Lieu de Vie et d’Accueil

Ici vous trouverez nos textes sur les LVA Vaunieres, les Ateliers de Bentenac, et le Roucous. Ainsi que sur l’école de la Neuville et l’IME les Allagouttes. Bonne lecture!

village des jeunes vaunieres

Le Village des jeunes porte bien son nom: de nombreux chantiers de jeunes se sont succédé afin de créer un vrai lieu de vie qui accueil: des adultes en insertion, des jeunes en chantiers internationaux, des volontaires( Service Civique, Service Volontaire International, Service Volontaire Européen), des bénévoles, des jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance et séjour de rupture, des groupes scolaires ou d’institutions médico sociales à la journée ou sur plusieurs jours …

Lorsque nous étions sur place, il y avait une classe de jeunes Allemands qui a financé seule le séjour scolaire, des jeunes de l’ASE, des adultes en insertion, des bénévoles, des volontaires, des permanents… (j’indique ici les différents « acteurs » mais en réalité je ne sais pas su dire qui était qui) Quelle belle mixité !

Ici les 5 permanents s’alternent sur le lieu (de jour comme de nuit), on nous explique que pour eux ce n’est pas vraiment un travail, mais plutôt un choix de vie, un plaisir de vivre autrement.

En effet, l’esprit bon enfant, les beaux paysages, l’éthique du lieu, la mixité, la bonne nourriture nous séduisent aussi… L’ambiance bienveillante transpire des murs de ce hameau haut perché des Alpes.

Le lendemain, nous rencontrons Latifa, responsable de la « maison Tremplin » qui accueil des jeunes de l’ASE. Mais avant nous participons à la rencontre collective pour faire le point sur la journée : infos (en français, anglais et allemand) et organisation des équipes (chaque permanent et adultes en insertion et/ou bénévole propose une activité, cela va de la cuisine au jardin à l’aide pour la confection d’un abri pour le compost…)

Cela nous montre une fois de plus qu’allier travail manuel et insertion marche, autant pour les jeunes que les plus grands et cela non dans un souci de rentabilité mais bien de transmission de savoir faire, de plaisir de travailler ensemble quelque soit les origines sociales. Nous voyons le bienfait que cela procure pour les adultes en « insertion » de se retrouver à animer un atelier pour apprendre aux enfants des savoirs faires. Les jeunes de l’ASE se retrouvent ainsi avec des personnes très différentes, et non dans le même bateau comme habituellement dans nos institutions où ils sont tous « parqués » dans le même lieu.

Atelier de bentenac

Les valeurs de l’Association ETAP (initiales expliqués dans « Sur la route ») sont issues de différents courants humanistes, pédagogiques et conceptuels : La psychothérapie institutionnelle, l’anti-psychiatrie, la théorie de l’attachement, la psychanalyse…

Les principes d’action qui en découlent sont multiples. Les valeurs de solidarité et de vivre ensemble sont fondatrices de la dynamique du site. Les notions de travail, d’artisanat, de transformation de la matière, et de créativité sont au cœur des actions de chaque professionnel. Ainsi chacun a à la fois la liberté et la responsabilité de s’approprier une place singulière au sein du dispositif. L’hypothèse sous-tendue est que c’est à ces conditions qu’un dispositif institutionnel est vivant et peut avoir une fonction soignante et étaye un processus d’humanisation pour des jeunes en difficulté.

Les objectifs éducatifs d’une telle pratique sont :

-d’ éviter les effets amplificateurs en accueillant une population aux caractéristiques trop identiques.

-favoriser une éducation citoyenne de la tolérance à partir d’une pratique relationnelle intégrant la différence.

