Coopérative autogérée

Nous allons vous raconter ici nos différents ressentis, impressions, questionnements sur les lieux que nous sommes allés voir. Il s’agit d’un récit quasi journalier retraçant nos découvertes, rencontres, activités dans chaque lieu. Ici, Longo Mai, Alter Eco, Terra.

Cet écrit est à « 3 voi(x)es » : Audrey, Maeva et Odeline

Longo Mai (3 au 22 Septembre) à limans

03 septembre 2017

Nous devons trouver la cuisine où Paul1 notre « référent accueil» nous attend mais ce n’est pas facile, nous nous rendons vite compte que le site est très grand (on nous explique plus tard qu’il fait plus de 300 hectares).

On se trompe plusieurs fois avant de trouver Paul en train de casser un nombre incommensurable d’œufs afin de confectionner un gratin de légumes pour une centaine de personnes. Ici la cuisine semble être une affaire sérieuse ! Il nous indique la maison pour les personnes de « passage » : « Fatsa » et nous fait un topo sur les principes de base du lieu : ici pas de violences ni de comportements racistes.

Fatsa est une large maison en bois, baptisée ainsi en mémoire d’une communauté autogérée Kurde ayant subit une importante répression de la part de l’Etat turque.

Des jeunes filles sur la terrasse jouent de la guitare et chantent en partageant une bière. Je me dis que je suis heureuse d’être là, que la liberté aide à la créativité.

Tous les dimanche soir a lieu la réunion générale à 21h30. Un animateur déroule l’ordre du jour : présentation des nouveaux venus, point sur les besoins spécifiques pour les chantiers en cours et les équipes de travail puis sur les réunions de la semaine et les annonces. Il n’y a pas vraiment d’organisation de réunion, cela peut paraître « bordélique » au début mais chacun prend la parole à son tour, avec un certain respect de celle de l’autre, et ça fonctionne.

Le calendrier hebdomadaire des différentes tâches (cuisine, vaisselles, ménage) circule durant la réunion 23h fin des débats.

Léa , une jeune femme avec un bel accent espagnol, nous propose de faire la cuisine avec elle le lendemain matin. Nous sommes ravies de pouvoir si rapidement participer à la vie du lieu.

04 septembre

Lundi 9h, nous rejoignons Léa qui a déjà commencé la cuisine, elle nous dit avec un grand sourire être un peu stressée car l’école a repris et le repas doit être prêt pour le retour des enfants à midi. Il faut compter au moins 3h de préparation pour nourrir les 120 « longos » (habitants de longo mai), ouf sacré challenge !

La cuisine est très bien équipée, on se sent presque comme dans un restaurant !

Nous préparons des légumes au four, des haricots rouges/poivrons, une mayonnaise maison avec du « tomatillo » (fruit que nous découvrons) du riz et du fromage blanc qui provient directement de la fromagerie ! Certains produits que nous cuisinons proviennent des jardins ainsi que des autres coopératives Longo Mai (ex : conserverie de St Martin de Crau), il y a aussi des achats extérieurs mais en bio, tout de même.

Nous finissons dans les temps et les gens arrivent de tous les cotés pour servir de grands plats à poser sur les tables en terrasse ou chacun vient prendre place. Tres vite les remerciements fusent. Nous aussi on se pose autour d’une assiette et on est plutôt fières de nous, qu’est ce que c’est bon ! Puis on finit de laver les grands bacs, les casseroles, les tables, le sol…

Tout cela nous donne quand même une certaine énergie car nous continuons le ménage dans notre nouvelle demeure. Fatsa  est autogérée par toutes les personnes de passage. Nous arrivons dans une période de creux après toute l’agitation de l’été. Beaucoup de monde est passé par là et ca se voit !! Alors on s’y met, et c’est pas du luxe !

Rebelote pour les toilettes sèches. On « déchante ». Séparées en deux parties (cf notre futur article sur un le comparatif des toilettes sèches rencontrées) par un « filet », qui manque clairement de nettoyage. On change le tonneau mais il y a toujours une mauvaise odeur… On nous explique par la suite qu’elles sont régulièrement entretenues mais qu’elles manquent de ventilation.

Cela nous donne envie de découvrir la fabrication de toilettes sèches…

Heureusement, les premières discutions chaleureuses avec Léa, ainsi qu’avec Nina sur les actions menées à la Vallée de la Roya, et Laura, une Allemande avec qui nous avons une discussion très profonde sur la connaissance du corps et plaisir féminin, nous ravigotent.

05 septembre

Nous « visitons » les installations à Longo : yourte, maison en bois/en paille/en pierres sèches, maison collective en construction…

Nous tombons sur le quartier du « Pigeonnier », on nous explique que c’est ici que l’histoire de Longo commence : en 1973 quand une trentaine d’activistes Autrichiens rencontrent un Français nommé Remy, ce dernier leur propose de s’installer dans cette colline des Hautes Alpes pour mettre en pratique les théories du groupe « Spartacus » (en référence au soulèvement d’esclaves grecs et au mouvement de gauche Allemand des années 60).

Il n’y avait alors que cette maison au Pigeonnier qui tombait en ruine et servait de bergerie. Longo Mai a commencé là, et 44 ans après on se croirait dans un petit village pittoresque avec de très jolies maisons entourées d’un poulailler, d’une fromagerie et d’une petite boucherie (les cochons et poulets sont tués sur place).

Sans aucune connaissance préalable, la trentaine de personnes présentes au départ « seulement » aidée par les paysans du coin a appris à travailler la terre et rénover l’habitat. Dans le livre « Longo Mai révolte et utopie après 68 » on comprend la difficulté pour les militants du début à tout reconstruire, il y avait un travail énorme. Nous voyons que, pour le groupe des fondateurs, la lutte contre le système qu’ils contestent consiste en premier lieu à mettre en pratique leur « conception d’une société idéale ».

Des slogans comme « défricher plutôt que parler » et « un millimètre de pratique vaut mieux qu’un km de théorie » sont adoptés comme leitmotiv.

Nous discutons avec une jeune « Longo » qui est née ici et a fait le choix, après être partit plusieurs années, d’y revenir.

Quand on est enfant à Longo on a le libre choix de participer aux activités du lieu, rien n’est imposé. Par contre quand on est adulte on fait réellement le choix de vivre à Longo et de s’inscrire dans le projet collectif.

Nous discutons du « bouillonnement » de vie ici: les 120 habitants ont toujours quelque chose à se dire, à partager et il n’y a pas toujours la place d’accueillir de nouvelles personnes (nous apprendrons plus tard qu’il y a plus de 1000 personnes qui passent à Longo par an!) Il est donc difficile d’être suffisamment présent pour les nouveaux arrivants. Mais nous nous rendons vite compte que c’est par l’activité que nous allons créer des liens, et ici il y a de quoi faire ! Voici une liste (non exhaustive) des activités du lieu : mécanique, construction de logements, fromagerie, poulailler, pain, maraîchage, village de vacances, semences, culture des champs, travail forestier, publications, radio, et de nombreuses réunions (commissions, réunions générales, internes, inter coopératives … )

Nous arrivons la semaine où se déroule la réunion interne, qui a lieu une fois par an, et dure trois jours. Seul les habitants de Longo y participent. Cette année le thème de cette rencontre est « Comment bien vivre à 120 personnes ? ». Vaste sujet! Il nous semble que les Longo sont en perpétuel questionnement sur leur fonctionnement, leurs valeurs communes, leur manière d’être en relation, de prendre des décisions… Nous trouvons cela passionnant.

