Lieu de Vie et d’Accueil

Ici vous trouverez nos textes sur les LVA Vaunieres, les Ateliers de Bentenac, et le Roucous. Bonne lecture!

village des jeunes vaunieres

Le Village des jeunes porte bien son nom: de nombreux chantiers de jeunes se sont succédé afin de créer un vrai lieu de vie qui accueil: des adultes en insertion, des jeunes en chantiers internationaux, des volontaires( Service Civique, Service Volontaire International, Service Volontaire Européen), des bénévoles, des jeunes de l’Aide Sociale à l’Enfance et séjour de rupture, des groupes scolaires ou d’institutions médico sociales à la journée ou sur plusieurs jours …

Lorsque nous étions sur place, il y avait une classe de jeunes Allemands qui a financé seule le séjour scolaire, des jeunes de l’ASE, des adultes en insertion, des bénévoles, des volontaires, des permanents… (j’indique ici les différents « acteurs » mais en réalité je ne sais pas su dire qui était qui) Quelle belle mixité !

Ici les 5 permanents s’alternent sur le lieu (de jour comme de nuit), on nous explique que pour eux ce n’est pas vraiment un travail, mais plutôt un choix de vie, un plaisir de vivre autrement.

En effet, l’esprit bon enfant, les beaux paysages, l’éthique du lieu, la mixité, la bonne nourriture nous séduisent aussi… L’ambiance bienveillante transpire des murs de ce hameau haut perché des Alpes.

Le lendemain, nous rencontrons Latifa, responsable de la « maison Tremplin » qui accueil des jeunes de l’ASE. Mais avant nous participons à la rencontre collective pour faire le point sur la journée : infos (en français, anglais et allemand) et organisation des équipes (chaque permanent et adultes en insertion et/ou bénévole propose une activité, cela va de la cuisine au jardin à l’aide pour la confection d’un abri pour le compost…)

Cela nous montre une fois de plus qu’allier travail manuel et insertion marche, autant pour les jeunes que les plus grands et cela non dans un souci de rentabilité mais bien de transmission de savoir faire, de plaisir de travailler ensemble quelque soit les origines sociales. Nous voyons le bienfait que cela procure pour les adultes en « insertion » de se retrouver à animer un atelier pour apprendre aux enfants des savoirs faires. Les jeunes de l’ASE se retrouvent ainsi avec des personnes très différentes, et non dans le même bateau comme habituellement dans nos institutions où ils sont tous « parqués » dans le même lieu.

Atelier de bentenac

Les valeurs de l’Association ETAP (initiales expliqués dans « Sur la route ») sont issues de différents courants humanistes, pédagogiques et conceptuels : La psychothérapie institutionnelle, l’anti-psychiatrie, la théorie de l’attachement, la psychanalyse…

Les principes d’action qui en découlent sont multiples. Les valeurs de solidarité et de vivre ensemble sont fondatrices de la dynamique du site. Les notions de travail, d’artisanat, de transformation de la matière, et de créativité sont au cœur des actions de chaque professionnel. Ainsi chacun a à la fois la liberté et la responsabilité de s’approprier une place singulière au sein du dispositif. L’hypothèse sous-tendue est que c’est à ces conditions qu’un dispositif institutionnel est vivant et peut avoir une fonction soignante et étaye un processus d’humanisation pour des jeunes en difficulté.

Les objectifs éducatifs d’une telle pratique sont :

-d’ éviter les effets amplificateurs en accueillant une population aux caractéristiques trop identiques.

-favoriser une éducation citoyenne de la tolérance à partir d’une pratique relationnelle intégrant la différence.

Autre constante du lieu, des artisans travaillent dans des ateliers ouverts aux jeunes. Ces ateliers ont une double mission : Une mission de production et une mission d’accompagnement pédagogique. Ces pôles d’activité développent une activité économique de production dans une configuration identique à celle de tout maraîcher ou de tout artisan. Ce couplage d’une activité économique de production, agricole et artisanale, avec une activité éducative produit un certain nombre de conséquences qui caractérisent la prise en charge effectuée dans les Ateliers de Bentenac.

Le socle de ce lieu est la conviction « que nous, adultes, n’accompagnerons valablement des jeunes en difficultés qu’en revenant sans cesse à ce qui construit notre commune humanité. Dans cette optique, tout ce qui met les jeunes en relation avec la réalité ou les personnes devient essentiel, qu’il s’agisse de la façon de se restaurer, de cuisiner, de jardiner, de produire ou de s’exprimer. Les jeunes sont ainsi invités à participer à leur propre construction dans un art de vivre et de travailler ensemble ».

Vidéo du lieu: https://www.youtube.com/watch?v=_T7ExBg1KXg

Si vous voulez en savoir en plus : http://www.bentenac.fr

LVA Le Roucous

Arrivées au Roucous après une longue route sinueuse dans la forêt humide. Cet endroit a des airs de confins du monde. Nous sommes accueillies par Barbara, permanente du lieu. Alors commençons avec le vocabulaire : bienvenu dans le pays merveilleux des Lieux de Vie et d’Accueil. Ici il n’y a pas d’organisation hiérarchique de l’équipe encadrante, il y a des permanents. C’est à dire ? Les permanents sont les adultes encadrant le groupe d’enfants qui vit ici. Ils sont permanents parce qu’ils ont leurs habitations un peu plus loin sur la propriété (pour la modique sommes de 60 euros par mois retenu sur salaire au environ de 1500 net). Un permanent peut être éducateur mais ce n’est pas nécessaire. Ici c’est un peu à la tronche du client mais dans le bon sens. Peu importe tes diplômes, c’est ton expérience de vie, ton authenticité, ta capacité à faire équipe et à investir la relation avec les gosses qui comptent. Nunu, le fondateur du lieu, aujourd’hui à la retraite mais qui vit toujours dans sa belle maison en bois sur le site, n’y va pas par quatre chemins. On le sait, choisir de vivre dans un LVA c’est justement un choix de vie, pas un taf.

Mais revenons à un ordre chronologique. Barabara, donc, nous accueille dans la salle commune du Roucous. C’est la pièce principale d’une maison chaleureuse, comprenant cuisine américaine, grande table en bois et de chaque coté deux mezzanines servant de salle de cinéma et de bureau des permanents.

On se sent tout de suite bien ici, avec l’impression d’être un peu comme à la maison. On commence à papoter autour d’une boisson chaude comme on sait si bien le faire entre nanas. Barbara nous dresse le tableau. Nous sommes donc ici au Roucous, LVA crée il y a 25 ans par Nunu (personnage haut en couleur sur lequel nous nous ferons un plaisir de revenir ultérieurement). Ici vivent 3 permanents qui accompagnent 4 enfants dont c’est le lieu d’habitation principal. 4 ou 5 autres, plus ou moins jeunes, sont régulièrement de passage quelques jours en fonction des besoins et des envies. L’équipe vient de se renouveler. Barbara est là depuis environ un an et demi et vient d’être rejoint par Audrey (Non,non pas moi, pas encore !) et Arnaud il y a seulement quelques semaines. Ils en sont aux prémisses de leur organisation mais ils semblent avoir réussi à se mettre d’accord sur un fonctionnement qui roule et convient à chacun : Semaine 1 à trois avec les jours de réunions, d’analyse des pratiques etc, et les semaines suivantes à deux. Ainsi ils on chacun une semaine off dans le mois. Vient aussi sur le site, une maîtresse de maison. Celle ci, en venant faire une soirée par semaine, permet à chaque permanent d’avoir un jour de congé de 17 h à 17h le lendemain.

Je me rend compte en écrivant à quel point j’ai retenu d’éléments organisationnels cette fois ci. Ce n’est sûrement pas anodin. J’ entrevois ici pour la première fois un modèle d’organisation de notre futur lieu qui me conviendrait bien.

C’est que cet endroit et les gens qui le font vivre ont tout pour séduire. Un grand parc arboré (beaucoup de châtaigniers, dont les feuilles à cette époque de l’année forment un matelas moelleux jaune orangé), des espaces dégagés, des espaces aménagés avec de vieux camions, des caravanes et des bus pour accueillir l’été les gens de passage. Et du passage l’été au Roucous, il y en a. Le lieu accueille un cirque en résidence et en collaboration avec le village voisin, les journées annuelles d’ Alternatives Libertaires, des groupes type colonie de vacances…

Le lien « dedans-dehors » est au centre des préoccupation, pas question de rester entre soi trop longtemps. Il va de soi ici, que les permanents ramènent un ou deux gamins chez des potes pour dire bonjour et passer un petit bout de temps ensemble. L’inverse est aussi monnaie courante : les amis qui passent sont nombreux pour un goûter, une soirée ou quelques jours. La vie se vit tranquillement. Les aménagements de l’espace et du temps prennent en compte à la fois le besoin du groupe de se nourrir de l’extérieur par le passage régulier « d’autres » et la spécificité des besoins des enfants accueillis, pour la plupart un peu ou beaucoup « chtarbés » comme les qualifie affectueusement Nunu, qui ont besoin de contenance, de rituels et d’espace de liberté.

Ici, le maître a penser principal c’est Deligny. Je découvre cet éducateur hors norme qui a su expérimenter une approche ajustée à ces êtres tellement singuliers que l’on nomme autistes ou psychotiques.