Autre constante du lieu, des artisans travaillent dans des ateliers ouverts aux jeunes. Ces ateliers ont une double mission : Une mission de production et une mission d’accompagnement pédagogique. Ces pôles d’activité développent une activité économique de production dans une configuration identique à celle de tout maraîcher ou de tout artisan. Ce couplage d’une activité économique de production, agricole et artisanale, avec une activité éducative produit un certain nombre de conséquences qui caractérisent la prise en charge effectuée dans les Ateliers de Bentenac.

Le socle de ce lieu est la conviction « que nous, adultes, n’accompagnerons valablement des jeunes en difficultés qu’en revenant sans cesse à ce qui construit notre commune humanité. Dans cette optique, tout ce qui met les jeunes en relation avec la réalité ou les personnes devient essentiel, qu’il s’agisse de la façon de se restaurer, de cuisiner, de jardiner, de produire ou de s’exprimer. Les jeunes sont ainsi invités à participer à leur propre construction dans un art de vivre et de travailler ensemble ».

Vidéo du lieu: https://www.youtube.com/watch?v=_T7ExBg1KXg

Si vous voulez en savoir en plus : http://www.bentenac.fr

LVA Le Roucous

Arrivées au Roucous après une longue route sinueuse dans la forêt humide. Cet endroit a des airs de confins du monde. Nous sommes accueillies par Barbara, permanente du lieu. Alors commençons avec le vocabulaire : bienvenu dans le pays merveilleux des Lieux de Vie et d’Accueil. Ici il n’y a pas d’organisation hiérarchique de l’équipe encadrante, il y a des permanents. C’est à dire ? Les permanents sont les adultes encadrant le groupe d’enfants qui vit ici. Ils sont permanents parce qu’ils ont leurs habitations un peu plus loin sur la propriété (pour la modique sommes de 60 euros par mois retenu sur salaire au environ de 1500 net). Un permanent peut être éducateur mais ce n’est pas nécessaire. Ici c’est un peu à la tronche du client mais dans le bon sens. Peu importe tes diplômes, c’est ton expérience de vie, ton authenticité, ta capacité à faire équipe et à investir la relation avec les gosses qui comptent. Nunu, le fondateur du lieu, aujourd’hui à la retraite mais qui vit toujours dans sa belle maison en bois sur le site, n’y va pas par quatre chemins. On le sait, choisir de vivre dans un LVA c’est justement un choix de vie, pas un taf.

Mais revenons à un ordre chronologique. Barabara, donc, nous accueille dans la salle commune du Roucous. C’est la pièce principale d’une maison chaleureuse, comprenant cuisine américaine, grande table en bois et de chaque coté deux mezzanines servant de salle de cinéma et de bureau des permanents.

On se sent tout de suite bien ici, avec l’impression d’être un peu comme à la maison. On commence à papoter autour d’une boisson chaude comme on sait si bien le faire entre nanas. Barbara nous dresse le tableau. Nous sommes donc ici au Roucous, LVA crée il y a 25 ans par Nunu (personnage haut en couleur sur lequel nous nous ferons un plaisir de revenir ultérieurement). Ici vivent 3 permanents qui accompagnent 4 enfants dont c’est le lieu d’habitation principal. 4 ou 5 autres, plus ou moins jeunes, sont régulièrement de passage quelques jours en fonction des besoins et des envies. L’équipe vient de se renouveler. Barbara est là depuis environ un an et demi et vient d’être rejoint par Audrey (Non,non pas moi, pas encore !) et Arnaud il y a seulement quelques semaines. Ils en sont aux prémisses de leur organisation mais ils semblent avoir réussi à se mettre d’accord sur un fonctionnement qui roule et convient à chacun : Semaine 1 à trois avec les jours de réunions, d’analyse des pratiques etc, et les semaines suivantes à deux. Ainsi ils on chacun une semaine off dans le mois. Vient aussi sur le site, une maîtresse de maison. Celle ci, en venant faire une soirée par semaine, permet à chaque permanent d’avoir un jour de congé de 17 h à 17h le lendemain.

