Elle aura perdu la moitié de son volume et à peu près autant de son poids.  Les odeurs auront totalement disparues et l’aspect sera celui d’un compost grossier. Il y alors juste à décaler le toilette sur l’autre trappe et à chercher le compost tout fait !

Nous avons fait la « pub » de ce modèle durant toute la suite de notre voyage.

Ce système peut même être intégré à un habitat. Vous trouverez plus de détails sur leur site.

Petit focus sur l’éolienne : on peut se questionner sur les avantages à fabriquer une éolienne quand on sait qu’elle produit max 2000W (la plus grande) et donc ne réponds pas à tous les besoins d’énergie pour une maison. Ici, l’avantage est surtout de participer de A à Z à la fabrication de l’éolienne (grâce à une formation avec Tripalium et l’organisation d’un chantier collectif)et ainsi savoir comment la réparer soi même ! Tripalium fournit des manuels d’entretien et de maintenance. Nous avons pu observer Bruno à l’oeuvre :la manœuvre de la descente de l’éolienne est très précautionneuse, puis la rigeur du diagnostic, l’attention portée sur l’équilibre des pales entre elles. Avec l’utilisation, il arrive régulièrement que le poids se décale, il suffit alors de réequilibrer le poids. C’est assez génial de voir comment on peut être autonome de la phase fabrication à la phase réparation de sa propre source d’énergie (c’est quand même plus intéressant que continuer à dépendre du nucléaire …)

Nous avons aussi été touché par l’énergie dépensée par Bruno et les autres permanents à Alter éco afin de donner envie d’apprendre. Ils souhaitent rendre leurs conaissances le plus acessibles possibles (formation à moindre coût, tuto libre sur le web…). Ils ont d’ailleurs développé des qualités pédagogiques fortes. Avec nos deux « mains gauches » nous avons appris à souder, à comprendre le fonctionnement énergétique de notre camping car, à superposer les différentes couches du compost, à jardiner, à récolter amandes et noisettes, à réparer une éolienne…

On a quand même eu de la chance de tomber sur un Bruno aussi ingénieux pour nous aider à comprendre notre « Benji » (le petit nom de notre camping car) et ses sources énergétique : batterie du moteur, électricité, onduleur qui relie au panneau solaire (kesako?). Sur la route de l’autonomie il y a long chemin…
Aussi, la coopérative bio et locale a attiré longuement mon attention, peut être pour en créer une, suite à notre voyage, qui sait … L’idée de créer d’avantage de lien entre producteurs et consommateurs est plus que nécessaire aujourd’hui. Vous trouverez plus de détails sur la création d’une coopérative sur notre blog avec les enregistrements audio pris avec Bruno.

Si nous avons béneficié de leurs pédagogies en tant qu’adultes, il est aussi possible pour les petits bouts de découvrir la joie de l’apprentissage.

Anne nous explique la création de la classe Montessori, motivée au départ par l’inconfort d’un de ses fils dans l’école traditionelle. Anne a tout fait pour trouver des outils plus adaptés à sa manière d’apprendre, elle décide alors de se former à la pédagogie Montessori. Il s’est trouvé ensuite d’avantage en relation et beaucoup plus enclein aux apprentissages.

Cette pédagogie est une méthode d’éducation créée en 1907 par Maria Montessori, elle repose sur l’éducation sensorielle et kinesthésique de l’enfant.

L’histoire d’Anne nous rappelle celle des enfants suivis dans nos institutions respectives, mis en difficultés par la pédagogie conventionnelle qui néglige leurs besoins sensorimoteurs. L’évaluation, la compétition, la performance restent encore des fondements de notre système éducatif traditionnel aujourd’hui.

Les pédagogies alternatives sont plus adaptés au développement de l’enfant mais encore trop peu accessibles, autant dans l’éducation publique que dans l’éducation spécialisée. Anne est bien consciente de cela, pour elle ces pédagogies n’ont pas de sens si elles ne sont pas accessibles. Elle a alors pris la décision de travailler à mi temps en école publique avec les outils Montessori, et en tant que bénévole à mi temps afin de créer une classe ouverte et gratuite Montessori à d’autres parents.

