Lieu d’insertion

MAISON RELAIS Le village

 

Le village est un lieu de vie en pension de famille sans durée d’accueil déterminée. Les personnes ont un titre d’occupation , un bail reconductible tous les ans. Les plus anciens sont là depuis 12 ans.

La pension de famille c’est :

  • 29 personnes accueillis par 15 travailleurs sociaux et une consultation addictologie hebdo pour orienter vers des prises en soin extérieures. .
  • un financement par la Direction départementale de la cohesion sociale (DDCS) à hauteur de 16e/j/pers (pour info : CHRS= 110e/j/pers)
  • favoriser le partage d’expérience plutot qu l’interrogatoire, pas de veilleur de nuit, pas de permanents, un numero d’astreinte, une autorégulation par le collectif.

 

 

Historique

Au départ l’asso fait de l’accompagnement à l’emploi. Rapidement les encadrants se rendent compte que lorsque les gens terminent leur journée de travail sur des chantiers d’insertion, ils rentrent … nulle part ! Ce non sens devient intolérable. Un mas, à l’époque en campagne, avant d’être cerné par une usine de cimenterie Laf.. pour ne pas la citer, est squattée. Nous sommes en 1993. J’ai 9 ans.

Progressivement, une négociation s’ouvre avec la Mairie afin que les habitants du squat puissent être reconnus « occupant à titre gratuit ». La reconnaissance administrative sera gagnée avec le temps et la reconnaissance de l’utilité publique de cet accueil, d’abord de la fondation Abbé Pierre qui s’intéresse aux personnes dites « en errance », en imaginant des lieux mêlant vie collective et activités professionnelles, puis de l’Etat. Ce dernier accepte de financer le lieu en « expérimentation pilote » pendant 5 ans. Le décret de 2003 s’inspire de ces initiatives pour fonder les maisons-relais.

 

 

UN  LIEU ATYPIQUE

Il y a aujourd’hui de nombreuses maisons relais en France, mais celle du Village se démarque des autres par :

– la mixité des personnes accueillies : homme seul, femme seule, famille. Seuls les jeunes adultes et les mineurs non accompagnés ne sont pas admis. D’autres structures répondants mieux, aux yeux de l’association, à leurs besoins spécifiques.

 le collectif : les repas du midi et soir sont pris ensemble. (Sauf du jeudi au dimanche où il n’y a pas d’obligation, le soir).

– l’activité : Les résidents doivent fournir 20h de travail hebdomadaire à l’association : « tout le monde fait quelques chose » sauf aménagement particulier du en majeur partie au grand âge et/ou faiblesses de certains.

 

Il existe plusieurs chantiers d’insertion pour 40 contrats aidés (contrat à durée déterminée d’insertion)

  • L’atelier vie quotidienne : cuisine, ménage, linge.
  • Le maraichage bio : culture bio sur 1 hectare, vente de paniers
  • L’éco construction : productions de briques en terres, de charpentes bois, d’enduits extérieurs et intérieurs.
  • Le bâtiment: chantiers extérieurs, chez des particuliers ou des collectivités engagées et intérieurs pour la rénovation et l’aménagement du site.

 

LES AUTRES PROJETS

D’autres projets ont aussi vu le jour en réponse aux besoins importants du département  (désertification du tissu social):

  • une « maison commune », crée il y a 3 ans avec les restos du cœur et le secours populaire. Accueil de jour (douche, collation, lessive, colis alimentaires) pour toute personne qui le souhaite. Les accueillis pouvant devenir accueillants.
  • L’accueil immédiat de 4 à 5 personnes dans un appartement sur Cavaillon, jusqu’à 6 mois
  • La médiation de rue sur l’Isle sur la Sorgues et Cavaillon
  • la « maison du bassin » : accueil de jour sur l’Isle sur la Sorgues
  • Art et culture: orchestre « pile poil » avec la méthode « soundpainting » qui permet d’apprivoiser la musique collectivement sans notions de solfèges préalables.
  • L’accueil d’artiste en résidence, cabaret solidaire
  • La « cueillette solidaire » : récupération de production agricole et transformation sur place
  • « la maison des jours meilleurs »: un habitat groupé de 35 logements en partenariat avec un bailleur social (en locatif social, accession sociale et intégrant des espaces associatifs et professionnels), la maison permet à des personnes avec peu de ressources d’accéder à la propriété dans un lieu économique et durable (dans la même vision que Jean Prouvé  http://www.maisonapart.com/edito/autour-de-l-habitat/architecture-patrimoine/une-maison-de-jean-prouve-pour-l-abbe-pierre-7104.php) Participation aux travaux par l’usager. 80m2/ 80 000 euros, autonome en NRJ, batiments collectifs communs, les habitants sont maitres d’œuvre des lieux.