Je me rend compte en écrivant à quel point j’ai retenu d’éléments organisationnels cette fois ci. Ce n’est sûrement pas anodin. J’ entrevois ici pour la première fois un modèle d’organisation de notre futur lieu qui me conviendrait bien.

C’est que cet endroit et les gens qui le font vivre ont tout pour séduire. Un grand parc arboré (beaucoup de châtaigniers, dont les feuilles à cette époque de l’année forment un matelas moelleux jaune orangé), des espaces dégagés, des espaces aménagés avec de vieux camions, des caravanes et des bus pour accueillir l’été les gens de passage. Et du passage l’été au Roucous, il y en a. Le lieu accueille un cirque en résidence et en collaboration avec le village voisin, les journées annuelles d’ Alternatives Libertaires, des groupes type colonie de vacances…

Le lien « dedans-dehors » est au centre des préoccupation, pas question de rester entre soi trop longtemps. Il va de soi ici, que les permanents ramènent un ou deux gamins chez des potes pour dire bonjour et passer un petit bout de temps ensemble. L’inverse est aussi monnaie courante : les amis qui passent sont nombreux pour un goûter, une soirée ou quelques jours. La vie se vit tranquillement. Les aménagements de l’espace et du temps prennent en compte à la fois le besoin du groupe de se nourrir de l’extérieur par le passage régulier « d’autres » et la spécificité des besoins des enfants accueillis, pour la plupart un peu ou beaucoup « chtarbés » comme les qualifie affectueusement Nunu, qui ont besoin de contenance, de rituels et d’espace de liberté.

Ici, le maître a penser principal c’est Deligny. Je découvre cet éducateur hors norme qui a su expérimenter une approche ajustée à ces êtres tellement singuliers que l’on nomme autistes ou psychotiques.

Lors de notre entretien avec Nunu, je commence à voir s’articuler les liens entre le GERPLA, les LVA, Deligny et la pensée de l’anti-psychiatrie. Work in progress…

Il y a des après midi qui laissent des traces. Celui passé en compagnie de Nunu compte parmi ceux la. Comment décrire le personnage ? Nunu , faut s’imaginer un mélange entre les chanteurs de ZZ Top grisonnants, l’abbé Pierre, Proudhon et un Nounou d’enfer. Ça vous parle ? Nunu a fondé le Roucous il y a 25 ans. Son premier agrément, comme beaucoup de LVA, fut celui d’assistante maternelle. Quand on voit le bonhomme c’est à mourir de rire et puis on l’écoute, le bonhomme.

C’est une sorte de détermination à la liberté, un hymne discret à l ‘émancipation qu’il me laisse dans les oreilles. En vrac quelques conseils bien avisés:

  • « tout est fonction d’opportunisme* et d’opportunité, le projet se construit par le territoire » c’est en s’intégrant sur un territoire donné que nous serons amenées à imaginer l’étendu des possibilités de créer du lien avec celui ci et avec les institutions.
  • «  attention à ne pas dépendre d’une seule administration ; le projet prime sur la demande administrative ». Le bon vieux « ne mets pas tous tes œufs dans le même panier » qui participe aussi de notre ambition de mobiliser différents secteurs de l’économie sociale et solidaire mais aussi médico-sociale, des arts du spectacles, de l’accueil jeunesse et sport et du tourisme classique…Histoire de garder la liberté de d’abord incarner Notre projet et de ne pas se transformer en prestataires de service du conseil général.
  • « Démarrez. Faites de l’accueil, la reconnaissance administrative viendra après : créez de l’usage » que j’entends comme « c’est en forgeant qu’on devient forgeron ». Nous en savons assez pour commencer, le reste viendra en temps voulu.
  • « Travaillez votre posture vis a vis des institutions ». C’est eux qui ont besoin de nous, ne jamais perdre de vue la posture politique de notre engagement et la nécessaire distance à entretenir avec LE politique.
  • « ici on fait rien, on vit », ne pas hésiter à défendre cette posture qui privilégie l’humain sur la tarification à l’acte. Sorte de garde fou contre l’injonction administrative toujours plus oppressante à planifier des projets d’accompagnement avec des objectifs quantitatifs objectivables, à privilégier le FAIRE au dépend de l’ETRE et de l’ETRE AVEC. Le terme légal de l’accompagnement en LVA place le permanent en posture de pseudo-familial. Du coup, c’est quoi la famille, c’est quoi la Vie ? C’est là tout le travail qui doit être au cœur de nos préoccupations, être au plus proche des conditions de la vie.
  • Se garder beaucoup d’espace d’échange, de parole entre nous pour côtoyer la folie sereinement.