Nous avons chacune passé une matinée dans la classe, et observé les enfants travailler, si calmes… Dans un cadre claire (un planning avec les différentes activités) ils se déplacent librement et choisissent de manière autonome leur activité : ils prennent leur petit plateau et manipulent les objets. Ils sont très attentifs à ce qu’ils font. L’adulte est présent pour montrer l’exercice la première fois puis il se met « à distance ». Si l’enfant est confronté à un échec l’adulte n’intervient pas. L’enfant va s’en rendre compte lui même car il ne peut réaliser un exercice Montessori jusqu’au bout s’il fait une erreur, les activités sont auto correctives. En tant qu’adulte, il est bien difficile de tenir cette position, cela demande de lâcher prise et de faire une grande confiance à l’enfant. Cela nous a mis dans des situations bien inconfortables, où il était très difficile de s’empêcher d’intervenir tellement nous étions conditionné à réagir « du tac au tac ».

Cette observation nous a amené à prendre conscience de l’intérêt d’un questionnement perpetuel sur notre manière d’intervenir auprès de l’enfant. Cela demande de se connaître, d’avoir un regard sur soi et garder une position en « méta ».

Pour donner une ordre d’idée, avec la pédagogie Montessori, une heure trente à deux heures d’ateliers pédagogiques par jour suffisent pour que les enfants, bien que ce ne soit pas le but premier, acquièrent le niveau requis par les programmes de l’Education Nationale.

Ok, nous savons désormais où aller si nous souhaitons nous former à la pédagogie Montessori ou à des techniques d’autonomie énergétique. Nous sentons que ces connaissances nous seront bien utiles lorsque notre projet sera lancé mais aujourd’hui il est un peu tôt pour approfondir d’avantage le sujet.

Le contact avec deux lieux très intéressants dans l’Aveyron nous pousse à prendre la route plus tôt… Alors, Avanti pour l’Aveyron ! Nous allons rencontrer le collectif Garza Loca et le Lieu de Vie et d’Acceuil Le Roucous !

Ecrit Tera (30 Octobre- 17 Novembre) 

Après notre trip Aveyronnais, nous débarquons à Masquières, petit village à proximité de Cahors dans le Lot et Garonne. Nous partons rencontrer le projet TERA: Tous Ensemble vers un Revenu d’Autonomie. La raison d’être de TERA est de « créer les conditions matérielles pour que chacun puisse expérimenter le chemin de son propre bonheur dans le respect des humains et de la nature ».

Pour ce faire, ce projet expérimental a pour finalité la construction d’un éco-village qui s’articulera autour de 6 axes fondamentaux :

  1. redessiner la démocratie
  2. bien être et vivre ensemble
  3. production locale du nécessaire
  4. habitation durable
  5. mutualisation des ressources
  6. choix d’activités

Pour plus d’informations consulter la Charte de l’asso sur son site http://www.tera.coop

Nos premières impressions du projet se sont faites par le site web et la rencontre furtive de Fred Bosqué aux Amanins cet été. Ce dernier se définît comme un entrepreneur humaniste et a derrière lui une longue carrière dans le social au sens large (directeur de CHRS1, initiateur du Sol Violette, monnaies locales toulousaine..) et encore milles vies en une. Son intervention, tant par son contenu que par son éloquence, a su nous mettre les neurones en ébullition !

TERA est un projet très ambitieux : l’association s’est fixé comme objectif de développer une expérience d’éco hameau où les habitants recevraient un revenu de base en monnaie locale en créant eux mêmes leurs valeurs d’échanges et leurs circuits de distribution locale. Rien que ça !!!