 

 

 

 

 

Multiplier les projets afin de ne pas se faire avoir par l’inertie de l’accueil au long court, par la perte d’énergie, de motivation à s’impliquer dans le collectif quand la vie dans la rue a bousillé ton enthousiasme, pour continuer de s’ouvrir au monde même s’il t’a souvent ignoré.

 

NOTRE SEMAINE ENSEMBLE

L’ambiance est joviale, ça discute, ça rigole, ça se taquine, ça s’encourage, ça se conseille

Les salariés en insertion, les résidents et les moniteurs travaillent ensemble. Il est difficile de savoir qui et qui. Nous ressentons la richesse qu’apporte la mixité. Les ateliers fonctionnent en autogestion. Les moniteurs essaient au maximum d’aider l’équipe de travail à réfléchir ensemble. Ils expliquent ce qu’il y a à faire, montrent s’il y a besoin, puis le groupe travaille en autonomie.

Le cadre de l’atelier est souple, peu de règles sont posées, ce qui permet une liberté de chacun et des prises d’initiatives. Stéphanie nous raconte son arrivée : « au départ, je trouvais que c’était le bordel ici, j’avais l’impression qu’il n’y avait pas de règles, mais en fait maintenant je comprends pourquoi. Cela permet à chacun de se sentir libre de prendre des initiatives ». Chacun semble savoir ce qu’il a à faire : réparer la serre, installer le paillage, ramasser les haricots, repiquer les choux… On nous montre comment faire les bons gestes. Les personnes sont fières d’avoir cette position de celui qui enseigne.

Même dans les exercices très répétitifs et physiques, nous observons du plaisir à faire ensemble.

Lors des repas partagés, les familles avec enfants se mélangent avec les autres résidents. Ces derniers ont en moyenne plus de 50 ans. La présence des enfants amène de la joie et du dynamisme. Ici l’intergénérationnel est bien présent

On sent que notre arrivée attise curiosité et bienveillance. Les habitants ont l’habitude de voir du monde passer (stagiaires, artistes …) et se montrent très accueillants. Faire ensemble, partager des moments communs nous permet de tisser des relations de grande qualité avec ces personnes, plus humaines, plus égalitaires. De même nous observons entre les résidents et les salariés de l’association des relations profondes où complicité et intimité sont partagées. En effet certains résidents habitent le lieu depuis plus de douze ans, et beaucoup des professionnels y travaillent depuis autant de temps.

Depuis quelques années, les résidents sont en autogestion après 21h environ (il n’y a pas de veilleur) et cela se passe bien. Ce n’était pas comme cela au début, car les problématiques d’addiction étaient plus importantes. On sent qu’on arrive à un moment où le collectif est plus serein

Une place importante est faite pour les prises de décisions collectives, principalement en Conseil d’Administration où tout le monde est convié à participer. Un représentant des résidents est tiré au sort pour représenter la résidence sociale.

Pour les personnes en chantier d’insertion, il y a une journée d’accueil avec la mise en place d’un « tuteur » : un salarié volontaire déjà en parcours qui va permettre de transmettre les tâches à connaître et faciliter l’intégration du nouveau salarié.

Ces choix nous montrent la richesse du lieu : un beau mélange de personnes de tous horizons qui s’entraident, prennent plaisir à partager, apprendre, réfléchir ensemble …

 

« ICI LES GENS C’EST COMME LES ÉTOILES : LA NUIT ELLES T’ÉMERVEILLENT ET LE JOUR TU SAIS QU’ELLES SONT LÀ. »

Voilà comment Jeanine la soixantaine resplendissante, comme ça, au repas dans le réfectoire, entre deux bouchées, décrit, les larmes aux yeux, l’atmosphère de ce lieu où elle et les autres ont trouvé refuge. Ce lieu qui pour elle a marqué la fin de la galère, la fin de la survie et le début de la vie. Ici elle est enfin heureuse, épanouie … et poétesse.

« Son regard il te porte vers la joie » là c’est du regard effectivement intense de Vincent dont il est question. Vincent Delahaye le directeur du Village qui malgré des engagements quotidiens denses n’hésitent pas à se dégager quelques heures pour prendre le temps de nous faire part de son expérience, au combien précieuse.

 

La dynamique initiée par Vincent au sein du Village consiste entre autre à faire vivre les principes fondamentaux de fonctionnement suivants :

  • s’inscrire dans une démarche citoyenne marquée par un attachement au territoire (réseaux associatifs, culturels, artisanal). Favoriser l’implication de bénévoles et préserver une grande liberté dans la mise en place d’action (vis à vis des financeurs) permettant une qualité d’inventivité qui garantisse la vitalité du lieu et de ses habitants.
  • Être dans la vie, pas seulement dans la survie
  • Augmenter le bonheur sociétal par la mixité des publics et des financements.
  • Privilégier un modèle de prise de décision type Agora : le centre politique décisionnaire est le Conseil d’Administration qui fait ses réunions ouvertes a tous dans la salle à manger.
  • Conserver un peu de flou dans les consignes, laisser un peu de bordel, ça permet des poches de respirations, de création, des prises d’initiatives.
  • Permettre une atmosphère d’amour et de douceur.