Manou, la compagne de Nunu c’est aussi tout un roman… des heures tu pourrais l’écouter raconter son histoire avec autant de pudeur que de générosité. C’est elle qui pose des mots sur le phénomène singulier, qui m’est de plus en plus familier, de l’alignement, de la mise en cohérence des expériences précédentes qui ici, à présent, s’agencent dans une évidence, flagrante et inédite. Il y a un moment où les divers épisodes de ta vie s’organisent pour former un puzzle original et dont le sens s’impose directement à l’esprit. « Faites avec ce que vous êtes » voilà le leit motiv de tous les lieux de vie que nous rencontrons. Il ne s’agit pas de réinventer l’eau chaude mais de partager ce qui nous anime, ce qui nous nourrit dans la vie. Manou c’est la Nature, la protection de l’environnement, les balades sauvages, les grandes étendues. Pour Joseph que l’on retrouvera plus tard en Bretagne c’est les voyages humanitaires, les déserts et l’âme de l’Afrique. Chaque LVA fait vivre ses valeurs par ses projets.

Manou a travaillé pendant des années dans un lieu de vie comprenant un pole éducation à l’environnement. Elle et son équipe y accueillaient fin 80’ début 90’« des cassos, des fin de peine, des sidaïques, des sans pap, des parents sans droits d’hébergement » dans une ferme en production. Elle nous partage son « émerveillement en constatant la capacité de ces gens à vivre ensemble ».

C’est le cœur plein d’entrain et avec un vent léger de rébellion dans l’air que nous quittons ces deux là et l’équipe du Roucous, toutes heureuses d’avoir découvert ce statut survivant d’une époque révolue où les conditions du bien vivre primaient sur les évaluations et les tarifications, conscientes aussi de cet héritage de combats politiques, sociaux et philosophiques qu’il nous appartient maintenant de perpétuer…

L’école de la Neuville

 Jeudi 1 er Février 2018

Nous arrivons la veille en Seine et Marne dans un petit camping, la grisaille nous accompagne jusqu’à notre arrivée au petit village de Chalmaison. Nous nous garons proche de l’école de la Neuville. La Neuville, c’est Fred au rassemblement du TRUC (Terrain de Rassemblement pour l’Utilité des Clubs thérapeutiques) qui nous en parle entre deux échanges : pédagogie institutionnelle développée dans une école pour des enfants en difficulté. Cela nous a suffit pour se dire : Avanti !

Nous sommes accueillies par Clémence. Elle nous offre un café dans une des multiples pièces du château de la Neuville, et nous présente le programme de la journée. Tout est organisé: une visite des locaux par deux enfants de l’école puis participation à deux réunions de classes ainsi qu’à la réunion des filles, repas avec les adultes (car ici les enfants mangent sans les adultes!) puis grand conseil et rendez vous avec Fabienne, la directrice de l’école. Nous commençons à percevoir les spécificités de cette école…

L’organisation de l’école

Clémence nous explique le fonctionnement de la Neuville, les 45 enfants accueillis ont entre 6 et 15 ans, ils sont scolarisés du CP au Brevet. Environ 40 enfants sont orientés par l’Aide Sociale à l’Enfance, et 5 viennent de familles directement, sur leurs fonds propres. Les enfants arrivent le lundi matin et repartent le vendredi soir, ils sont donc en internat à la semaine.