Le concept est attrayant. Le site web est bien travaillé, les photos montrent des chantiers participatifs lors desquels ont été construites des maisons autonomes en eau et électricité, et décrit le programme établit sur 3 ans pour la construction de l’éco hameau expérimental. 

Le projet a commencé par deux tours de France à vélo. Le premier tour d’un an, orienté vers la rencontre d’initiatives citoyennes, a permis de récolter des informations sur leur vision d’un éco hameau idéal. Ces données ont été utilisées dans la construction du projet de TERA. Pendant le deuxième tour, des lieux de vie et de production ont été rencontrés. Frédéric nous livre un des constats importants qu’il a fait au cours de ces voyages « La révolution est déjà en marche. Il n’y a rien à réinventer, juste à mettre en relation tous ces projets, à les coordonner pour qu’ils prennent plus d’ampleur, qu’ils soient plus visibles ».


TERA c’est une démarche d’expérimentation, comme un laboratoire à ciel ouvert. Le projet est d’ailleurs suivit par un groupe de scientifique qui évalue la démarche régulièrement (
ATEMIS) Un des objectifs est de prouver par l’expérience qu’il est possible de créer un mode de fonctionnement sociétal plus efficient, plus résiliant et plus épanouissant pour les personnes qui l’habitent, que notre société capitaliste actuelle. 

Une belle équipe de jeunes autour de la trentaine nous accueille chaleureusement. L’ambiance est joviale. Nous nous sentons tout de suite comme chez nous. Tera, aujourd’hui, c’est une vingtaine de membres permanents, des centaines de bénévoles, un siège social, plusieurs prototypes de maisons autonomes, un projet de permaculture allant du potager à la foret comestible, des ruches, une boulage, un marché bio… Le terrain et les bâtis (12 hectares) ont été donné, pour un euro symbolique, à TERA par un économiste de renom, souhaitant rester anonyme qui soutient le projet.

Les permanents sont tous volontaires. Nous rencontrons une petite dizaine de permanents qui fréquente régulièrement le lieu en cette période hivernale. Chacun a un revenu extérieur au projet (RSA, allocation chômage, temps partiel ou autre) et personne n’habite sur le lieu. Ici des personnes très différentes avec des parcours singuliers se rencontrent et construisent ensemble : un informaticien, un géomètre, un responsable financier d’une grande entreprise, une chercheuse en agronomie, un technicien dans l’audio-visuel, une kiné ou encore des personnes engagées dans la transition qui en ont trouvé ici une incarnation… Tous choisissent une autre vie plus en accord avec leurs valeurs profondes et leur désir de contribuer aux changements sociétaux par des actions concrètes. On travaille la terre, la relation aux autres, à soi pour un monde meilleur.

S’agissant des infrastructures, nous sommes un peu étonnées en arrivant. Il y a comme un décalage avec ce que nous imaginions du projet. Nous sommes sur un terrain agricole avec un petit bâti. Les deux maisons autonomes ont du être démontées suite à un an d’utilisation, la loi n’autorisant pas d’installation pérenne sur un terrain agricole. L’accueil au niveau du territoire est contrasté. Les deux voisins proches, très réticents au projet d’éco hameau, ont installé des pancartes exprimant leurs refus et l’un d’eux a fait pression sur le conseil municipal afin que l’éco hameau ne puisse voir le jour sur la commune (Qu’a cela ne tienne, il sera bien accueilli ailleurs !)

Pour l’instant, il n’y a pas de revenu économique des différentes activités présentes sur le lieu (jardin-forêt, maraichage, boulangerie). 

Cela peut donner l’image d’un projet peu aboutit dans son installation, ou en tout cas sur la partie « visible ». 

Néanmoins, l’équipe de TERA ne se décourage pas, les rendez vous fusent avec différents partenaires pour créer l’éco hameau ailleurs. Nous sentons une grande détermination.