06 Septembre

Chacune son activité aujourd’hui.

L’une aide pour le chantier construction de la maison collective (qui est en chantier depuis 2013 et permettra de loger une vingtaine de personnes).

Odeline apprends à faire du « béton allégé » (mélange de sables et ciment), à manier la bétonnière et la brouette.

Heureusement on m’explique avec bienveillance les bons gestes, c’est très physique mais ça me plait !

Audrey apprend à faire des semences de tomates.

L’après midi Maeva et Odeline apprennent à récolter les semences d’haricot, bien séchés par le soleil. Nous discutons de la lutte pour les semences libres et le combat très important qui a été mené. Nous entendons les haricots qui s’entrechoquent dans notre sac et font de la musique. Sur le même rythme, nous récoltons ensemble, sous le beau soleil de fin de journée.

Nous découvrons ensuite où sont stockés les différentes plantes/légumes avant de pouvoir récupérer les graines. Magnifiques toutes ces couleurs! Nous découvrons les machines pour ventiler, trier et conditionner les graines. Quel travail !

07 septembre

C’est nous qui sommes les « cuistots » aujourd’hui car tout le monde est en réunion. On a un peu le tract ! Heureusement Renaud vient nous aider, premier enfant à être né à Longo. Dans une ambiance chaleureuse, il nous raconte les débuts de Grange Neuve. Ses parents, activistes autrichiens, rencontrent un français pour le moins charismatique, nommé Rémy (on en parle plus haut) avant de venir s’installer à Grange Neuve pour le prix d’un archer de violon mais je ne me rappel plus bien l’histoire. Croyez moi sur parole !

Nouhou, réfugié soudanais vient nous rejoindre pour faire une salade typique avec de la pâte d’arachide ! Et c’est trop bon !

Nous mangeons bien ici alors nous voulons partager aussi nos bonnes recettes : dalh de lentilles et pleurotes (directement du Doubs, petit clin d’œil pour Baptiste) avec carottes caramélisées… Oup’s un saladier de sucre c’est peut être un peu trop, même pour une marmite pour plus de 100 personnes… Bon, les doses ce n’est peut être encore pas complètement ça … mais on nous remercie quand même donc ça va !

Un coup de main à la plonge suffit à ouvrir un visage a priori peu enclin à accueillir une énième curieuse de passage.

Le soir nous partons à la réunion hebdomadaire du collectif migrant 04. A l’ordre du jour : l’organisation d’une rencontre de coordination des collectifs de soutien aux migrants du Sud Est. My godness ! Que d’énergie gaspillée dans des discussions à bâton rompus. Je ressens d’autant plus l’urgence à creuser les processus de l’Université du Nous. Pour moi c’est clair, le faire ensemble ça passe par là, entre autre.

Mais encore faut-il les proposer à des personnes susceptibles d’accepter un minimum de formalisation. Le manque d’organisation de la réunion n’empêche cependant pas le collectif de mener des actions importantes. Ils ont notamment obtenu la réquisition d’hébergements par la mairie pour accueillir des mineurs isolés.

Loin des grandes villes où la question migratoire est tout de suite vue comme un problème à régler, on voit ici que les petits villages sont bien plus accueillants et tous les habitants s’y mettent !

08 Septembre

Aujourd’hui c’est babysitting. Léa qui participe aux réunions internes nous a demandé de garder sa fille de 2 ans. Ici, les enfants sont souvent gardés par différents habitants, nous constatons d’ailleurs rapidement que cette petite s’adapte très rapidement à nous : nous l’emmenons au poulailler, à Fatsa et au quartier d’Hyppolite (mince nous n’avons pas été formé à l’utilisation du porte bébé, et on a peut être trop prévu de marche!! Mais nous rentrons sain et sauf !)

A 16h30 le rendez vous est pris au jardin du haut. Au programme, désherbage de plantation de radis et de carotte, avec apéro prévu au bout de la ligne. Ici les travaux collectifs parfois un peu pénibles sont souvent accompagnés de moments conviviaux agréables. Conséquence, nous sommes plus d’une dizaine à être venu aider.

Pendant que certains prennent l’apéro, Odeline (infatigable !) aide dans la récupération de bois de chauffage. L’hiver approche alors on doit être efficace… Mais l’activité est moins motivante, nous sommes que 3 et en plus nous nous faisons attaquer par des fourmis rouges! On n’est pas du tout parés à l’attaque, c’est un carnage !

Notre bucheron nous éclaire sur les techniques d’innovation en matière forestière et l’application sur les terrains de Longo, je découvre ainsi le Réseau pour les Alternatives Forestières qui existe partout en France : www.alternativesforestieres.org

09 Septembre

Nous participons à une action de soutien auprès de jeunes soudanais dans le cadre du collectif migrant 04.

Le soir, nous sommes invitées aux Magnans, le village de vacances de Longo Mai, a quelques kilomètres de Limans. Le charme de ce hameau entièrement retapé par la communauté nourrit immédiatement notre sens esthétique. Les gites sont loués a des particuliers ou a l’occasion de stages divers et variés.

Retrouver un peu plus de confort nous fait du bien!

10 Septembre

L’après midi, nous retrouvons François pour travailler sur un outil de gouvernance partagé, le mandala holistique. Première prise en main de l’outil ensemble. On y reviendra.

11 septembre

Nous sommes embarquées dans une mission d’une haute importance : le nettoyage du fumier des chèvres ! Malgré le travail laborieux, l’ambiance est joviale, il y a une belle énergie collective et la musique entraînante aide beaucoup! Nous finissons le chantier avec un repas partagé et des bières 

Puis l’après midi, atelier désherbage et semis d’oignons sur fond de radio zinzine (la radio locale)

Les ateliers jardin et chèvrerie sont souvent en demande de soutien extérieur, l’aide des personnes « de passage » est donc souvent très utile.

Ici le refus du salariat implique que chacun puisse choisir son activité/ ses activités. Les notions de plaisir, de responsabilité et de sens dans le travail sont donc centrales. Car, si chacun est libre de choisir quelle activité il veut faire, il prend quand même progressivement des responsabilités dans le groupe. Or, les activités comme le jardin et la chèvrerie demandent beaucoup de présence et d’investissement, le collectif n’est pas toujours en mesure de répondre aux besoins. Peut être on touche ici une des limites du collectif tel qu’il est définit à Longo.