Il y a 12 adultes (seulement !) dans l’équipe. L’embauche ne se fait pas sur diplôme (il n’y a pas d’instituteur spécialisé par exemple), mais plutôt par passion et curiosité des pédagogies actives. Car ici la particularité des professionnels, c’est qu’ils sont polyvalents : à la fois cuisinier, jardinier, prof de sport, prof de dessin, de maths… et aussi parfois éducateur.

La Neuville est à la fois lieu de vie et lieu d’expérimentations où culture, art, sport, activités de la vie quotidienne… ont autant de place que l’apprentissage scolaire.

Le matin est réservé à la classe et l’après-midi aux différents ateliers (football, journal, cuisine,…) Il y a trois classes dans l’école, la première offre à un groupe hétérogène en âges et en niveaux le programme des cycles de l’école élémentaire, les deux autres se partageant les programmes des classes du collège.

Nous avons pu les visiter dans l’ordre, et heureusement car il faut se repérer dans ce grand château ! D’ailleurs, lorsqu’un enfant arrive à l’école de la Neuville, il a aussi le droit à une visite par deux autres enfants, et a une marraine et un parrain.

Ici, on ne fait pas semblant. C’est une véritable école, qui prend en compte tous les aspects de la vie d’un enfant. La part de travail confiée aux enfants est réelle, concrète, sans leur participation le projet commun ne pourrait être mené à bien. La loi est ici au service de tous, elle n’est pas crée pour contraindre. Les enfants savent que c’est en participant qu’ils ont le plus de chance que l’école ressemble à ce qu’ils désirent.

On regarde les enfants ici avec leurs compétences, on les encourage à devenir autonome en leur laissant une vrai place : ils peuvent prendre des initiatives, des décisions, et ont aussi des comptes à rendre. Le résultat est assez surprenant…

Samy est un de nos guides. Il se présente comme un des anciens de l’école. Il a une ceinture foncée et est scolarisé sur la dernière classe. Très à l’aise, droit dans ses bottes, ils nous dit qu’il y a encore quelques mois il faisait beaucoup de bêtises, il est resté ceintures claires de longues années… Aujourd’hui, il est très fier de nous montrer son école et l’évolution qu’elle permet aux enfants.

Les ceintures de F.Oury

Ces ceintures dont Samy nous parle, sont affichées dans chacune des classes, elles sont ainsi repérées par tous .toutes (enfants et adultes). De blanche à marron, elles ont été développées par Fernand OURY. Il s’est inspiré de son expérience de judoka, partant du postulat de départ qu’une classe homogène n’existe pas. Les ceintures de niveau permettent aux enfants d’évaluer leur réussite dans tel ou tel domaine d’activité de la classe. Une ceinture élevée se doit d’aider un débutant, autrement dit, plus un enfant détient une ceinture élevée, plus on peut être exigeant avec lui. Chaque enfant a une couleur de ceinture pour la classe, et une autre pour l’école. Inutile de matérialiser ces ceintures, les jeunes retiennent avec beaucoup d’acuité qui est de quelle couleur. D’ailleurs les comportements et les responsabilités attribuées en fonction de la couleur de ceinture ne trompent pas.

Par exemple, lors de la réunion de classe à laquelle nous participons, il y a un président de réunion adulte et un président enfant (qui a un niveau de ceinture correspondant à sa responsabilité). Lors de la réunion hebdomadaire, un enfant peut demander à passer au niveau de ceinture supérieur et ce sont tous les enfants et adultes présents qui décident s’il a les compétences suffisantes. Ces temps sont très bienveillants, ils permettent de faire des retours constructifs. Par exemple, nous avons pu assister à cet échange quelque peu étranges à nos oreilles, entre deux gamins de 9-10 ans : «tu sais bien nous lire des histoires et tu es responsable sur la gestion de la chambre, par contre tu es trop timide et avec la ceinture verte il est demandé de participer, alors prends confiance en toi et ça ira mieux ».