Les activités sont organisées lors de la synchro du Lundi soir (réunion de synchronisation hebdomadaire) et tous les matins à 9H30. Les permanents sont engagés dans des activités spécifiques qu’ils portent au sein de TERA (projet jardin-forêt, boulangerie, maraichage, camping…) 

Un trait significatif du fonctionnement de TERA est que l’on considère ici que la façon d’être et de vivre ensemble est aussi importante que la cause que l’on défend, que la réappropriation du pouvoir d’agir et de créer, passe par des apprentissages relationnels et interpersonnels. Ou comme le disait Ghandi « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ». Les différentes expériences des membres et les deux tours de France en vélo ont bien mis en évidence que ce qui amène a péricliter la plupart des projets de ce genre ou apparentés, c’est le fameux PFH : ce Putain de, et à la fois, Précieux Facteur Humain !

Nous, on est ravies  et toutes excitées de pouvoir expérimenter tous ces outils que nous découvrons depuis plus de deux mois dans le MOOC sur la Gouvernance partagée (MOOC-gouvernance-partagee)

Mais concrètement ça donne quoi ?

Ça donne des outils pour s’organiser, créer de l’intelligence collective (1+1= 3) mieux répartir le pouvoir et ne pas répéter les processus de domination inhérent à tous groupes humains. On réfléchit à comment répartir les responsabilités et prises de décision ? à  comment trouver un équilibre entre décision verticale et horizontale ? C’est passionnant ! et ca fait bien bouger à l’intérieur !

D’après la présentation d’une des membres de TERA, les outils de gouvernance partagée ont comme objectifs et comme moyens :

l’auto gouvernance : « n’importe qui peut prendre une décision » en réunion ou temps informel, la personne qui veut prendre une décision qui impacte le collectif propose une « sollicitation d’avis » 

la plénitude : un cadre où chacun peut être authentique 

la raison d’être évolutive : on regarde dans la même direction. On définit ensemble des valeurs communes et des postulats qui évoluent en fonction de l’evolution de l’environnement. L’organisation est un organisme vivant qui a son propre élan vital.

Ce mode de gouvernance repose sur la confiance.  Nous découvrons Mr Laloux qui avec son livre Reinventign Organizations, dont sont issus ces principes, est en train de révolutionner le monde du management. (Cf Conférence frederic Laloux)

Nous vivons des réunions où l’on s’écoute, ou l’on prend plaisir à être ensemble, où les objectifs qu’on s’est donné sont remplis. Puis ensuite on peut aller se détendre, boire un verre ensemble, faire à manger, jouer de la musique. L’occasion de mettre en perspective avec ce que nous avons connu jusque là dans nos engagements militants : de longues réunions (réunionites aigues), où le cadre temporel est peu clair, où il est difficile d’écouter l’autre pleinement sans couper la parole, où les plus charismatiques ou ceux qui ont le plus de savoir prennent plus de place. En effet, certains groupes militants sont des caricatures des dysfonctionnements de la société qu’ils combattent ou qu’ils veulent transformer.

Nous sentons à quel point ces outils aident le groupe à prendre des décisions, facilitent les prises de parole, permettent plus de clarté dans les rôles et les responsabilités de chacun. L’ordre du jour est clair pour tous.toutes, il est définit en préalable par outil informatique partagé. Les tours de « météo » ( bref tour de parole dans lequel j’exprime en quelques mots qu’est ce qui est présent pour moi en ce moment, avec quoi j’arrive dans le cercle, comment je me sens) et de « feedback » (je donne mes impressions sur ce qui vient d’être vécu ensemble, j’apprécie la qualité de l’ambiance, de la nature des échanges, du contenu et de la facilitation) permettent à chacun d’avoir un temps de parole et d’écoute de qualité.

Nous faisons aussi le constat que les outils doivent rester des outils et que le risque de tomber dans quelque chose de trop rigide ou trop protocolaire n’est pas écarté. L’une d’entre nous a pu d’ailleurs exprimer à la synchro hebdo, qu’elle n’était pas toujours très à l’aise avec tous ces outils qui parfois lui renvoyait trop de cadre : elle se sentait se rigidifier avec un besoin de plus de spontanéité. 