Lors de notre entretien avec Nunu, je commence à voir s’articuler les liens entre le GERPLA, les LVA, Deligny et la pensée de l’anti-psychiatrie. Work in progress…

Il y a des après midi qui laissent des traces. Celui passé en compagnie de Nunu compte parmi ceux la. Comment décrire le personnage ? Nunu , faut s’imaginer un mélange entre les chanteurs de ZZ Top grisonnants, l’abbé Pierre, Proudhon et un Nounou d’enfer. Ça vous parle ? Nunu a fondé le Roucous il y a 25 ans. Son premier agrément, comme beaucoup de LVA, fut celui d’assistante maternelle. Quand on voit le bonhomme c’est à mourir de rire et puis on l’écoute, le bonhomme.

C’est une sorte de détermination à la liberté, un hymne discret à l ‘émancipation qu’il me laisse dans les oreilles. En vrac quelques conseils bien avisés:

  • « tout est fonction d’opportunisme* et d’opportunité, le projet se construit par le territoire » c’est en s’intégrant sur un territoire donné que nous serons amenées à imaginer l’étendu des possibilités de créer du lien avec celui ci et avec les institutions.
  • «  attention à ne pas dépendre d’une seule administration ; le projet prime sur la demande administrative ». Le bon vieux « ne mets pas tous tes œufs dans le même panier » qui participe aussi de notre ambition de mobiliser différents secteurs de l’économie sociale et solidaire mais aussi médico-sociale, des arts du spectacles, de l’accueil jeunesse et sport et du tourisme classique…Histoire de garder la liberté de d’abord incarner Notre projet et de ne pas se transformer en prestataires de service du conseil général.
  • « Démarrez. Faites de l’accueil, la reconnaissance administrative viendra après : créez de l’usage » que j’entends comme « c’est en forgeant qu’on devient forgeron ». Nous en savons assez pour commencer, le reste viendra en temps voulu.
  • « Travaillez votre posture vis a vis des institutions ». C’est eux qui ont besoin de nous, ne jamais perdre de vue la posture politique de notre engagement et la nécessaire distance à entretenir avec LE politique.
  • « ici on fait rien, on vit », ne pas hésiter à défendre cette posture qui privilégie l’humain sur la tarification à l’acte. Sorte de garde fou contre l’injonction administrative toujours plus oppressante à planifier des projets d’accompagnement avec des objectifs quantitatifs objectivables, à privilégier le FAIRE au dépend de l’ETRE et de l’ETRE AVEC. Le terme légal de l’accompagnement en LVA place le permanent en posture de pseudo-familial. Du coup, c’est quoi la famille, c’est quoi la Vie ? C’est là tout le travail qui doit être au cœur de nos préoccupations, être au plus proche des conditions de la vie.
  • Se garder beaucoup d’espace d’échange, de parole entre nous pour côtoyer la folie sereinement.

Manou, la compagne de Nunu c’est aussi tout un roman… des heures tu pourrais l’écouter raconter son histoire avec autant de pudeur que de générosité. C’est elle qui pose des mots sur le phénomène singulier, qui m’est de plus en plus familier, de l’alignement, de la mise en cohérence des expériences précédentes qui ici, à présent, s’agencent dans une évidence, flagrante et inédite. Il y a un moment où les divers épisodes de ta vie s’organisent pour former un puzzle original et dont le sens s’impose directement à l’esprit. « Faites avec ce que vous êtes » voilà le leit motiv de tous les lieux de vie que nous rencontrons. Il ne s’agit pas de réinventer l’eau chaude mais de partager ce qui nous anime, ce qui nous nourrit dans la vie. Manou c’est la Nature, la protection de l’environnement, les balades sauvages, les grandes étendues. Pour Joseph que l’on retrouvera plus tard en Bretagne c’est les voyages humanitaires, les déserts et l’âme de l’Afrique. Chaque LVA fait vivre ses valeurs par ses projets.

Manou a travaillé pendant des années dans un lieu de vie comprenant un pole éducation à l’environnement. Elle et son équipe y accueillaient fin 80’ début 90’« des cassos, des fin de peine, des sidaïques, des sans pap, des parents sans droits d’hébergement » dans une ferme en production. Elle nous partage son « émerveillement en constatant la capacité de ces gens à vivre ensemble ».

C’est le cœur plein d’entrain et avec un vent léger de rébellion dans l’air que nous quittons ces deux là et l’équipe du Roucous, toutes heureuses d’avoir découvert ce statut survivant d’une époque révolue où les conditions du bien vivre primaient sur les évaluations et les tarifications, conscientes aussi de cet héritage de combats politiques, sociaux et philosophiques qu’il nous appartient maintenant de perpétuer…

1 Comment

  • Aouamri

    29 décembre 2017 at 20 h 21 min Répondre

    Merci de ce partage, directrice de Mecs, avec une Unite d’accueil pour adolescents à problématiques multiples, je suis ravie de lire vos expériences…..et pourquoi pas de solliciter pour permettre une prise d’air à certains jeunes
    Grand merci à vous

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