Le cahier de râlage est aussi un outil intéressant. Il permet aux enfants et adultes de noter durant la semaine une situation qui les a dérangé et à laquelle ils n’ont pas réussit à trouver une solution. Cela peut être un manque de respect, une situation de violence, trop de bruit en classe… Lors de la réunion de classe, sont repris tous les râlages et une demande de réparation peut être demandée par la personne qui a écrit le râlage. Autant dire que ce système emousse le désir d’apprendre : beaucoup d’enfants à la Neuville ont apprit à écrire pour pouvoir noter sur le cahier de râlage.

Ce temps de régulation est organisé en fin de semaine afin qu’il y est une certaine distanciation vis à vis des évènements. Les enfants ont parfois pris un recul suffisant pour dire « en fait c’est réglé je n’ai plus besoin d’en parler » ou « j’étais en colère mais maintenant je comprends que t’es agi comme ça ». C’est un temps de régulation important, qui existe aussi lors des réunions hebdomadaires entre filles et entre garçon. Pour F.Oury « c’est en prenant l’avis de toutes et tous que l’on progresse dans la vie quotidienne en groupe, en institution; c’est en discutant des comportements, en les repérant et en les accompagnant, que l’insécurité devant l’agressivité se banalise et s’éduque. »

« Ce n’est pas l’éducateur qui éduque, c’est le milieu. » (Freinet)

Ici les enfants mangent ensemble le midi et passent la nuit seulement entre enfants. Il n’y a pas de veilleur ni de cuisinier ou maîtresse de maison. C’est un choix assumé, qui demande une organisation importante. Les temps de régulation sont tout aussi essentiels. Pour le repas, pour chaque table, un enfant est responsable, il gère alors l’ambiance de la table, il vérifie que la distribution et le rangement se passent bien. Lors des soirées, il y a un responsable pour chaque chambre qui vérifie les douches, le rangement de chambre et est garant de la bonne ambiance dans la chambre.

Il existe d’autres nombreux outils, tous aussi passionnants et utiles pour la vie de l’école que l’on ne peut développer ici… Pour résumer, à la Neuville se crée un milieu riche d’occasions d’agir, de s’investir, de changer, un milieu vivant. La classe devient un milieu de vie.

L’ime les allagouttes

A notre arrivée, nous sommes conviées à un spectacle d’eurythmie dans la salle de spectacles.

Nous voilà direct dans le « bain » de la pédagogie curative. L’eurythmie est un art du mouvement, qui considère, que le corps humain est appelé à manifester dans l’espace des sonorités vocales et musicales. À la fois expression individuelle et rencontre des lois cosmiques du mouvement, l’eurythmie harmonise l’âme et stimule les forces vitales.

Dire que nous avons saisit dans l’instant toutes les subtilités de cet art serait prétentieux ! Par contre l’effet du spectacle sur les jeunes spectateurs est incontestables : les enfants sont silencieux et attentifs.

Après le spectacle, un groupe d’enfants joue ensemble un petit morceau rythmé par une flûte et un xylophone, chacun est très à l’écoute de l’autre.

Une des adolescentes nous conduit à la maison Saint jean, la maison des 15 adolescent.e.s et jeunes adultes âgé.e.s de 16 à 25 ans où nous sommes accueillit Maeva et moi.* Nous rencontrons les jeunes et nous avons droit à une super visite ! La boulangerie, la cuisine, le salon, la salle créative, salle télé, les chambres… Nous voyons que l’esthétique du lieu est pensée. Une attention particulière est accordée aux finitions, aux peintures et agencement afin que les pièces soient chaleureuses et contenantes. L’espace est épuré, le peu d’objets présents ont une utilité particulière et sont en matériaux nobles. On s’y sent bien.

Nous sommes invitées à manger avec les jeunes, nous passons un beau moment, ces derniers sont très curieux et accueillants.

Le lendemain, nous participons aux activités hebdomadaires, la journée est rythmée par la vie quotidienne, les activités et les rituels collectifs. Par exemple, la journée commence par un temps commun en  cercle : on est tous en rond, on allume une bougie au centre, on se dit « bonjour », régulièrement un texte est lu, puis chacun de nous raconte ses activités à venir et on se souhaite une bonne journée. Cela permet de vivre un moment de centrage personnel et un temps d’harmonisation avec les autres avant de commencer la journée. Le même rituel a lieu le soir avant le coucher.

Nous observons a quel point les rituels permettent des repères temporels importants et des temps collectifs rassurants, favorisant les transitions d’un espace à un autre et rendant le temps significatif. Cela dit, n’étant pas familiarisées avec une pratique spirituelle quelconque, nous nous interrogeons sur le choix de certains textes anthroposophiques et sur ce qui nous apparaît comme une forme un peu rigide de demandes faites aux enfants concernant notamment leur posture pendant ces moments là (se tenir bien droit, joindre les mains, …). Certes la dimension spirituelle du lieu fait partie intégrante du projet d’établissement, néanmoins, le positionnement des adultes à certains moments, qui peuvent reprendre les jeunes parce qu’un tel n’est pas assis les deux pieds au sol ou ne tient pas ses mains jointes comme il faut, nous apparaît quelque peu rigide. Cela vient nous toucher d’autant plus que nous échangeons beaucoup entre nous sur ces notions de positionnement professionnel, asymétrique entre adultes et enfants, sur l’effet thérapeutique de la réciprocité plutôt que de la domination etc…

Lors de cette journée, je participe à l’activité cuisine le matin et bricolage l’après-midi. Nous sommes arrivées pour les préparatifs du Carnaval, grande fête organisée soigneusement plusieurs jours à l’avance. Pour les décorations du Carnaval nous avons comme mission de créer des panneaux en bois. J’observe l’aisance avec laquelle les enfants se lancent sur les travaux manuels. Ils n’ont pas peur d’utiliser la scie, le marteau, de porter du bois lourd… On sent qu’ils ont l’habitude de travailler manuellement et qu’ils y prennent beaucoup de plaisir !

De même pour la cuisine, où est privilégié l’achat de produits de bonne qualité, et où on a même le droit de cuisiner les produits du jardin ! (Ce n’est pas souvent qu’un établissement soumis aux réglementations de l’ARS autorise de cuisiner ses propres légumes, voir notre écrit sur la Chesnaie). D’ailleurs on s’est régalé durant ces 3 jours, les repas sont toujours équilibrés et très bon. La cuisine est prise très au sérieux par les enfants aussi, on sent qu’ils ont envie que leur travail soit apprécié par les autres.

Mercredi nous assistons à la réunion « communautaire » réunissant les jeunes et les éducateurs.

L’objet de la réunion est de prendre le temps d’échanger sur le quotidien, et sur les sorties possibles, en fonction du désir des enfants (une feuille est complétée par les enfants avant la réunion). Lors de la réunion, nous observons que la parole est prise principalement par les adultes, et très rarement par les enfants. Les adultes présentent ce qui va se passer comme jeux pour le carnaval, la plupart du programme est déjà pensé et il n’y a plus grand-chose à décider ensemble.

Cela nous montre qu’il ne suffit pas d’avoir l’intention de faire participer les enfants pour que cela fonctionne, mais il faut se questionner sur comment on laisse la place. Il est important de réfléchir à la forme de la réunion pour que les enfants aient plus de place durant les échanges (voir notre article sur la pédagogie institutionnelle à l’école de la Neuville).

Jeudi j’assiste à l’équithérapie puis je reste la journée à la maison du Surcenord, qui accueille 15 adolescents et jeunes adultes en IMPRO1. C’est un domaine agricole de 113 hectares, comprenant 60 têtes de bétail, un poulailler, des porcs, des chevaux et des ânes. L’originalité du projet est d’articuler les activités de l’IMPRO avec celles d’une ferme de montagne qui a sa propre raison sociale sous la forme d’une EARL. Celle ci constitue un outil pédagogique pour les jeunes. J’aide à la ferme toute l’après-midi et j’observe les jeunes s’activer pour enlever le fumier des cochons, nettoyer le sol où sont les vaches, donner à manger à tout ce beau monde… Ce n’est pas de tout repos !

Les tâches sont configurées pour travailler l’autonomie des jeunes face à l’activité. La limite se trouve pour les adolescents les plus en difficulté. En effet, que se passe-il pour celui qui n’a pas les moyens de répondre au niveau d’efficacité demandé ? Comme dans le milieu ordinaire est il soumis à un pression de cadence et de résultat ? Je dois reconnaître que n’étant pas familière des activités de la ferme, je me suis retrouver moi même stressée car confrontée à une cadence ardue. Alors qu’en a t-il été pour ce jeune bien plus démunie que moi dans cette situation ? Les consignes éducatives lors de l’activité sont celles d’une demande de résultat professionnel qui ne tiennent pas toujours compte de la dimension de « travail protégé ». Si elles peuvent motiver certains jeunes à se mettre au travail, elles peuvent aussi en décourager d’autres et les laisser sur le bord de la route…

Au quotidien aussi, le rappel aux règles et le positionnement « haut » de l’adulte vis à vis de l’enfant nous questionne. Un positionnement trop autoritaire limite l’autonomie de l’enfant, sa responsabilisation ainsi que l’autorégulation du groupe.

Nous nous passionnons lors de nos trajets dans notre Benji pour ces questions complexes et récurrentes à propos de « la bonne posture éducative », de la « juste distance », de la relation d’authenticité qui permet la confiance et la sécurité mais qui exige aussi de la part du professionnel de ne pas faire de différence de nature entre le normal et le pathologique par exemple ou entre sa qualité à lui de sachant et celle d’apprenant du patient et/ou de l’enfant. Élaborer autour de ces questions nous amène naturellement à questionner les raisons pour lesquelles nous choisissons de côtoyer des personnes atypiques, souvent souffrantes et qui ont besoin d’étayage. Qui sauve ou répare qui ? Et par quels moyens ? Le sacrifice, la charité, la domination… Peut on être au service de l’autre 35h par semaine, sans que cela nous coûte et que par conséquent on le lui fasse payer ? Quelles modalités dans le recrutement et l’organisation du travail sont à penser pour éviter ces écueils récurrents ?

Nous passons notre dernière matinée en compagnie de l’équipe boulangerie. Quel plaisir de pétrir le pain, de voir les jeunes s’occuper des différentes étapes de la confection, comme des chefs ! Avec le stress de ne pas rater la cuisson et les moments de détente lié à la satisfaction du travail accompli.

L’ambiance est bonne, on passe un super moment.

Départ avec une brioche au chocolat, un pain tout chaud et plein de souvenirs dans la tête ! Merci aux équipes qui ont su improviser notre accueil sur le fil et aux jeunes, qui, on su par leur petit grain de folie, nous permettre de nous rapprocher de notre humanité.

* Audrey va à la maison Bruno avec des enfants de 6 à 14 ans.

1 Institut Médico Professionel

1 Comment

  • Aouamri

    29 décembre 2017 at 20 h 21 min Répondre

    Merci de ce partage, directrice de Mecs, avec une Unite d’accueil pour adolescents à problématiques multiples, je suis ravie de lire vos expériences…..et pourquoi pas de solliciter pour permettre une prise d’air à certains jeunes
    Grand merci à vous

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