Par cette expérimentation, il nous devient évident également l’intérêt que peut prendre ces outils dans les collectifs engagés sur des luttes extérieures. Nous prenons conscience qu’il ne suffit pas de ne plus vouloir de pouvoir et de domination, il ne suffit pas de se dire en « horizontalité »pour que cela advienne. Cela demande un travail personnel sur notre rapport au cadre, à l’autorité et interpersonnel sur notre manière d’être en relation avec les autres. Même avec de «bonnes intentions » (de celles qui pavent l’enfer), nous sommes tous sujet à reproduire les rapport de force et de domination qui sont le lit de notre culture moderne. Ces enjeux sont parfois implicites, très discrets et difficile à nommer.

Ainsi, il y a du sens à créer des ponts de compréhension entre ces « deux mondes » qui parfois s’opposent alors qu’ils auraient beaucoup à s’apporter : le monde « alternatif » qui explore des outils de Communication Non Violente et de gouvernance partagée, et le monde « militant » qui refuse parfois tout formalisme.

Trois points essentiels manquent souvent dans les groupes politiques: 

-la place pour exprimer d’avantage ses ressentis, pour parler en « je », se questionner si notre intervention répond aux besoins du projet et non en réponse à l’autre (afin d’éviter les luttes d’égos) 

– la distinction entre rôle et personne

-la clarification des rôles de chacun: définir ensemble (en fonction des envies de chacun) les besoins du groupe et en quoi chaque rôle peut y répondre

-la facilitation de la réunion : ordre du jour définit à l’avance et expliqué en début de réunion, temps définit, roulement entre les personnes qui animent la réunion, organisation différente entre le tour de parole libre pour faire émerger une proposition/ et le tour de parole de « consentement » en réponse à la proposition 

Exemple : lorsqu’une personne propose une action, le facilitateur reformule la proposition et demande à chacun s’il est d’accord/ ou s’il propose une modification jusqu’à ce qu’il ait consensus. 

Finalement, c’est aussi un équilibre à trouvé entre un projet trop tourné vers les autres où on ne s’écoute plus (ni individuellement, ni au niveau du collectif) et un projet trop tourné vers l’intérieur où on s’écoute beaucoup mais on ne met plus grand-chose en action… 

A TERA sont aussi organisés de nombreux temps de parole, d’écoute et de régulation de conflit. Ainsi pendant la semaine nous pouvons assister à un Rendez-vous de la Paix, un Apérole, ou encore un Cercle restauratif (espace dédié a la résolution de conflits interpersonnels). La participation y est toujours libre et consciente.

Chaque espace mériterait d’être mieux définit et explicité ici, mais rien ne vaut l’expérience apprenante. Nous y reviendrons dans d’autres articles. On est à peu pres d’accord que ces outils feront partie de notre mode de fonctionnement.

Oui pour nous aussi c’est un tout nouveau vocabulaire avec à apprivoiser, et si les mots sont utiles à nommer le réel, on peut postuler que renouveler le vocabulaire peut permettre un renouveau de nos réalités d’être et de faire ensemble ?

Plusieurs personnes expriment comment la vie en collectif les ont emmenés à changer intérieurement : travailler sur l’acceptation des différences ; accepter de ne pas tout contrôler ; s’excuser quand on sent qu’on a débordé…. Chacun semble être davantage à l’écoute de soi, et dans une démarche de responsabilisation face à ce qu’il ressent et agit.

Nous sommes aussi touchée par la qualité de la « contenance » du groupe. Terme « psy », désolée c’est nos déformations professionnelles qui refont surface ! Cela fait seulement deux ans que le collectif s’est créé, et des personnes ne l’ont rejoins que très récemment. Nous observons une grande qualité dans les échanges, dans la confiance de chacun dans le groupe. La vie en collectif est un sacré accélérateur de développement personnel !