 

Petit conseil pour nous au passage : un usage trouve une place dans le droit avec le temps : créer de l’usage avant de réfléchir aux modalités administratives. Je comprends cela comme  faites d’abord ; Lancez vous sur un projet atypique qui vous ressemble et qui ai sa spécificité (on retrouvera de nouveau ce conseil plus tard chez Nunu au Roucous), devenez indispensable au territoire et ce seront les administrations qui viendront vous chercher.

Notre échange avec Vincent me rassure et nourrit mon enthousiasme à l’idée de créer un lieu hybride. De cet homme émane une belle présence et une qualité d’attention portée à l’autre qui peut même surprendre au début. « Les gens, ils ont besoin d’amour et de douceur ». De l’amour et de la douceur voilà pour lui les clefs de l’harmonie qui règne ici. Qu’est ce que ça me fait du bien d’entendre ces mots de la bouche d’un directeur d’une structure d’accueil, tout de même institutionnelle. Moi qui commençais à douter sérieusement que l’amour et la douceur puissent être légitimes dans des rapports humains institutionnels voire professionnels tout court.

Alors quelle joie quand j’entends un homme d’une telle envergure avec un parcours politique et social si riche, décrire l’avenir des lieux d’accueil et de soin presque « mot pour mot » comme nous le construisons pas à pas entre nous trois.

Lors d’une discussion avec Claude et Sylvie, tous deux résidents au Village, Claude nous demande pourquoi on a choisit de rester en France ? Pourquoi ne pas mener ce projet à l’étranger ? Je m’interroge. Je ne pense pas avoir choisi de ne pas partir. Qu’est ce qu’on choisi finalement ? Çà ne s’est pas présenté, c’est tout. C’est autre chose qui s’est présenté et que je participe à manifester. Mais rien n’est à exclure, pas même l’exil si nécessaire.

« Est ce que vous faites de la politique ? » renchérit il. Oui, je crois. Non pas de la politique politicienne, pas de la politique spectacle. Ce sont les options de vie que l’on prend qui constituent en elles mêmes et de fait des orientations politiques, au sens étymologique de vie de la cité. Décidément il a le chic pour poser les questions clefs ce monsieur avec son regard d’artiste qui sait voir la beauté dans le quotidien.

Parce que la beauté faut l’avoir dans les yeux pour la voir au Village. Faut dire que caler entre une cimenterie qui fait des trous immenses dans la terre à longueur de journée, avec des machines infernales, des amoncellements de gravats arrosés comme des plantes pour éviter les nuages de poussière, l’antenne relais à l’entrée du quartier et comme si ça ne suffisait pas quand tout s’arrête à la tombée de la nuit (avant de reprendre à 4h du mat !), on se rend compte que le TGV s’invite dans le jardin et que la nationale frôle les murs. J ‘avoue avoir passé quelques jours à houspiller contre ces conditions d’accueil intolérables. J’en ai fais part en réunion d’équipe, avec la fougue de la débutante en « politicianité ». J’étais prête à pondre un bel article bien sanglant pour dénoncer (à ma petite échelle de ce modeste blog) une politique d’accueil de la honte. Parquer ces gens dans ces conditions m’est apparu intolérable. Et puis, j’apprends. J’apprends la sagesse « des anciens », « des vieux de la veille » qui gentiment m’expliquent qu’en fait eux ils sont bien contents d’être là. Que le deal avec l’usine, c’est ce qu’il leur a permis de continuer à exister après la reconnaissance du squat initial. Que sans ça, l’association n’existerait sûrement plus et qu’ils sont bien contents d’avoir pu négocier la construction de nouveaux locaux sur un terrain municipal attenant. Alors ma grande gueule, je l’ai rangé et j’ai compris ce que peut amener un engagement à long terme.

Et puis les jours passant, je me rend compte que vraiment, tout le monde s’en fou ici du bruit, de la poussière, des machines, du TGV… Les gens sont heureux d’être là, bénéficiaires autant que professionnels. Ils ont créé une communauté, la réunion de gens différents qui œuvrent ensemble à faire vivre quelque chose de plus grand que leurs individualités respectives : 1+1=3

Je laisse la conclusion à « Catherine milles vies » fraîchement résidente et entre autre œnologue, baroudeuse des îles : « ici, vous pouvez vous éclater à être vous même ». Voilà vers quoi nous tendons aussi !

 

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