12 Septembre

Au programme aujourd’hui :

Ballade des chèvres en haut de la colline avec Mina

Visionnage du film « Une jeunesse Allemande » sur la période des années 60 en Allemagne : la révolte étudiante qui se durcit suite à la visite du Tchad d’Iran, la répression, la constitution de la bande à Bader. Discussion suite au film sur la légitimité de la contestation et les limites du recours à la violence.

Ici, (même si j’imagine qu’il ya pu y avoir des discussions houleuses), le positionnement est clair : pas de recours aux armes mais des choix de vie politiques forts comme l’autonomisation et l’auto-organisation.

13 Septembre

Journée semences !!!

La haut de la colline est atteint en calèche, s’il vous plait ! Accompagnée d’une petite famille avec un nourrisson, c’est une sacré escapade surtout quand nous rencontrons la galère de la montée ! Heureusement, nous sommes plus très loin : 3 hectares nous attendent pour 20 kg de semences.

Nous apprenons à faire le bon geste pour la jetée, c’est comme un feu d’artifice de graines, nous apprécions les voir s’envoler dans le ciel bleu et se reposer sur la terre.

Pique nique : fromage de chèvre, pain et confiture tout maison, simple et efficace !

14 Septembre

Discussion avec Sylvie, militante dans le collectif migrant 04, et préparation de l’émission de radio Zinzinne « Passeur d’info », où nous allons intervenir.

Cette émission a lieu tous les jeudi à 17h, et permet d’expliquer l’actualité des différentes luttes par rapport au droit d’asile, à la libre circulation des personnes et à la solidarité qui s’exerce lorsque des personnes fuient leur pays en guerre et trouvent refuge dans d’autres. http://www.zinzine.domainepublic.net/#

Nous découvrons à cette occasion les collectifs de la Maison Cezanne à Gap, du squat de Veynes ainsi que le collectif de Briançon, aussi très actifs.

Nous prenons la décision d’aller les rencontrer la semaine prochaine.

15 Septembre

Préparation de la cuisine pour 120 personnes de nouveau !

Menu : salade tomate feta, pommes de terres et courgettes au four, aubergines

Apres-midi : réflexion sur notre blog et notre parcours la semaine prochaine

Soirée spectacle en soutien au Réseau Education Sans Frontière de Manosque

16 septembre

Suite à un échange avec Carole, spécialiste dans la confection des huiles essentielles, nous décidons d’acheter un petit stock des bons produits locaux : confitures, sauce tomates, caviar d’aubergine, baumes et huiles essentielles pour les différents maux du quotidien, pull et poncho fabriqués à la filature de Longo à Briançon.

Après-midi désherbage : les mains dans la terre, on médite, calme et sérénité…

On discute avec Julie qui réalise sa maison seule de A à Z avec un ami. Ok on file un coup de main la semaine prochaine. On échange sur des outils collaboratifs pour faire ensemble.

On rejoint ensuite notre ami Kurde qui nous invite dans sa caravane, première fois qu’il fait une fête chez lui, c’est très sympa, nous découvrons les apéros kurdes (d’après lui) : vodka sec chicha et datte

17 septembre

Journée pain ! Francois nous invite à confectionner 80 kg de pain (stock suffisant pour la moitié de la semaine)

Un échantillon du bonheur : on pétrit, on tchatche, on cuit le pain et les pizza maison et nous dorons au soleil ! La conversation tourne autour des relations, de la notion de couple, de poly Amour, de célibat,, de famille. Du sens que nous donnons à ce que nous faisons surtout. On creuse le pourquoi on part, qu’est ce qui nous a fait quitter CDD, CDI, appart, compagnon …

Je sens qu’au fur et à mesure des jours, les différents savoirs faires que nous apprenons ainsi que les différents échanges enrichissants, me permettent de définir plus précisément mes aspirations profondes.

Je m’écoute davantage et je sors progressivement d’un certain « conditionnement », je me sens plus libre de faire des choix qui me conviennent et les assumer pleinement.

Les différents ateliers manuels m’amènent aussi à réaliser à quel point j’aime apprendre à faire des choses de mes mains, là où je n’avais aucune connaissance il y a quelques semaines, c’est ressourçant et cela redonne confiance. Je n’ai jamais eu autant l’envie d’apprendre.

Cette confiance qui s’instaure lorsqu’on apprend, le plaisir de faire ensemble, les moments de convivialité diminuent le stress et favorise l’estime de soi. Des petits « riens » qui permettent le lien et se font de plus en plus rares dans nos institutions car, trop pris par le temps, on n’apprend pas assez à se connaître et à partager…

18 septembre

Aujourd’hui c’est le départ pour 2 jours de découvertes vers d’autres horizons et déjà une pointe de nostalgie à l’idée que c’est bientôt la fin de Longo… Nous découvrons le squat de Gap, Veynes et le lieu de vie Vaunières (voir Sur la route & plus bas)

Le soir : concert de musique libre dans une ferme proche de Longo Mai qui organise des événements musicaux.

20 Septembre

On aide le matin Julie à la construction de sa maison, il s’agit des fondations : nous voyons à quel point il est fastidieux de faire tout tous seul! Il faut emboiter les différentes tiges en fer pour qu’elles consolident les fondations.

Notre mission est de les attacher entre elles avec des fils en fer qu’on noue avec un outil très bizarre mais efficace …

L’après midi est consacrée à la … cuisine !! Pour changer !!  Nous préparons avec Carole un chili sin carne (sans viande) : cuisson des haricots blancs préalablement trempés une nuit, 2h environ, préparation des oignons, poivrons, ail, carottes coupées en frites puis cuisson dans une sorte de friteuse géante mais très difficile à allumer!

Tout cela avec du riz bien sûr parfumé de sarriette et de girofle plantée dans du laurier et oignons pour le goût (ne pas oublier d’enlever à la fin)

Soirée débat sur l’avenir des chèvres à Longo

21 Septembre

Matinée avec Roberto à la fromagerie : on apprend la dernière étape pour fabriquer du fromage de chèvre : enlever le petit lait qui se forme après la transformation du mélange puis on remplit dans de petits récipients à trou, 2 jours après les fromages de chèvre frais sont prêt !

Après midi : arrivée d’Emma qui nous filme en train de préparer le mandala holistique. Puis première interview sur notre voyage et nos projets. Nous sommes un de ses fils rouge pour son reportage (on vous en reparlera tout bientôt)

Atelier intelligence collective: mandala holistique, la consigne proposée est une visualisation du lieu idéal que nous voulons créer. François endosse le rôle de facilitateur pour nous amener à co-créer notre lieu idéal. Il s’agit d’un outil de gouvernance partagée puisé dans le livre de Robina McCurdy, Faire ensemble aux éditions Passerelle éco. Cet outil aide à la construction participative d’une vision commune, sous forme de mandala. Il permet de construire et d’évaluer un projet commun, de définir un plan d’action et des priorités.

C’est l’occasion pour nous de prendre un temps tous les quatre sur le toit terrasse de la caverne de François (Caverne auto construite à coup de pioche dans la montagne, par le garçon lui même ! de retour de son voyage en Inde à pied aller-retour !! quand je vous dit qu’on rencontre des gens extraordinaires dans ce voyage et quelque chose me dit que ce n’est pas fini !!).

Bref, nous voilà donc installés sous les arbres dans le silence. François nous facilite avec brio. Apres avoir potassé le bouquin quelques heures la veille, il sait très bien doser son implication, formuler les indications qu’il nous donne. C’est très fluide ! et ça nous permet de clarifier nos intentions.

22 Septembre

Nous avons le droit à une visite de Longo Mai pour notre dernier jour.

Menuiserie, hangar à graines, quartier d’Hypollite sa boulangerie (que nous avons déjà bien pratiqué), la salle de fabrication des huiles essentielles, la bibliothèque, les travaux, la radio… nous nous rendons compte que nous connaissons presque déjà tout sur le bout des doigts 🙂

Rien de mieux que ce temps partagé avant notre grand départ.

Nous gardons contact avec plusieurs personnes qui souhaitent avoir des nouvelles de notre projet, et peut être contribuer à la suite de notre parcours…

La réputation de Longo (repères d’anarco syndicalistes révolutionnaires anti hippies) s’est parfois confirmé mais a vite été supplanté par des rencontres individuelles chaleureuses. De drôles de zèbres aussi intéressants que surprenants habitent les lieux. Des parcours de vie originaux où se mêlent engagement politique précoce, lucidité désenchantée et profonde humanité dévoilée par bribes et dans une certaine intimité.

Je me demande souvent comment, dans ce qui m’apparaît un brouhaha déstructuré, cette grande famille parvient à construire des maisons écologiques, produire des légumes et des fruits, élever des chèvres, faire du fromage, faire son pain, organiser des évènements solidaires, mener des combats politiques, accueillir des réfugiés, élever des enfants, faire vivre une radio locale, une filature, des gîtes, et tout un réseau de coopératives internationales.

Et ça marche, je ne comprends pas comment mais ça fait plus de 40 ans que ça dure.

Certes tout n’est pas parfait et je ne suis pas en train de vous vendre un ticket première classe pour l’utopie réalisée. De nombreuses questions sont au travail en interne pour prendre en compte les ajustements nécessaires à la dynamique de groupe. Longo n’est pas « hors monde » est en tant que microcosme ce qui agite le monde, se ressent aussi, peut être d’autant plus, à Longo.

Je pense notamment aux mutations des façons de faire ensemble inhérentes au changement global de paradigme que vit la société occidentale. A plusieurs reprises je constate que l ‘élaboration et la prise de décision collectives souffrent d’un manque de structuration. Les outils de l’Université du Nous en gouvernance partagée me semblent plus que nécessaires pour permettre au groupe un regain de vitalité. Mais je sens aussi une résistance au changement. L’ancrage historique de Longo ne permet pas pour le moment que soient investis des processus qui demandent une discipline individuelle et une guidance. On est encore loin du lâcher prise nécessaire au « faire confiance aux processus ». La question du projet de Longo affleure. Qu’est ce que l’on fait ici ? Pourquoi ensemble ? Quel est le projet politique, économique et humain de Longo ?

Les semaines sont rythmées par des bonheurs simples : prendre une douche bien chaude (le bloc sanitaire de Fatsa, la maison d’accueil, qui fonctionne au solaire, après trois jours de pluie a du mal à nous offrir ce précieux service, alors on descend à Grange Neuve), utiliser des toilettes propres (l’autogestion a ses limites quand les usagers ne sont que de passages, l’entretient des toilettes sèches laisse à désirer), dormir dans une chambre silencieuse ( quand après l’arrivée de nouveaux visiteurs, on se retrouve à 6 sur la mezzanine !) Les repas par contre constituent un ravissement des papilles bi journalier. Qu’est ce qu’on mange bien à Longo !! J’ai du prendre 3 kilos en trois semaines. Mais il faut bien le dire, cette prise de graisse s’explique aussi en raison de ma sieste de deux heures tous les après midi. Force est de constater qu’il n’y a aucun problème d’obésité à Longo : entre l’activité physique liée aux travaux agricoles et de construction et le terrain constamment en pente, les réserves de graisses ne durent pas.

Personnellement c’est aussi ma première immersion dans le monde fabuleux de l’accueil de migrants. Je n’aime pas ce terme tellement générique, tellement impersonnel et bien loin de l’expérience humaine de rencontrer un être humain. **Ils se sont d’ailleurs rebaptiser les « complètement grands » (au lieu de MI grands).

« Des personnes, bordel ! » comme dirait Maeva avec son accent chantant.

On se construit un baragouinage plus ou moins franglais pour se dire nos réels. Et ça aussi, sans trop savoir comment, ça marche.

Je prends conscience de ce que ces hommes ont vécu. On devine aussi des regards, bien trop pudiques qu’ils sont pour s’étaler sur leurs malheurs. Je regarde ma vie autrement.

De façon presque informelle des rendez vous sont pris au détour d’une discussion, au repas ou en cuisine.

Se rencontrer pour faire ensemble. Désherber au jardin du haut quand la chaleur du soleil de fin de journée vient caresser le visage avec douceur. Un coup de main pour le fumier de chèvres, ou aller dimanche faire le pain.

Se rencontrer pour être ensemble. Prendre le temps de se connaître et souvent très vite prendre soin de l’autre par un regard concerné ou une écoute attentive.

Se rencontrer pour découvrir la carte du monde de l’autre. Quoi du travail, de l’habitat, de la propriété ? Quoi de l ‘Amour, des relations ? ça infuse, ça fuse et ça diffuse !

1 Tous les prénoms ont été modifiés par soucis de discrétion

 

Alter éco

Bruno, Anne et sa famille se sont installer ici pour vivre de manière quasi autonome en fonction de leurs besoins. Ils ont cultivé la terre afin de créer 1000 m² de jardins, ces derniers sont aujourd’hui collectifs et autogérés par une dizaine de personnes. Leur fonctionnement permet à chaque jardinier de recueillir un panier de légumes hebdomadaire pour un temps de jardinage d’environ deux heures par semaine et être ainsi en mesure d’assurer l’autonomie alimentaire en légumes d’une famille de 5 personnes (2 adultes et 3 enfants).

C’est à partir de ce jardin que nous avons commencé à découvrir les outils que Bruno (et d’autres à Alter Eco) ont élaboré. Par exemple, la feuille de calcul permettant d’établir un plan de culture annuel consiste à calculer le nombre de graines à semer chaque quinzaine pour chaque variété cultivée, selon le nombre de jardiniers. Cet outil est diffusé gratuitement sur leur site.

Sur leur site il y aussi de nombreux tuto très efficaces pour apprendre des techniques d’autonomie (diffusés aussi sur notre site « faire soi même ») : séchoire/ cuiseur solaire, cuiseur isotherme, four à pain, phyto-épuration,éolienne, toilettes séches… Nous avons découvert ces merveilleuses fabrications durant notre séjour : la cuisson de bons plats au cuiseur solaire presque tous les midis, la récolte de prunes dans le séchoire solaire, la joie du cuiseur isotherme pour finir la cuisson de nos plats, le remplissage de nos eaux usées dans la phyto, la descente de l’éolienne et sa réparation sur place, et bien sûr les supers toilettes sèches ! Ce modèle nous a réconcilié avec l’utilisation des toilettes sèches en vie collective. Le principe des toilettes sèches à compostage intégré est de mettre en place un réceptacle assez important (80 à 1000 litres de volume) separé en deux trappes. Un système d’écoulement permet l’évacuation des liquides en excès qui sont soit acheminés vers une phyto-épuration, soit stockés dans un bidon étanche. Ce principe permet de laisser la matière se composter au moins huit mois avant de la vider. Elle aura perdu la moitié de son volume et à peu près autant de son poids.  Les odeurs auront totalement disparues et l’aspect sera celui d’un compost grossier. Il y alors juste à décaler le toilette sur l’autre trappe et à chercher le compost tout fait !

Nous avons fait la « pub » de ce modèle durant toute la suite de notre voyage.

Ce système peut même être intégré à un habitat. Vous trouverez plus de détails sur leur site.

Petit focus sur l’éolienne : on peut se questionner sur les avantages à fabriquer une éolienne quand on sait qu’elle produit max 2000W (la plus grande) et donc ne réponds pas à tous les besoins d’énergie pour une maison. Ici, l’avantage est surtout de participer de A à Z à la fabrication de l’éolienne (grâce à une formation avec Tripalium et l’organisation d’un chantier collectif)et ainsi savoir comment la réparer soi même ! Tripalium fournit des manuels d’entretien et de maintenance. Nous avons pu observer Bruno à l’oeuvre :la manœuvre de la descente de l’éolienne est très précautionneuse, puis la rigeur du diagnostic, l’attention portée sur l’équilibre des pales entre elles. Avec l’utilisation, il arrive régulièrement que le poids se décale, il suffit alors de réequilibrer le poids. C’est assez génial de voir comment on peut être autonome de la phase fabrication à la phase réparation de sa propre source d’énergie (c’est quand même plus intéressant que continuer à dépendre du nucléaire …)

Nous avons aussi été touché par l’énergie dépensée par Bruno et les autres permanents à Alter éco afin de donner envie d’apprendre. Ils souhaitent rendre leurs conaissances le plus acessibles possibles (formation à moindre coût, tuto libre sur le web…). Ils ont d’ailleurs développé des qualités pédagogiques fortes. Avec nos deux « mains gauches » nous avons appris à souder, à comprendre le fonctionnement énergétique de notre camping car, à superposer les différentes couches du compost, à jardiner, à récolter amandes et noisettes, à réparer une éolienne…

On a quand même eu de la chance de tomber sur un Bruno aussi ingénieux pour nous aider à comprendre notre « Benji » (le petit nom de notre camping car) et ses sources énergétique : batterie du moteur, électricité, onduleur qui relie au panneau solaire (kesako?). Sur la route de l’autonomie il y a long chemin…
Aussi, la coopérative bio et locale a attiré longuement mon attention, peut être pour en créer une, suite à notre voyage, qui sait … L’idée de créer d’avantage de lien entre producteurs et consommateurs est plus que nécessaire aujourd’hui. Vous trouverez plus de détails sur la création d’une coopérative sur notre blog avec les enregistrements audio pris avec Bruno.

Si nous avons béneficié de leurs pédagogies en tant qu’adultes, il est aussi possible pour les petits bouts de découvrir la joie de l’apprentissage.

Anne nous explique la création de la classe Montessori, motivée au départ par l’inconfort d’un de ses fils dans l’école traditionelle. Anne a tout fait pour trouver des outils plus adaptés à sa manière d’apprendre, elle décide alors de se former à la pédagogie Montessori. Il s’est trouvé ensuite d’avantage en relation et beaucoup plus enclein aux apprentissages.

Cette pédagogie est une méthode d’éducation créée en 1907 par Maria Montessori, elle repose sur l’éducation sensorielle et kinesthésique de l’enfant.

L’histoire d’Anne nous rappelle celle des enfants suivis dans nos institutions respectives, mis en difficultés par la pédagogie conventionnelle qui néglige leurs besoins sensorimoteurs. L’évaluation, la compétition, la performance restent encore des fondements de notre système éducatif traditionnel aujourd’hui.

Les pédagogies alternatives sont plus adaptés au développement de l’enfant mais encore trop peu accessibles, autant dans l’éducation publique que dans l’éducation spécialisée. Anne est bien consciente de cela, pour elle ces pédagogies n’ont pas de sens si elles ne sont pas accessibles. Elle a alors pris la décision de travailler à mi temps en école publique avec les outils Montessori, et en tant que bénévole à mi temps afin de créer une classe ouverte et gratuite Montessori à d’autres parents.

Nous avons chacune passé une matinée dans la classe, et observé les enfants travailler, si calmes… Dans un cadre claire (un planning avec les différentes activités) ils se déplacent librement et choisissent de manière autonome leur activité : ils prennent leur petit plateau et manipulent les objets. Ils sont très attentifs à ce qu’ils font. L’adulte est présent pour montrer l’exercice la première fois puis il se met « à distance ». Si l’enfant est confronté à un échec l’adulte n’intervient pas. L’enfant va s’en rendre compte lui même car il ne peut réaliser un exercice Montessori jusqu’au bout s’il fait une erreur, les activités sont auto correctives. En tant qu’adulte, il est bien difficile de tenir cette position, cela demande de lâcher prise et de faire une grande confiance à l’enfant. Cela nous a mis dans des situations bien inconfortables, où il était très difficile de s’empêcher d’intervenir tellement nous étions conditionné à réagir « du tac au tac ».

Cette observation nous a amené à prendre conscience de l’intérêt d’un questionnement perpetuel sur notre manière d’intervenir auprès de l’enfant. Cela demande de se connaître, d’avoir un regard sur soi et garder une position en « méta ».

Pour donner une ordre d’idée, avec la pédagogie Montessori, une heure trente à deux heures d’ateliers pédagogiques par jour suffisent pour que les enfants, bien que ce ne soit pas le but premier, acquièrent le niveau requis par les programmes de l’Education Nationale.

Ok, nous savons désormais où aller si nous souhaitons nous former à la pédagogie Montessori ou à des techniques d’autonomie énergétique. Nous sentons que ces connaissances nous seront bien utiles lorsque notre projet sera lancé mais aujourd’hui il est un peu tôt pour approfondir d’avantage le sujet.

Le contact avec deux lieux très intéressants dans l’Aveyron nous pousse à prendre la route plus tôt… Alors, Avanti pour l’Aveyron ! Nous allons rencontrer le collectif Garza Loca et le Lieu de Vie et d’Acceuil Le Roucous !

Ecrit Tera (30 Octobre- 17 Novembre) 

Après notre trip Aveyronnais, nous débarquons à Masquières, petit village à proximité de Cahors dans le Lot et Garonne. Nous partons rencontrer le projet TERA: Tous Ensemble vers un Revenu d’Autonomie. La raison d’être de TERA est de « créer les conditions matérielles pour que chacun puisse expérimenter le chemin de son propre bonheur dans le respect des humains et de la nature ».

Pour ce faire, ce projet expérimental a pour finalité la construction d’un éco-village qui s’articulera autour de 6 axes fondamentaux :

  1. redessiner la démocratie
  2. bien être et vivre ensemble
  3. production locale du nécessaire
  4. habitation durable
  5. mutualisation des ressources
  6. choix d’activités

Pour plus d’informations consulter la Charte de l’asso sur son site http://www.tera.coop

Nos premières impressions du projet se sont faites par le site web et la rencontre furtive de Fred Bosqué aux Amanins cet été. Ce dernier se définît comme un entrepreneur humaniste et a derrière lui une longue carrière dans le social au sens large (directeur de CHRS1, initiateur du Sol Violette, monnaies locales toulousaine..) et encore milles vies en une. Son intervention, tant par son contenu que par son éloquence, a su nous mettre les neurones en ébullition !

TERA est un projet très ambitieux : l’association s’est fixé comme objectif de développer une expérience d’éco hameau où les habitants recevraient un revenu de base en monnaie locale en créant eux mêmes leurs valeurs d’échanges et leurs circuits de distribution locale. Rien que ça !!!

Le concept est attrayant. Le site web est bien travaillé, les photos montrent des chantiers participatifs lors desquels ont été construites des maisons autonomes en eau et électricité, et décrit le programme établit sur 3 ans pour la construction de l’éco hameau expérimental. 

Le projet a commencé par deux tours de France à vélo. Le premier tour d’un an, orienté vers la rencontre d’initiatives citoyennes, a permis de récolter des informations sur leur vision d’un éco hameau idéal. Ces données ont été utilisées dans la construction du projet de TERA. Pendant le deuxième tour, des lieux de vie et de production ont été rencontrés. Frédéric nous livre un des constats importants qu’il a fait au cours de ces voyages « La révolution est déjà en marche. Il n’y a rien à réinventer, juste à mettre en relation tous ces projets, à les coordonner pour qu’ils prennent plus d’ampleur, qu’ils soient plus visibles ».


TERA c’est une démarche d’expérimentation, comme un laboratoire à ciel ouvert. Le projet est d’ailleurs suivit par un groupe de scientifique qui évalue la démarche régulièrement (
ATEMIS) Un des objectifs est de prouver par l’expérience qu’il est possible de créer un mode de fonctionnement sociétal plus efficient, plus résiliant et plus épanouissant pour les personnes qui l’habitent, que notre société capitaliste actuelle. 

Une belle équipe de jeunes autour de la trentaine nous accueille chaleureusement. L’ambiance est joviale. Nous nous sentons tout de suite comme chez nous. Tera, aujourd’hui, c’est une vingtaine de membres permanents, des centaines de bénévoles, un siège social, plusieurs prototypes de maisons autonomes, un projet de permaculture allant du potager à la foret comestible, des ruches, une boulage, un marché bio… Le terrain et les bâtis (12 hectares) ont été donné, pour un euro symbolique, à TERA par un économiste de renom, souhaitant rester anonyme qui soutient le projet.

Les permanents sont tous volontaires. Nous rencontrons une petite dizaine de permanents qui fréquente régulièrement le lieu en cette période hivernale. Chacun a un revenu extérieur au projet (RSA, allocation chômage, temps partiel ou autre) et personne n’habite sur le lieu. Ici des personnes très différentes avec des parcours singuliers se rencontrent et construisent ensemble : un informaticien, un géomètre, un responsable financier d’une grande entreprise, une chercheuse en agronomie, un technicien dans l’audio-visuel, une kiné ou encore des personnes engagées dans la transition qui en ont trouvé ici une incarnation… Tous choisissent une autre vie plus en accord avec leurs valeurs profondes et leur désir de contribuer aux changements sociétaux par des actions concrètes. On travaille la terre, la relation aux autres, à soi pour un monde meilleur.

S’agissant des infrastructures, nous sommes un peu étonnées en arrivant. Il y a comme un décalage avec ce que nous imaginions du projet. Nous sommes sur un terrain agricole avec un petit bâti. Les deux maisons autonomes ont du être démontées suite à un an d’utilisation, la loi n’autorisant pas d’installation pérenne sur un terrain agricole. L’accueil au niveau du territoire est contrasté. Les deux voisins proches, très réticents au projet d’éco hameau, ont installé des pancartes exprimant leurs refus et l’un d’eux a fait pression sur le conseil municipal afin que l’éco hameau ne puisse voir le jour sur la commune (Qu’a cela ne tienne, il sera bien accueilli ailleurs !)

Pour l’instant, il n’y a pas de revenu économique des différentes activités présentes sur le lieu (jardin-forêt, maraichage, boulangerie). 

Cela peut donner l’image d’un projet peu aboutit dans son installation, ou en tout cas sur la partie « visible ». 

Néanmoins, l’équipe de TERA ne se décourage pas, les rendez vous fusent avec différents partenaires pour créer l’éco hameau ailleurs. Nous sentons une grande détermination.

Les activités sont organisées lors de la synchro du Lundi soir (réunion de synchronisation hebdomadaire) et tous les matins à 9H30. Les permanents sont engagés dans des activités spécifiques qu’ils portent au sein de TERA (projet jardin-forêt, boulangerie, maraichage, camping…) 

Un trait significatif du fonctionnement de TERA est que l’on considère ici que la façon d’être et de vivre ensemble est aussi importante que la cause que l’on défend, que la réappropriation du pouvoir d’agir et de créer, passe par des apprentissages relationnels et interpersonnels. Ou comme le disait Ghandi « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ». Les différentes expériences des membres et les deux tours de France en vélo ont bien mis en évidence que ce qui amène a péricliter la plupart des projets de ce genre ou apparentés, c’est le fameux PFH : ce Putain de, et à la fois, Précieux Facteur Humain !

Nous, on est ravies  et toutes excitées de pouvoir expérimenter tous ces outils que nous découvrons depuis plus de deux mois dans le MOOC sur la Gouvernance partagée (MOOC-gouvernance-partagee)

Mais concrètement ça donne quoi ?

Ça donne des outils pour s’organiser, créer de l’intelligence collective (1+1= 3) mieux répartir le pouvoir et ne pas répéter les processus de domination inhérent à tous groupes humains. On réfléchit à comment répartir les responsabilités et prises de décision ? à  comment trouver un équilibre entre décision verticale et horizontale ? C’est passionnant ! et ca fait bien bouger à l’intérieur !

D’après la présentation d’une des membres de TERA, les outils de gouvernance partagée ont comme objectifs et comme moyens :

l’auto gouvernance : « n’importe qui peut prendre une décision » en réunion ou temps informel, la personne qui veut prendre une décision qui impacte le collectif propose une « sollicitation d’avis » 

la plénitude : un cadre où chacun peut être authentique 

la raison d’être évolutive : on regarde dans la même direction. On définit ensemble des valeurs communes et des postulats qui évoluent en fonction de l’evolution de l’environnement. L’organisation est un organisme vivant qui a son propre élan vital.

Ce mode de gouvernance repose sur la confiance.  Nous découvrons Mr Laloux qui avec son livre Reinventign Organizations, dont sont issus ces principes, est en train de révolutionner le monde du management. (Cf Conférence frederic Laloux)

Nous vivons des réunions où l’on s’écoute, ou l’on prend plaisir à être ensemble, où les objectifs qu’on s’est donné sont remplis. Puis ensuite on peut aller se détendre, boire un verre ensemble, faire à manger, jouer de la musique. L’occasion de mettre en perspective avec ce que nous avons connu jusque là dans nos engagements militants : de longues réunions (réunionites aigues), où le cadre temporel est peu clair, où il est difficile d’écouter l’autre pleinement sans couper la parole, où les plus charismatiques ou ceux qui ont le plus de savoir prennent plus de place. En effet, certains groupes militants sont des caricatures des dysfonctionnements de la société qu’ils combattent ou qu’ils veulent transformer.

Nous sentons à quel point ces outils aident le groupe à prendre des décisions, facilitent les prises de parole, permettent plus de clarté dans les rôles et les responsabilités de chacun. L’ordre du jour est clair pour tous.toutes, il est définit en préalable par outil informatique partagé. Les tours de « météo » ( bref tour de parole dans lequel j’exprime en quelques mots qu’est ce qui est présent pour moi en ce moment, avec quoi j’arrive dans le cercle, comment je me sens) et de « feedback » (je donne mes impressions sur ce qui vient d’être vécu ensemble, j’apprécie la qualité de l’ambiance, de la nature des échanges, du contenu et de la facilitation) permettent à chacun d’avoir un temps de parole et d’écoute de qualité.

Nous faisons aussi le constat que les outils doivent rester des outils et que le risque de tomber dans quelque chose de trop rigide ou trop protocolaire n’est pas écarté. L’une d’entre nous a pu d’ailleurs exprimer à la synchro hebdo, qu’elle n’était pas toujours très à l’aise avec tous ces outils qui parfois lui renvoyait trop de cadre : elle se sentait se rigidifier avec un besoin de plus de spontanéité. 

Par cette expérimentation, il nous devient évident également l’intérêt que peut prendre ces outils dans les collectifs engagés sur des luttes extérieures. Nous prenons conscience qu’il ne suffit pas de ne plus vouloir de pouvoir et de domination, il ne suffit pas de se dire en « horizontalité »pour que cela advienne. Cela demande un travail personnel sur notre rapport au cadre, à l’autorité et interpersonnel sur notre manière d’être en relation avec les autres. Même avec de «bonnes intentions » (de celles qui pavent l’enfer), nous sommes tous sujet à reproduire les rapport de force et de domination qui sont le lit de notre culture moderne. Ces enjeux sont parfois implicites, très discrets et difficile à nommer.

Ainsi, il y a du sens à créer des ponts de compréhension entre ces « deux mondes » qui parfois s’opposent alors qu’ils auraient beaucoup à s’apporter : le monde « alternatif » qui explore des outils de Communication Non Violente et de gouvernance partagée, et le monde « militant » qui refuse parfois tout formalisme.

Trois points essentiels manquent souvent dans les groupes politiques: 

-la place pour exprimer d’avantage ses ressentis, pour parler en « je », se questionner si notre intervention répond aux besoins du projet et non en réponse à l’autre (afin d’éviter les luttes d’égos) 

– la distinction entre rôle et personne

-la clarification des rôles de chacun: définir ensemble (en fonction des envies de chacun) les besoins du groupe et en quoi chaque rôle peut y répondre

-la facilitation de la réunion : ordre du jour définit à l’avance et expliqué en début de réunion, temps définit, roulement entre les personnes qui animent la réunion, organisation différente entre le tour de parole libre pour faire émerger une proposition/ et le tour de parole de « consentement » en réponse à la proposition 

Exemple : lorsqu’une personne propose une action, le facilitateur reformule la proposition et demande à chacun s’il est d’accord/ ou s’il propose une modification jusqu’à ce qu’il ait consensus. 

Finalement, c’est aussi un équilibre à trouvé entre un projet trop tourné vers les autres où on ne s’écoute plus (ni individuellement, ni au niveau du collectif) et un projet trop tourné vers l’intérieur où on s’écoute beaucoup mais on ne met plus grand-chose en action… 

A TERA sont aussi organisés de nombreux temps de parole, d’écoute et de régulation de conflit. Ainsi pendant la semaine nous pouvons assister à un Rendez-vous de la Paix, un Apérole, ou encore un Cercle restauratif (espace dédié a la résolution de conflits interpersonnels). La participation y est toujours libre et consciente.

Chaque espace mériterait d’être mieux définit et explicité ici, mais rien ne vaut l’expérience apprenante. Nous y reviendrons dans d’autres articles. On est à peu pres d’accord que ces outils feront partie de notre mode de fonctionnement.

Oui pour nous aussi c’est un tout nouveau vocabulaire avec à apprivoiser, et si les mots sont utiles à nommer le réel, on peut postuler que renouveler le vocabulaire peut permettre un renouveau de nos réalités d’être et de faire ensemble ?

Plusieurs personnes expriment comment la vie en collectif les ont emmenés à changer intérieurement : travailler sur l’acceptation des différences ; accepter de ne pas tout contrôler ; s’excuser quand on sent qu’on a débordé…. Chacun semble être davantage à l’écoute de soi, et dans une démarche de responsabilisation face à ce qu’il ressent et agit.

Nous sommes aussi touchée par la qualité de la « contenance » du groupe. Terme « psy », désolée c’est nos déformations professionnelles qui refont surface ! Cela fait seulement deux ans que le collectif s’est créé, et des personnes ne l’ont rejoins que très récemment. Nous observons une grande qualité dans les échanges, dans la confiance de chacun dans le groupe. La vie en collectif est un sacré accélérateur de développement personnel !

D’autres facettes du projet ont davantage interpellé certaines d’entre nous. Comme l’équilibre difficile à trouver entre liberté individuelle et responsabilité collective.

Ici comme dis précédemment, l’investissement dans les activités se fait de manière libre et consciente. Rien n’est imposé. Il existe un décalage important entre l’investissement de chacun. Cela crée des frustrations pour ceux qui s’engagent le plus. Certains ont quitté le projet pour ces raisons : un trop grand décalage avec le projet idéal et sa réalisation dans le réel. D’autres ont dû faire un travail de deuil concernant la temporalité de la mise en œuvre du projet. Le postulat étant que chacun fait ce qui est juste pour lui, à son rythme. L’idée est de ne pas reproduire la pression et le stress du monde du travail. Néanmoins le manque d’investissement de certains peut contaminer le groupe, et créer une certaine inertie. Ces constats nous font nous questionner sur le fonctionnement que nous souhaitons dans le lieu que nous allons construire. Est-ce que nous demanderons un minimum d’engagement, d’heures de travail pour construire le projet ensemble, pour s’assurer de sa réalisation ? Il me semble important pour la suite de creuser un peu plus ces thèmes « existentiels » de liberté individuelle et responsabilité collective (envers soi, les autres, le projet) pour trouver un fonctionnement qui fasse sens pour nous. Sachant qu’a la différence de TERA, notre lieu a pour vocation d’accueillir des publics en difficulté, entre autre et qu’a ce titre une rigueur professionnelle est requise de fait.

La rencontre avec Frederic Boqué a été riche de découverte et prise de conscience. Sa façon de voir le monde est touchante, pleine de nuances, d’optimisme et d’humanité. Devant nos critiques des institutions traditionnelles d’accueil et de soin, il nous partage sa vision : « Les institutions sont devenues grandes car elles ont bien répondu pendant tout un temps à des besoins. Aujourd’hui elles n’y répondent plus. Il y a nécessité à créer de nouvelles organisations » … « nous devons accomplir le changement, plutôt que de seulement s’opposer, voire la crise comme potentiel de changement et de transformation » « ne pas attendre que ceux qui nous dirige se mettent en action, ne pas leur laisser ce pouvoir ». « Des gens font, mettent en place de nouvelles pratiques et ensuite recherche l’accord des dirigeants et financeurs… » « ça part du bas pour aller vers le haut, par l’action et la créativité ». Il nous parle des rencontres qu’il a fait durant son tour de France « les lieux qui ont tenu, sont ceux où les personnes avaient un désir ardent, plus fort que la motivation, que la volonté, qui sont plutôt associé à des notions de sacrifice et d’effort ».

Dans les yeux de Fred, mais aussi dans le regard de beaucoup des personnes que nous avons rencontré sur notre route, nous pouvons voir ce regard qui pétille, ce regard qui témoigne de la présence forte de ce désir ardent qui peut soulever des montagnes.

A TERA nous avons donc fait l’expérience concrète de la gouvernance partagée en marche. Personne ne s’étonnera alors que nous nous permettions avec toute la bienveillance que nous avons a l’égard du projet et de ses porteurs , de formuler quelques objections, tels des cadeaux offert au Centre qu’il a semblé important à certaine(s) d’entre nous de clarifier. Ou tout au moins de poser quelque part. En voici quelques bribes…

Le projet TERA est porté par une équipe dotée de compétences variées. C’est d’abord Fred Bosqué, qui en est à l’initiative. Je me questionne sur le fait que puisse naitre un collectif horizontal quand le « bébé » nait de l’initiative d’une seule personne. D’autant plus si cette personne est détentrice de compétences pointues dans le domaine économique. L’argent restant encore, pour au moins la phase de mise en place du projet, le nerf de la guerre. Afin d’être plus claire, la question qui me taraude ici est : comment le collectif s’empare du projet d’une personne ? et comment peuvent se repartir les responsabilité lié à l’agent quand cette même personne est plus expérimentée dans un domaine clef  également lié à l’argent(recherches de fonds…)? D’autre part, comment le projet économique est-il comprit et incarné par tous les membres du collectif ?

Je me rends compte, avec du recul, que je parle là de mon besoin propre qui est de co-construire les principes de base d’un projet. Ou au moins de bien comprendre l’objectif du projet avant de m’y impliquer pleinement. Et autant dire, que même si ces questions demeurent, je reconnais n’avoir pas suffisamment d’éléments de compréhension du modèle économique que propose TERA pour avoir une vision globale du projet.

A la synchro du matin, il est rare de voir présent plus de deux permanents, je sens que le rythme est très « tranquille ». Je me questionne alors si c’est la période qui veut ça, ou la synergie du groupe habituel. Et pourtant, je sens que les besoins pour avancer le projet ne manquent pas : maraîchage, travaux d’aménagement intérieur et extérieur, … 

La question de l’adéquation entre ambition et réalisation du projet se pose : ne vaut il pas mieux commencer par des objectifs plus adaptés aux capacités du groupe? 

Mon « côté pratico pratique » n’arrive pas à comprendre comment le projet permettra un revenu de base de l ‘équivalent en monnaie locale de 1000 euros à chaque habitant sans un investissement préalable de chacun. 

Alors je questionne, je cherche à comprendre. 

TERA cherche actuellement différents financements extérieurs : privés (donateurs/actionnaires), subventions européennes et régionales, nécessaires pour le projet d’éco hameau et le revenu de base. 

Pour les membres de TERA, les subventions servent seulement de tremplin et ne doivent pas s’inscrire sur le long terme. Le modèle économique est pensé pour que le système se suffise à lui même. Mais pour cela, il faut qu’il y ait un minimum de valeur qui soit crée et donc d’activité économique. J’en reviens donc à ma question précédente… 

L’accueil de nouveaux permanents à Tera ne demande pas de critère spécifique, seulement un respect du lieu et des personnes. Un processus d’intégration est depuis peu mis en place pour soutenir les volontaires à devenir permanents. La création d’activité économique est encouragée (réunion prévue dans ce sens au besoin) mais pas obligatoire. 

La non nécessité de « rentabilité » actuelle amène à ce que les permanents aient peu de stress concernant l’argent qui rentre et donc à l’activité économique à produire. L’idée est que chaque permanent ou volontaire s’investit comme il l’entend. 

Cette situation ne me poserait pas de problème s’il s’agissait d’une activité bénévole, mais il s’agit ici de défendre un projet collectif qui souhaite assurer à chacun un revenu égal à 1000 euros, on ne peut pas , à mon sens, faire l’impasse sur la responsabilisation de chacun. Sinon, nous donnons une image faussée, il est essentiel pour moi que les alternatives d’aujourd’hui puissent être celles de tous.toutes demain. Pour cela, le projet doit être un minimun réalisable et qu’il tienne dans le temps grâce à son autonomie propre.

On pourrait encore en écrire des pages… avant de conclure, impossible pour autant de faire l’impasse sur les heures passées à creuser des trous à la pelle et la pioche avec nos petits biscoteaux ! Eh oui dans le jardin-forêt on ne fait pas ça n’importe comment, on calcule au cm prêt où on va planter les fraisiers (grâce à un plan en permaculture) et on les plante bien enraciné dans la terre. Merci Greg pour toutes ces belles explications..

Sans oublier notre initiation au jeu du TAO, une des pratiques qui contribuent à la qualité du lien a soi et aux autres qui permet de se sentir durant quelques heures comme en « flottement », un temps « en dehors» ! cf : http://jeudutao.fr/ 

Et puis bien sur il y a des rencontres qui marquent au cœur et au corps, de ces rencontres qui ouvrent des chapitres pour la suite, pour les prochains rendez vous avec la lune !

1 Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale

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