D’autres facettes du projet ont davantage interpellé certaines d’entre nous. Comme l’équilibre difficile à trouver entre liberté individuelle et responsabilité collective.

Ici comme dis précédemment, l’investissement dans les activités se fait de manière libre et consciente. Rien n’est imposé. Il existe un décalage important entre l’investissement de chacun. Cela crée des frustrations pour ceux qui s’engagent le plus. Certains ont quitté le projet pour ces raisons : un trop grand décalage avec le projet idéal et sa réalisation dans le réel. D’autres ont dû faire un travail de deuil concernant la temporalité de la mise en œuvre du projet. Le postulat étant que chacun fait ce qui est juste pour lui, à son rythme. L’idée est de ne pas reproduire la pression et le stress du monde du travail. Néanmoins le manque d’investissement de certains peut contaminer le groupe, et créer une certaine inertie. Ces constats nous font nous questionner sur le fonctionnement que nous souhaitons dans le lieu que nous allons construire. Est-ce que nous demanderons un minimum d’engagement, d’heures de travail pour construire le projet ensemble, pour s’assurer de sa réalisation ? Il me semble important pour la suite de creuser un peu plus ces thèmes « existentiels » de liberté individuelle et responsabilité collective (envers soi, les autres, le projet) pour trouver un fonctionnement qui fasse sens pour nous. Sachant qu’a la différence de TERA, notre lieu a pour vocation d’accueillir des publics en difficulté, entre autre et qu’a ce titre une rigueur professionnelle est requise de fait.

La rencontre avec Frederic Boqué a été riche de découverte et prise de conscience. Sa façon de voir le monde est touchante, pleine de nuances, d’optimisme et d’humanité. Devant nos critiques des institutions traditionnelles d’accueil et de soin, il nous partage sa vision : « Les institutions sont devenues grandes car elles ont bien répondu pendant tout un temps à des besoins. Aujourd’hui elles n’y répondent plus. Il y a nécessité à créer de nouvelles organisations » … « nous devons accomplir le changement, plutôt que de seulement s’opposer, voire la crise comme potentiel de changement et de transformation » « ne pas attendre que ceux qui nous dirige se mettent en action, ne pas leur laisser ce pouvoir ». « Des gens font, mettent en place de nouvelles pratiques et ensuite recherche l’accord des dirigeants et financeurs… » « ça part du bas pour aller vers le haut, par l’action et la créativité ». Il nous parle des rencontres qu’il a fait durant son tour de France « les lieux qui ont tenu, sont ceux où les personnes avaient un désir ardent, plus fort que la motivation, que la volonté, qui sont plutôt associé à des notions de sacrifice et d’effort ».

Dans les yeux de Fred, mais aussi dans le regard de beaucoup des personnes que nous avons rencontré sur notre route, nous pouvons voir ce regard qui pétille, ce regard qui témoigne de la présence forte de ce désir ardent qui peut soulever des montagnes.

A TERA nous avons donc fait l’expérience concrète de la gouvernance partagée en marche. Personne ne s’étonnera alors que nous nous permettions avec toute la bienveillance que nous avons a l’égard du projet et de ses porteurs , de formuler quelques objections, tels des cadeaux offert au Centre qu’il a semblé important à certaine(s) d’entre nous de clarifier. Ou tout au moins de poser quelque part. En voici quelques bribes…

Le projet TERA est porté par une équipe dotée de compétences variées. C’est d’abord Fred Bosqué, qui en est à l’initiative. Je me questionne sur le fait que puisse naitre un collectif horizontal quand le « bébé » nait de l’initiative d’une seule personne. D’autant plus si cette personne est détentrice de compétences pointues dans le domaine économique. L’argent restant encore, pour au moins la phase de mise en place du projet, le nerf de la guerre. Afin d’être plus claire, la question qui me taraude ici est : comment le collectif s’empare du projet d’une personne ? et comment peuvent se repartir les responsabilité lié à l’agent quand cette même personne est plus expérimentée dans un domaine clef  également lié à l’argent(recherches de fonds…)? D’autre part, comment le projet économique est-il comprit et incarné par tous les membres du collectif ?

Je me rends compte, avec du recul, que je parle là de mon besoin propre qui est de co-construire les principes de base d’un projet. Ou au moins de bien comprendre l’objectif du projet avant de m’y impliquer pleinement. Et autant dire, que même si ces questions demeurent, je reconnais n’avoir pas suffisamment d’éléments de compréhension du modèle économique que propose TERA pour avoir une vision globale du projet.

A la synchro du matin, il est rare de voir présent plus de deux permanents, je sens que le rythme est très « tranquille ». Je me questionne alors si c’est la période qui veut ça, ou la synergie du groupe habituel. Et pourtant, je sens que les besoins pour avancer le projet ne manquent pas : maraîchage, travaux d’aménagement intérieur et extérieur, … 

La question de l’adéquation entre ambition et réalisation du projet se pose : ne vaut il pas mieux commencer par des objectifs plus adaptés aux capacités du groupe? 

Mon « côté pratico pratique » n’arrive pas à comprendre comment le projet permettra un revenu de base de l ‘équivalent en monnaie locale de 1000 euros à chaque habitant sans un investissement préalable de chacun. 

Alors je questionne, je cherche à comprendre. 

TERA cherche actuellement différents financements extérieurs : privés (donateurs/actionnaires), subventions européennes et régionales, nécessaires pour le projet d’éco hameau et le revenu de base. 

Pour les membres de TERA, les subventions servent seulement de tremplin et ne doivent pas s’inscrire sur le long terme. Le modèle économique est pensé pour que le système se suffise à lui même. Mais pour cela, il faut qu’il y ait un minimum de valeur qui soit crée et donc d’activité économique. J’en reviens donc à ma question précédente… 

L’accueil de nouveaux permanents à Tera ne demande pas de critère spécifique, seulement un respect du lieu et des personnes. Un processus d’intégration est depuis peu mis en place pour soutenir les volontaires à devenir permanents. La création d’activité économique est encouragée (réunion prévue dans ce sens au besoin) mais pas obligatoire. 

La non nécessité de « rentabilité » actuelle amène à ce que les permanents aient peu de stress concernant l’argent qui rentre et donc à l’activité économique à produire. L’idée est que chaque permanent ou volontaire s’investit comme il l’entend. 

Cette situation ne me poserait pas de problème s’il s’agissait d’une activité bénévole, mais il s’agit ici de défendre un projet collectif qui souhaite assurer à chacun un revenu égal à 1000 euros, on ne peut pas , à mon sens, faire l’impasse sur la responsabilisation de chacun. Sinon, nous donnons une image faussée, il est essentiel pour moi que les alternatives d’aujourd’hui puissent être celles de tous.toutes demain. Pour cela, le projet doit être un minimun réalisable et qu’il tienne dans le temps grâce à son autonomie propre.

On pourrait encore en écrire des pages… avant de conclure, impossible pour autant de faire l’impasse sur les heures passées à creuser des trous à la pelle et la pioche avec nos petits biscoteaux ! Eh oui dans le jardin-forêt on ne fait pas ça n’importe comment, on calcule au cm prêt où on va planter les fraisiers (grâce à un plan en permaculture) et on les plante bien enraciné dans la terre. Merci Greg pour toutes ces belles explications..

Sans oublier notre initiation au jeu du TAO, une des pratiques qui contribuent à la qualité du lien a soi et aux autres qui permet de se sentir durant quelques heures comme en « flottement », un temps « en dehors» ! cf : http://jeudutao.fr/ 

Et puis bien sur il y a des rencontres qui marquent au cœur et au corps, de ces rencontres qui ouvrent des chapitres pour la suite, pour les prochains rendez vous avec la lune !

1 Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale